Le Lycée Virtuel Marocain
Discuter, parler des oeuvres littéraires enseignées au Lycée marocain et partager ses idées
AccueilPortail*FAQRechercherS'enregistrerConnexion
Connexion
Nom d'utilisateur:
Mot de passe:
Connexion automatique: 
:: Récupérer mon mot de passe
Qui est en ligne ?
Il y a en tout 1 utilisateur en ligne :: 0 Enregistré, 0 Invisible et 1 Invité

Aucun

Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 17 le Mer 12 Juin 2013 - 7:50
Notre Communauté
Nos Classes Virtuelles
Derniers sujets
» La charte du site "Important à lire"
Ven 3 Mai 2013 - 4:22 par walido

» Pour les lycéens de la deuxième année bac
Jeu 27 Jan 2011 - 9:36 par mahita

» Cours et exercice de lycée téléchargeables !
Jeu 27 Jan 2011 - 9:25 par mahita

» Cours et exercice de lycée téléchargeables !
Jeu 27 Jan 2011 - 9:24 par mahita

» Moderateur / adminstrateur des grand forum
Dim 12 Sep 2010 - 6:04 par Amour des mots

» Femmes auteures avec pseudonymes masculins
Mar 8 Déc 2009 - 16:17 par Amour des mots

» TWILIGHT de Stephenie Meyer
Ven 6 Nov 2009 - 4:42 par Amour des mots

» Bienvenue aux nouveaux membres
Sam 12 Sep 2009 - 9:07 par Tatsuki

» Dans quelle date va débuter l'inscription ?
Jeu 3 Sep 2009 - 17:06 par Amour des mots

» LA PHRASE SIMPLE
Dim 7 Déc 2008 - 4:19 par Titrite

Ma Trousse d’Outils
Bibliothèque numérique
Meilleurs posteurs
Amour des mots
 
Hermionne
 
Kawtar
 
Yasmine
 
Lycéenne
 
Titrite
 
mahita
 
walido
 
Tatsuki
 
ziko
 

Annuaire des sites marocains



Partenaires
Forum gratuit



Tchat Blablaland


Imageshack



Liens Importants
Partagez | 
 

 ANALYSE DU POÈME

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 3:17

ANALYSE DU POÈME

A- LA PONCTUATION[b]1) LA DÉMARCATION (OU LA JUSTIFICATION DU CORPUS)[/b][b]2) LA SEGMENTATION (OU LE DÉCOUPAGE EN SÉQUENCES)3) LA TITRAISON[/b]APPLICATIONCharles Baudelaire : «L'albatros»EXERCICECharles Baudelaire : «Correspondances»1) LA MÉTRIQUE APPLICATION
EXERCICE
Charles Baudelaire : «Correspondances»B- LA PROSODIE : 1) LA MÉTRIQUE APPLICATION
Stéphane Mallarmé : «Brise marine»
EXERCICES
«L'albatros» et «Correspondances»
Stéphane Mallarmé : «Salut»
2) LA RYTHMIQUE
APPLICATION

Paul Verlaine : «Mon rêve familier»
EXERCICES
«L'albatros», «Correspondances»,
«Brise marine», «Salut»

TEST
Paul Verlaine : «Art poétique»
C- LA MANIFESTATION : DE LA MORPHOLOGIE AU VOCABULAIREAPPLICATION
    Jean Aubert Loranger : «Le retour de l'enfant prodigue»
    EXERCICES
    Anne Hébert : «La sagesse m'a rompu les bras»
D- LA METAPHORISATION

    APPLICATION
    Hector de Saint-Denys Garneau : «Cage d'oiseau»
    EXERCICES
    les huit poèmes qui précèdent cette section

TEST
Alain Horic : «La cage de chair»
E- LES ISOTOPIES ET LES AXIOLOGIES

    APPLICATION
    Alain Grandbois : «Le silence»
    EXERCICE
    Roland Giguère :
    «La main du bourreau finit toujours par pourrir»
F- LES ACTANTS

    APPLICATION
    Gaston Miron : «La braise et l'humus»
    EXERCICE
    Jean-Paul Filion : «Demain les herbes rouges»
G- L'INVERSION DES CONTENUS

    APPLICATION
    Arthur Rimbaud : «Aube»
    EXERCICE
    Un des poèmes qui précèdent cette section

TEST
Arthur Rimbaud : «Métropolitain»

H- L'ISOMORPHISME

EXAMEN FINAL
Un des poèmes qui précèdent (choisi par le professeur au moment de
l'examen)INDEX DES DÉFINITIONS

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]


Dernière édition par Amour des mots le Mer 9 Juil 2008 - 6:37, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 3:20

A) LA PONCTUATION

Le principal avantage de l'enseignement de la poésie -- plutôt que de la fiction romanesque par exemple -- est le caractère accessible du poème : sans prétendre dire le dernier mot sur un poème, il est quand même possible d'approfondir l'analyse d'au moins une question et de traiter correctement un problème.

1) LA DÉMARCATION (OU LA JUSTIFICATION DU CORPUS)


Il est inutile de prétendre rendre compte de l'ensemble de la poésie; il faut donc éliminer a priori la poésie traduite et la poésie qui n'est pas en langue maternelle ou en langue seconde. Il est aussi impossible d'enseigner l'ensemble de la poésie de langue française; ainsi, il ne saurait s'agir de se limiter à une poésie
dite nationale ou à la poésie d'une époque, c'est-à-dire d'une période pouvant durer un siècle ou deux : la
durée historique (historiographique, chronologique) n'est pas l'intensité poétique. De même, la production
poétique d'un auteur n'est pas un critère de démarcation pour l'enseignement de la poésie, ni non plus une oeuvre poétique particulière et singulière correspondant la plupart du temps à un recueil de poèmes.

La démarcation est une opération de ponctuation du corpus poétique selon la forme poématique : il y a
évolution des poèmes en vers réguliers aux poèmes en vers libres et aux poèmes en prose; aussi le choix n'est-il pas arbitraire, mais il n'est pas motivé par la transcendance (la société ou l'écrivain, le pays ou
l'époque). C'est une opération immanente qui conduit à la clôture du texte par la situation de l'énonciation, qui est la situation spatio-temporelle et actantielle de la classe. C'est ainsi que seront privilégiées ici -- soit
pour des étudiants du Canada en situation d'apprentissage du français langue seconde ou de spécialisation du français langue maternelle et en situation d'acquisition de la littérature de langue française -- la poésie de l'Europe francophone, surtout celle de la France (pour les poèmes en vers réguliers et les poèmes en prose du XIXe siècle), et la poésie de l'Amérique francophone, surtout celle du Québec (pour les poèmes en vers libres du XXe siècle).


2) LA SEGMENTATION (OU LE DÉCOUPAGE EN SÉQUENCES)


Une fois que la ponctuation a eu lieu par la démarcation et qu'il y a eu identification d'un poème par son titre -- ou par son premier vers, quand il n'y a pas de titre -- et qu'il y a eu ainsi débrayage énonciatif de la situation de l'énonciation (le texte/le titre) au site de l'énoncé (le poème) par le sujet de l'énonciation (le scripteur ou le lecteur), intervient la seconde opération de ponctuation qui est la segmentation. Celle-ci n'est rendue possible que s'il y a liaison -- lire, c'est lier -- entre des marqueurs (explicites, manifestes,
présents), qui sont les marques des valeurs, et des opérations (implicites, latentes, absentes). Les deux
principales opérations de repérage grammatical sont le débrayage (anaphorique) vers le site de l'énoncé et l'embrayage (déictique) vers la situation de l'énonciation : l'anaphorisation et la déictisation.

Les marqueurs de l'anaphorisation sont les anaphores et ceux de la déictisation sont les déictiques.

L'anaphore est un renvoi au site de l'énoncé, alors que

le déictique est un renvoi à la situation de l'énonciation. Ces marqueurs sont les traces de la personne, de l'espace et du temps; ce sont des contacteurs : déterminants, pronoms, adverbes d'espace ou de temps, joncteurs (adjoncteurs, conjoncteurs, subjoncteurs). Une anaphore est un marqueur co(n)textuel et un déictique est un marqueur situationnel; le nom propre et le nom commun, eux, sont des marqueurs référentiels : ce sont les marqueurs des acteurs.

Le découpage en séquences se fait a priori selon des critères déterminés : les changements d'acteur(s),
d'espace, de temps, de drame (c'est-à-dire de scénario ou de déroulement ou de développement du récit) et d'investissement (c'est-à-dire de charge sémantique : euphorique, dysphorique ou aphorique). Dans un poème où il y a plus d'une strophe, la séquence est plus longue qu'une strophe; dans un poème où il n'y a qu'une strophe, elle est plus courte, mais elle ne peut être plus courte qu'une phrase (à moins qu'il n'y ait qu'une seule phrase). La séquence est un énoncé grammatical à la fois syntaxique et sémantique. Le découpage en séquences ne peut se vérifier qu'a posteriori : avec et dans l'inversion des contenus d'une séquence à l'autre [voir section G].


3) LA TITRAISON


Le titre est le nom propre du texte; c'est une annonce et un (r)envoi, en même temps qu'une présomption d'isotopie : une suggestion, une orientation, une direction de lecture. La titraison est à la fois l'ouverture et la fermeture du poème; elle en est la

clôture : c'est une question métonymique (la métonymie du titre et du texte) et une réponse métaphorique (la métaphore filée du texte); c'est un problème ou une énigme à résoudre ou à dissoudre.
C'est par la ponctuation, c'est-à-dire par la démarcation et par la segmentation, ainsi que par la titraison, que commence la textualisation.


APPLICATION



Charles Baudelaire

[Poète français : 1821-1867]

Les fleurs du mal

(1857)

L'ALBATROS Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Première strophe :

Les acteurs sont marqués par le nombre pluriel : les hommes d'équipage s'opposent aux albatros, dans le drame qui est celui de la capture. L'espace aérien des oiseaux laisse rapidement la place à l'espace maritime du navire.
Le temps de la fiction est un présent répétitif. Pour les hommes d'équipage, il y a un investissement euphorique, dans l'amusement et la prise; pour les albatros,
l'investissement est plutôt aphorique, dans l'accompagnement et l'indolence; la dysphorie apparaît à la fin du quatrième vers, dans la négation des mers par les gouffres amers.

Deuxième strophe :

Le nombre pluriel des acteurs se maintient, mais il y a pronominalisation des hommes d'équipage, dans le drame de la captivité des albatros. L'espace aérien des rois de l'azur est vite remplacé par le même espace marin, qui devient lui-même aquatique, voire subaquatique, par les ailes blanches qui traînent comme des avirons. L'usage d'un verbe au passé composé comme temps de la narration au début de la strophe transforme le présent en un temps de la fiction plutôt ponctuel. L'investissement y est nettement dysphorique, dans la maladresse et la honte des albatros et dans la pitié qu'ils inspirent.

Troisième strophe :

Il y a singularisation de l'albatros et des acteurs qui s'y opposent toujours : "L'un" et "L'autre". L'espace, encore marin, se caractérise maintenant et de plus en plus par la descente, par le boitement de "l'infirme".
Le présent prend définitivement le dessus sur le passé de la beauté et du vol. Pour les deux acteurs anthropomorphes, l'investissement est encore euphorique,dans les actions d'agacer et de mimer; pour l'acteur zoomorphe, de "compagnon[s] de voyage" devenu "voyageur ailé", l'investissement est absolument dysphorique, dans la gaucherie, la veulerie, le comique, la laideur et l'infirmité.

Quatrième strophe :

Le titre révèle maintenant sa double isotopie : l'albatros n'est pas seulement un oiseau, car le Poète lui est semblable. L'espace céleste du prince des nuées n'épargne pas le poète de l'espace terrestre des huées : sur le sol, avec ses ailes de géant, il ne peut marcher; l'immobilité du drame de l'exil a remplacé la mobilité du vol, en passant par une mobilité de handicapé. Lorsqu'il y a zoomorphisation du poète, l'investissement est euphorique (dans les deux premiers vers de la strophe); lorsqu'il y a anthropomorphisation de l'albatros,
l'investissement est finalement dysphorique, dans un présent intemporel ou atemporel, éternel : l'univers
gigantesque ou princier et individuel du Poète-albatros,univers céleste des Divins, n'est pas l'univers moyen ou médiocre et collectif du monde des hommes, univers terrestre des Mortels...

En résumé, nous considérons que, selon le drame, selon l'espace et selon l'investissement, le poème peut
être segmenté en trois séquences :

I : première strophe,
II : deuxième et troisième strophes,
III : quatrième strophe.
C'est ainsi qu'il y a inversion des contenus, «transvaluation des valeurs» ou transformation des acteurs, par la singularisation de l'albatros et par la singularité du poète.

EXERCICE


Découpez le poème suivant en séquences et justifiez votre découpage selon le modèle qui précède.

Charles Baudelaire

[Poète français : 1821-1867]

Les fleurs du mal

(1857)

CORRESPONDANCES La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
-- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

B) LA PROSODIE

La textualisation, entendue comme la construction du sens par la reconstruction et la déconstruction, se poursuit avec l'analyse de la forme de l'expression (la surface : le phéno-texte) du poème, selon le principe transcendantal (ou immanent) que la langue est la plus puissante des théories et que la poésie est écrite d'abord et avant tout par et pour les oreilles (branchées sur le tact et le contact, sur l'équilibre et la
posture), avant de l'être par et pour les yeux : c'est une affaire d'âme et de corps, de coeur, autant que
d'esprit, de chair plus que de chaire! La forme de l'expression comprend la phonologie, incluant la phonématique -- dont il ne sera pas question ici [cf. Jean-Marc Lemelin. Diagrammatique du langage; linguistique générale et linguistique française.Notes du cours de Français 3311; MUN; 1991 (106 p., p. 52-54] -- et la prosodie, ainsi que la morphologie; la prosodie comprend la métrique et la rythmique.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]


Dernière édition par Amour des mots le Mer 9 Juil 2008 - 4:32, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 3:33

1) LA MÉTRIQUE

La métrique est l'ensemble des règles de la versification, donc des règles qui régissent les poèmes en vers réguliers. Cela veut dire que, en poésie, la versification (discontinue) est facultative, accidentelle, alors que le rythme (continu) est obligatoire, essentiel...
Il suffit d'abord de déterminer quel est la forme du poème étudié : s'il s'agit d'un poème en vers réguliers, c'est un poème à forme fixe, comme la ballade, le rondeau, le virelai, le sonnet, etc. La ballade est un petit poème de trois couplets ou plus avec un refrain et un envoi; le rondeau est un poème fondé sur deux rimes avec des vers répétés; le virelai est un petit poème fondé sur deux rimes avec un refrain; le sonnet, forme fixe par excellence au XVIe et au XIXe siècles, est un poème de deux quatrains et de deux tercets (ou de deux demi-sizains), ceux-ci constituant une seule et même strophe, un seul et même sizain. Le poème en vers libres et le poème en prose sont des poèmes à forme libre (ou libérée).
Il faut ensuite déterminer quelles sont les sortes de strophe du poème. Correspondant à un paragraphe, la strophe est un ensemble ou un groupe de vers, réunis par l'alternance des rimes dans un poème en vers réguliers et séparés par un blanc dans n'importe quel poème en vers (réguliers ou libres). Les principales sortes de strophe sont : le distique, le tercet, le quatrain, le quintil, le sizain, le septain, le
huitain, le neuvain, le dizain, le onzain et le douzain.
La strophe peut ne pas correspondre à une phrase ou à un ensemble de phrases : la phrase est une unité plus petite, égale ou plus grande qu'une strophe.
Le vers est l'unité métrique et/ou rythmique correspondant à une unité matérielle, la ligne.
La longueur de la ligne peut parfois excéder la largeur de la page : il y a alors rejet mais sans enjambement et avec alignement à droite, retrait d'alinéa ou autre disposition (dans le poème en vers libres). Le verset est un vers en deux lignes (ou plus) où il y a alignement à gauche. Dans les poèmes en vers réguliers et dans certains poèmes en vers libres (avec ou sans signes de ponctuation), un vers commence par une majuscule.
Pour déterminer la sorte de vers d'un poème en vers réguliers, il faut compter le nombre de mètres : le mètre est une unité correspondant à une syllabe; c'est un pied. En français, il n'y a pas de syllabes sans voyelle;une semi-consonne n'est pas une voyelle. Se distinguent les mètres simples : le quadrisyllabe (ou le quadrimètre), le pentasyllabe (ou le pentamètre), l'hexasyllabe, l'heptasyllabe, l'octosyllabe, et les mètres complexes : l'ennéasyllabe, le décasyllabe, l'hendécasyllabe et le dodécasyllabe.
L'alexandrin classique est un dodécasyllabe avec deux hémistiches (ou deux moitiés de vers) de six syllabes séparés par une césure.
Le vers français est donc un vers régi par le compte ou la répartition des pieds, par le nombre. Mais il ne suffit pas de savoir compter les syllabes, car il y a aussi une manière de compter. Le e dit muet, le e caduc ou atone, ne compte jamais à la fin d'un vers régulier; en outre, il y a généralement apocope, c'est-à-dire chute du même e à la fin d'un mot. Par contre, il y aura rarement syncope, c'est-à-dire chute de ce e à l'intérieur d'un mot. La règle est la suivante : le e atone compte devant une consonne qui est au début d'une syllabe ou d'un mot; il faut faire attention aux signes de ponctuation, qui séparent les syllabes, et aux liaisons, qui les réunissent. Le e masculin est un e qui se prononce. Pour éviter que le e final de "encore" ne compte (devant une consonne) ou ailleurs, le mot est parfois orthographié "encor". L'hiatus est la rencontre de deux voyelles d'un mot à l'autre ou dans un même mot, comme dans "poète" (qui était parfois écrit avec un e tréma : "poëte"), "poème" (ou "poëme") et "poésie" (ou "poësie").
La licence poétique est une exception qui a pour but de satisfaire le nombre ou d'éviter le surnombre.

L'élision est une licence poétique consistant à supprimer de manière inhabituelle -- ce qui est fréquent dans la chanson populaire et dans le parler familier -- la voyelle finale d'un mot et à la remplacer par une apostrophe devant un mot commençant par une voyelle; cela a pour effet d'éviter l'hiatus et cela supprime une syllabe. La diérèse, de plus en plus répandue depuis le XIXe siècle, est une licence poétique consistant à compter une syllabe pour deux en ajoutant une voyelle devant une semi-consonne. La synérèse, de plus en plus rare depuis le XVIe siècle, est une licence poétique consistant à compter deux syllabes pour une en supprimant une voyelle devant une semi-consonne. L'enjambement est le report, le rejet, au vers suivant d'éléments formant une proposition avec le vers précédent. Généralement, quand il y a enjambement, la proposition est plus longue qu'un vers mais plus courte que deux; il peut y avoir un point ou un point-virgule à l'intérieur d'un vers. L'enjambement est l'introduction de l'irrégularité dans le vers régulier; le vers libre est la généralisation de l'enjambement, par l'abandon des rimes et par la réduction, voire la disparition totale (jusqu'à la majuscule), des signes de ponctuation. L'enjambement est le débordement (caractéristique de la poésie française du XIXe siècle) de la versification
par le rythme et il contribue ainsi à l'indifférenciation du vers et de la prose... L'une des principales règles de la versification et qui est tributaire de la répétition est
l'alternance des rimes féminines et masculines. La rime féminine est une rime qui se termine par un e muet (suivi ou non d'un s muet); la rime masculine est une rime qui ne se termine

pas par un e muet. Il peut y avoir alternance des rimes masculines et des rimes féminines : par des rimes plates (FFMM ou MMFF), par des rimes croisées (FMFM ou MFMF) ou par des rimes embrassées (FMMF ou MFFM).

Toujours de l'ordre de la redondance, l'assonance est la répétition d'une même voyelle à l'intérieur d'un vers (au moins trois fois), d'une strophe ou d'une strophe à l'autre; l'allitération est la répétition de la même consonne initiale d'un mot ou d'une syllabe à l'intérieur d'un vers (au moins trois fois), d'une strophe ou d'une strophe à l'autre. L'anagramme est la recomposition d'un mot par les lettres d'un autre; c'est un phénomène visuel plutôt que sonore : les lettres y priment sur les sons, sur les phonèmes, sur les syllabes.

L'homonymie est un jeu de signifiant consistant à rapprocher deux mots par des sons identiques; les homonymes peuvent être homophones (mêmes sons) et/ou homographes (mêmes lettres). La paronymie est un jeu de signifiant consistant à rapprocher des mots par des sons semblables et par au moins deux ou trois syllabes identiques; la paronomase est un procédé consistant à rapprocher deux paronymes dans une phrase.


APPLICATION


Stéphane Mallarmé

[Poète français : 1842-1898]

Poésies

(1887)

BRISE MARINE La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que les oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature!

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!

«Brise marine» est un poème à forme fixe
composé de deux strophes : la première strophe comprend dix vers et est donc un dizain et la seconde strophe comprend six vers et est donc un sizain. Les vers sont des dodécasyllabes.

Pour le nombre, nous conseillons aux étudiants qui connaissent bien l'alphabet phonétique de procéder à une transcription phonologique pour indiquer les e muets qui comptent, les liaisons et les diérèses. Aux autres, nous suggérons de procéder ainsi, vers par vers, en n'oubliant pas que le e de la rime féminine ne compte jamais :

1er vers :Le e de "triste" ne compte pas;
2e vers :liaisons entre "des" et "oiseaux" et entre "sont" et "ivres";
3e vers :le e de "d'être" compte;
4e vers :liaison entre "les" et "yeux";
5e vers :rien à signaler;
6e vers :le e de "déserte" compte;
7e vers :le e de "vide" compte;
8e vers :le e de "jeune" compte;
9e vers :rien à signaler;
10e vers :les e de "lève", de "l'ancre" et de "exotique" comptent; liaisons entre "pour" et "une" et entre "une" et "exotique";
11e vers :liaison entre "cruels" et "espoirs";
12e vers :le e de "suprême" compte; liaison entre "croit" et "encore";
13e vers :le e de "peut-être" compte;
14e vers :le e de "penche" compte;
15e vers :liaison entre "fertiles" et "îlots";
16e vers : le e de "matelots" compte.
Il n'y a donc pas de diérèse dans ce poème; mais nous pouvons considérer qu'il y a un enjambement aux deuxième et troisième vers, ainsi qu'aux neuvième et dixième vers.
Il y a ici alternances des rimes par des rimes

plates : FFMMFFMMFF MMFFMM. Il n'y a pas d'assonance et d'allitération principales à signaler; mais il y a une allitération de /s/ au quatorzième vers et de /m/ dans le dernier vers. "Sont" et "son" sont des homophones.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 3:38

EXERCICES


Analysez la versification de «L'albatros» et de «Correspondances». Découpez le poème suivant en séquences, justifiez votre découpage et analysez sa versification :

Stéphane Mallarmé

[Poète français : 1842-1898]

Poésies

(1887)

SALUT Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l'avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d'hivers;

Une ivresse belle m'engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
À n'importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

2) LA RYTHMIQUE


La rythmique est à la fois l'organisation des rythmes et leur étude. Le rythme est la tension ou l'alternance régulière ou irrégulière des accents et des pauses, de la durée et de la vitesse, de la rapidité et de la lenteur, du mouvement et du repos; c'est le tempo marqué par la liaison, l'intonation et l'accentuation. La liaison est l'enchaînement de la consonne finale d'un mot et de la voyelle initiale du mot suivant; il n'y a pas de liaison à la césure d'un vers. Certaines liaisons, comme la liaison entre le déterminant et le nom commençant par une voyelle, sont obligatoires et d'autres sont facultatives [cf. syllabus]. L'intonation est le débit du rythme; elle est souvent liée aux signes de ponctuation, que ce soient des signes de position, plus particulièrement des signes de pose (comme le point d'interrogation, le point d'exclamation et les points de suspension), ou des signes d'assise (comme le(s) tiret(s) ou les caractères italiques). L'accentuation est la distribution des accents selon les pauses -- donc aussi selon les signes de ponctuation que sont les signes de pause (de la majuscule initiale au blanc alinéaire ou autre, en passant par la virgule, le point-virgule, le point et les deux-points -- et selon l'intensité ou la durée. L'accent est l'augmentation ou la fluctuation du ton de la voix; le contre-accent est la succession immédiate de deux accents.
L'accentuation peut être obligatoire ou facultative. Il y a accentuation obligatoire par l'accent tonique, l'accent d'attaque et l'accent prosodique.

L'accent tonique (ou syntaxique) frappe la dernière syllabe prononcée d'un groupe de mots formant une unité phonologique ou syntaxique. Dans un vers régulier, il se confond avec l'accent métrique et il frappe la dernière syllabe d'un segment syllabique, la dernière syllabe de l'hémistiche et la dernière syllabe du vers. Il ne peut pas y avoir plus de huit syllabes sans accent tonique.

L'accent d'attaque frappe la première syllabe du premier mot accentuable d'un groupe accentuable. Il n'y a pas d'accent sur un proclitique, c'est-à-dire sur un mot monosyllabique uni au mot suivant dans un même groupe accentuel; il peut y avoir un accent sur un enclitique, c'est-à-dire un mot uni au mot précédent. Alors que l'accent tonique est fermeture, l'accent d'attaque est ouverture, élan, lancée; l'accent d'attaque frappe souvent la première syllabe d'un poème, d'une strophe ou d'une séquence et il s'accompagne parfois d'un tiret ou d'un point d'exclamation, frappant ainsi un morphème monosyllabique comme une interjection ou un joncteur.

L'accent prosodique frappe une assonance ou une allitération, dans une sorte d'écho rythmique. Il y a accentuation facultative par l'accent d'insistance ou par l'accent typographique.

L'accent d'insistance est un accent d'intention marquée d'une manière affective -- l'accent frappe alors la première consonne d'un mot -- ou de manière intellectuelle -- l'accent frappe alors la première syllabe d'un mot.

L'accent typographique est un accent redoublant l'accent d'insistance, l'accent d'attaque ou l'accent tonique, de manière visuelle : majuscule "initiatique" ou caractères italiques.
L'accent tonique est suivi d'une coupe, qui est une pause séparant deux groupes rythmiques; dans un vers
régulier, il n'y a pas de coupe à l'intérieur d'un mot ou entre un proclitique et le mot suivant. La césure est la coupe qui sépare deux hémistiches, plus particulièrement d'un alexandrin.


APPLICATION


Paul Verlaine

[Poète français : 1844-1896]

Poèmes saturniens

(1866)

MON RÊVE FAMILIER Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? -- Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Dans ce sonnet de dodécasyllabes, nous remarquons que le rythme s'accélère ou devient plus saccadé dans les deux tercets. L'accent tonique frappe les sixième et douzième syllabes de chacun des vers, sauf dans les vers suivants :

2e vers : sixième, neuvième et douzième;
3e vers : troisième, sixième et douzième;
6e vers : quatrième, sixième et douzième;
7e vers : quatrième, huitième et douzième;
8e vers : sixième, neuvième et douzième;
9e vers : quatrième, huitième et douzième;
10e vers : deuxième, sixième et douzième;
13e vers : sixième, huitième, dixième et douzième.

Notons aussi qu'un e muet qui se prononce fait qu'il y a une sorte de contre-accent au neuvième vers :
"brune" et "rousse"; en outre, l'accent est très faible à la fin du treizième vers, de même qu'à la césure du
quatorzième (sans doute à cause de la diérèse qui fait qu'il y a quatre syllabes dans "L'inflexion" et parce qu'il est difficile de séparer le nom "voix" et son adjectif "chères"; règle syntaxique qui obligerait de proposer que l'accent tonique frappe les quatrième et douzième syllabes du premier vers, mais pas la sixième.

Soulignons le parallélisme rythmique de "[Pour] elle seule" dans le deuxième quatrain. Nous trouvons un accent d'attaque sur le joncteur "Car", en tête de la deuxième strophe, et sur le joncteur "Et", en tête du treizième vers; au neuvième vers, "Je" n'est pas frappé par un accent d'attaque. Nous ne pouvons pas non plus considérer qu'il y a un accent typographique sur "Vie".

EXERCICES



Faites l'analyse du rythme de «L'albatros», de «Correspondances», de «Brise marine» et de «Salut».

TEST


Faites l'analyse de la versification et du rythme du poème suivant :

Paul Verlaine

[Poète français : 1844-1896]

Jadis et naguère

(1884)

ART POÉTIQUE De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair,
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise;
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor!

Fuis du plus loin la pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine!

Prends l'éloquence et tords-lui son cou!
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où?

Oh! qui dira les torts de la Rime!
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime?

De la musique encore et toujours!
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours,

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 3:46

C) LA MANIFESTATION : DE LA MORPHOLOGIE AU VOCABULAIRE
Si les étudiants ne connaissent pas bien la morpho-syntaxe, il est nécessaire de leur faire identifier les parties du discours, soit les lexèmes(noms, verbes, adjectifs, adverbes dérivés d'adjectifs)et les grammèmes (les morphèmes grammaticaux libres :déterminants, pronoms, adverbes, joncteurs et interjections), ainsi que les catégories de la langue,soit le genre, le nombre, la personne, le temps, le mode, la modalité, l'aspect et la voix (qui sont souvent marqués par des morphèmes grammaticaux liés) [cf : Diagrammatique du langage, p. 24-28 et p. 56-71]. Un exercice qui peut aussi être profitable est l'analyse des morphèmes lexicaux que sont les affixes (préfixes et suffixes); ce peut être alors l'occasion de faire de la dérivation morphologique.
Il est ensuite possible de passer à l'analyse de la manifestation, qui est la rencontre de la forme de l'expression et de la forme du contenu, ainsi que de la grammaire et du vocabulaire. Il s'agit alors d'étudier le vocabulaire manifeste et explicite du poème en se limitant à ces vocables -- des termes menant à des
thèmes -- que sont les lexèmes. Il suffira finalement de regrouper les noms, les verbes, les adjectifs et les
adverbes (dérivés d'adjectifs) dans des champs lexicaux et ceux-ci dans des champs sémantiques. L'étudiant pourra ainsi être amené à remarquer le rapport entre les mots en position de rimes ou à la césure et les parties du discours. Il importe que l'analyste soit attentif à la polysémie, c'est-à-dire au fait qu'un terme a plusieurs signifiés, plusieurs définitions, plusieurs dénotations ou désignations; la polysémie est un jeu de signifié qui s'oppose à la synonymie.

Une figure linguistique (ou une figure de langue) est la réalisation ou la représentation manifeste ou présente d'un thème par un lexème, surtout par un nom.

Les noms concrets représentent un concept qui affecte l'un ou quelques-uns des cinq sens : un nom concret réfère a quelque chose de sensible;

les noms abstraits représentent un concept qui n'affecte pas au contraire les cinq sens : un nom abstrait réfère à quelque chose d'intelligible. Un terme est la transformation d'une figure linguistique (ou lexicale); un terme est à une figure (linguistique) ce que le vocabulaire est au lexique d'une langue. Un champ lexical est la réunion de quelques ou de plusieurs termes dans un même groupe ou une même famille de mots; c'est un paradigme : un territoire ou un domaine conceptuel qui a le même centre figuratif. Le nom d'un champ lexical est un motif attracteur ou organisateur. Une idéologie est un ensemble de champs lexicaux constituant un système d'idées impliquant des jugements de valeurs.

Un champ sémantique est la réunion de quelques champs lexicaux, donc de motifs, dans un groupe ayant le même centre thématique, soit dans un territoire notionnel ou un domaine d'expérience. Le nom d'un champ sémantique est un thème valorisateur ou idéalisateur. Une axiologie est un ensemble de champs
sémantiques constituant un système de valeurs impliquant une évaluation des valeurs elles-mêmes. Les valeurs (virtuelles, absentes, latentes) sont plus abstraites que les idées (actualisées) et que les figures
(réalisées dans des termes, c'est-à-dire une terminologie).

Une occurrence est l'apparition, d'une figure linguistique; une récurrence en est la répétition, l'itération ou la réitération.

APPLICATION


Jean Aubert Loranger

[Poète québécois : 1896-1942]

Poëmes

(1922)

LE RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE Ouvrez cette porte où je pleure.

La nuit s'infiltre dans mon âme
Où vient de s'éteindre l'espoir,
Et tant ressemble au vent ma plainte
Que les chiens n'ont pas aboyé.

Ouvrez-moi la porte, et me faites
Une aumône de la clarté
Où gît le bonheur sous vos lampes.

Partout, j'ai cherché l'Introuvable.

Sur des routes que trop de pas
Ont broyées jadis en poussière.

Dans une auberge où le vin rouge
Rappelait d'innombrables crimes,
Et sur les balcons du dressoir,
Les assiettes, la face pâle
Des vagabonds illuminés
Tombés là au bout de leur rêve.

À l'aurore, quand les montagnes
Se couvrent d'un châle de brume.
Au carrefour d'un vieux village
Sans amour, par un soir obscur,
Et le coeur qu'on avait cru mort
Surpris par un retour de flamme,

Un jour, au bout d'une jetée,
Après un départ, quand sont tièdes
Encor les anneaux de l'étreinte
Des câbles, et qui se referme,
Sur l'affreux vide d'elle-même,
Une main cherchant à saisir
La forme enfuie d'une autre main,

Un jour, au bout d'une jetée...

Partout j'ai cherché l'Introuvable.

Dans les grincements des express
Où les silences des arrêts
S'emplissent des noms des stations.

Dans une plaine où des étangs
S'ouvraient au ciel tels des yeux clairs.

Dans les livres qui sont des blancs
Laissés en marge de la vie,
Où des auditeurs ont inscrit,
De la conférence des choses,
De confuses annotations
Prises comme à la dérobée.

Devant ceux qui me dévisagent,

Et ceux qui me vouent à la haine,
Et dans la raison devinée
De la haine dont ils m'accablent.

Je ne savais plus, du pays,
Mériter une paix échue
Des choses simples et biens sues.

Trop de fumées ont enseigné
Au port le chemin de l'azur,
Et l'eau trépignait d'impatience
Contre les portes des écluses.

Ouvrez cette porte où je pleure.

La nuit s'infiltre dans mon âme
Où vient de s'éteindre l'espoir,
Et tant ressemble au vent ma plainte
Que les chiens n'ont pas aboyé.

Ouvrez-moi la porte, et me faites
Une aumône de la clarté
Ou gît le bonheur sous vos lampes.


Ce poème n'est ni en vers réguliers, parce qu'il n'y a pas de rimes, ni en vers libres, parce que le nombre est respecté : c'est un poème de 62 octosyllabes en 21 strophes; nous pourrions donc parler de vers irréguliers (ou blancs). Les huit premiers vers sont répétés à la fin, comme d'autres vers le sont ici et là; il y a donc une sorte de refrain.

Voici les principaux champs lexicaux :

porte, lampes, balcons, dressoir, assiettes, livres =OBJETS DU DÉCOR;
routes, carrefour, chemin, jetée, port, écluses, portes, poussière, crimes, ouvrez, s'infiltre, vient, gît, se referme, saisir, s'emplissent, trépignait, mort =TRAJET;
Introuvable, arrêts, pas, retour, départ, stations,grincements des express, ai cherché, ont broyés, tombés,enfuie, laissés, prises =TRANSPORT;
village, auberge, pays =HABITAT;
montagnes, plaine, étangs, ciels, azur, eau, flamme,fumées =PAYSAGE;
vent, châle, brume, se couvrent =CLIMAT;
jour, soir, nuit, aurore, clarté, illuminés, obscur,clairs =LUMIÈRE;
impatience, paix, haine, espoir, plainte, bonheur, rêve,amour, anneaux de l'étreinte, vide, aumône, vin, pleure,s'éteindre, ressemble, faites, accablent, surpris,affreux =SENTIMENT;
forme, confuses annotations, silences, noms, blancs,conférence, raison, ont inscrit, vouent, savaient,mériter, ont enseigné =COMMUNICATION;
âme, face, coeur, main, yeux, dévisagent =CORPS HUMAIN;
chiens, auditeurs, vagabonds, enfant prodigue, câbles [= bras], n'ont pas aboyé = ANIMAL.
Dans chacun de ces onze champs lexicaux, apparaissent d'abord les noms, puis les verbes et enfin les adjectifs; cette opération de distinction morphologique peut se faire avant ou en même temps que l'opération de regroupement lexicologique. Les noms des champs lexicaux, c'est-à-dire les thèmes, sont en majuscules.
Les champs lexicaux peuvent être maintenant réunis dans les champs sémantiques (en capitales italiques) qui suivent :

TRAJET + TRANSPORT + PAYSAGE + CLIMAT + LUMIÈRE = VOYAGE;
OBJETS DU DÉCOR + HABITAT = FOYER;
SENTIMENT + COMMUNICATION + CORPS + ANIMAL = ANIMÉ.
La trajectoire de l'enfant prodigue -- le coeur de l'animé : l'individu -- est bien d'aller du foyer (intérieur, intime, familial, familier) à l'Introuvable

-- le voyage (extérieur, étranger) dans une contré introuvable -- et de revenir au foyer. Le voyage (transcendant) est l'espace d'ailleurs et d'alors, tandis que le foyer (immanent) est l'espace de jadis ou de naguère et de maintenant; mais la lumière (transcendantale), elle, est l'espace de partout et de toujours...
Nous pourrions aussi regrouper divers termes concrets selon la structure axiologique figurative, c'est-à-dire selon leur rapport aux quatre éléments de la nature : le feu, l'air, l'eau et la terre. Par exemple :
FEU = s'éteindre, clarté, lampes, illuminés, aurore, flamme,fumées, etc.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 4:39

EXERCICE


Regroupez les termes de ce poème de 28 vers libres dans des champs lexicaux et réunissez ceux-ci dans des champs sémantiques; indiquez quels sont les termes qui peuvent être reliés aux quatre éléments de la
nature.

Anne Hébert

[Poète québécois né en 1916]

Mystère de la parole

(1960)

LA SAGESSE M'A ROMPU LES BRAS La sagesse m'a rompu les bras, brisé les os
C'était une très vieille femme envieuse
Pleine d'onction, de fiel et d'eau verte

Elle m'a jeté ses douceurs à la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j'ai crié sous l'insulte fade
Et j'ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.

Voulant y laisser pousser son âme bénie
comme une vigne
Elle avait taillé sa place entre mes côtes.
Longtemps son parfum m'empoisonna des pieds à la tête

Mais l'orage mûrissait sous mes aisselles,
Musc et feuilles brûlées,
J'ai arraché la sagesse de ma poitrine,
Je l'ai mangée par les racines,
Trouvée amère et crachée comme un noyau pourri

J'ai rappelé l'ami le plus cruel, la ville l'ayant chassé,
les mains pleines de pierres.
Je me suis mise avec lui pour mourir sur des grèves mûres

Ô mon amour, fourbis l'éclair de ton coeur,
nous nous battrons jusqu'à l'aube
La violence nous dresse en de très hautes futaies
Nos richesses sont profondes et noires pareilles
au contenu des mines que l'éclair foudroie.

En route, voici le jour, fièvre en plein coeur scellée
Des chants de coq trouent la nuit comme des lueurs
Le soleil appareille à peine, déjà sûr de son plein midi,
Tout feu, toutes flèches, tout désir au plus vif
de la lumière,
Envers, endroit, amour et haine, toute la vie
en un seul honneur.

Des chemins durs s'ouvrent à perte de vue sans ombrage
Et la ville blanche derrière nous lave son seuil
où coucha la nuit.

D) LA MÉTAPHORISATION

Bien que la fonction poétique soit irréductible à la fonction rhétorique, l'analyse des figures du discours occupe une place centrale dans l'analyse de la poésie. Les figures (rhétoriques) du discours sont aux figures (linguistiques) de la langue ce que les images sont aux visages : les premières combinent les secondes de manière particulière ou singulière (bizarre, inattendue, imprévue, voire imprévisible). Les figures du discours (ou de style) sont des métaboles, parmi lesquelles comptent les métasémèmes, soit
les figures (stylistiques) de mots : les métasémèmes sont des tropes; ce qui fait de la rhétorique restreinte des tropes une tropologie. Les trois principaux tropes, les archifigures, sont : la métonymie, la synecdoque et la métaphore.
Du thème à la figure (linguistique), l'image (rhétorique) alliée à une idée peut devenir un symbole; un symbole peut impliquer un type. Se distinguent les stéréotypes (types de comportement : (proto)types
dérivés), les archétypes (types de tempérament ou de caractère : (proto)types primitifs) et les prototypes (types de mythe ou de complexe).

La métonymie est une archifigure consistant à déplacer ou à remplacer un concept par un terme désignant un autre concept qui en est proche; il y a alors déplacement de sens ou transfert de mot à mot, par combinaison, par voisinage, par dépendance spatio-temporelle externe : par contiguïté (syntagmatique), par succession. Dans la métonymie, il y a transfert du contenant au contenu, du signe (concret) au symbole (abstrait), du lieu à l'objet, du possédé au possesseur, de la cause à la conséquence, du concret à l'abstrait [ou les formules inverses]. La métonymie tombe sous les cinq sens : elle est sensible; c'est pourquoi elle caractérise le langage ordinaire, quotidien. Dans la métonymie, le terme comparant, le terme topique, est présent, mais le terme comparé, le terme (méta)phorique, est absent.

La synecdoque est une métonymie particulière où il y a dépendance interne. Il y a transfert du général au
particulier, du singulier au pluriel, de la partie au tout, de la matière à l'objet, du nom commun au nom propre, du plus au moins [ou les formules inverses].

La métaphore, qui domine en poésie, est une archifigure résultant de deux synecdoques; il y a alors condensation de sens dans l'utilisation d'un mot pour un autre mot; il y a ainsi une relation d'association, de ressemblance, d'analogie : de similarité (paradigmatique), de sélection. Si le terme topique et le terme (méta)phorique sont tous les deux présents (manifestes, patents, explicites), la métaphore est une

métaphore in praesentia; la comparaison est une sorte de métaphore in praesentia, de même que la
personnification.

Si le terme topique est présent mais le terme (méta)phorique est absent (latent, implicite), la métaphore est une métaphore in absentia. Le procès de métaphorisation consiste donc à combiner le vocabulaire et la grammaire de manière originale et à rapprocher deux figures linguistiques voisines ou proches (dans la métonymie) ou éloignées (dans la métaphore). Cela veut dire que la métaphorisation présuppose l'anaphorisation, soit les liens de terme à terme, de terme présent à terme présent ou de terme présent (comparant) à terme absent (comparé).

Pour cela, une fois que la métaphore a été identifiée comme telle, il faut voir ce que les termes présents ont en commun. Si le terme comparé est absent, il faut étudier la polysémie du terme comparant (présent) et l'associer au terme comparé (absent), soit par voisinage (sensible) dans le cas de la métonymie, soit par
abstraction (intelligible) dans le cas de la métaphore in absentia. Il n'y a pas de métaphore sans noyau sémique commun aux deux termes, noyau qui produit l'effet métaphorique : l'effet de sens.
Par ailleurs, dans un poème, il y a souvent un enchaînement de métaphores; il y a lieu alors de parler de métaphore filée (tissée), parfois maintenue du début à la fin, le titre apparaissant alors comme le terme
comparant et le texte comme le terme comparé.


APPLICATION



Hector de Saint-Denys Garneau

[Poète québécois : 1912-1943]

Regards et jeux dans l'espace

(1937)

CAGE D'OISEAU Je suis une cage d'oiseau
Une cage d'os
Avec un oiseau

L'oiseau dans sa cage d'os
C'est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n'arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l'on cesse tout à coup
On l'entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C'est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d'os

Voudrait-il pas s'envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu'est-ce que c'est

Il ne pourra s'en aller
Qu'après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.


Dans ce poème de 24 vers libres regroupés en neuf strophes formant une seule phrase et où l'assonance dominante est la voyelle /o/, nous remarquons tout de suite que le texte est la métaphore (filée) du titre.

Dans le premier vers, le locuteur (humain) se compare à une cage d'oiseau : c'est une métaphore in praesentia, où il y a une relation de contenant (inanimé) à contenu (animé) : de prison à prisonnier (animal). Notons cet enchaînement embrassé : humain // inanimé / animé // animal.

Mais dès les deuxième et troisième vers, la cage d'oiseau devient une cage d'os; c'est donc dire que les barreaux (d'une cage) deviennent des os, renvoyant ainsi à la cage thoracique du locuteur, de tout humain, de tout mammifère, de tout vertébré, de tout animal; cependant, les os, qui rapprochent la cage du corps, évoquent aussi la maigreur, le squelette, le cadavre : la mort. En outre, l'oiseau (enfermé) n'est plus un animal qui vole mais un organe (interne).

La deuxième strophe, par anaphorisation, vient immédiatement confirmer cette métaphorisation dans une autre métaphore in praesentia : l'oiseau est la mort qui fait son nid; la cage d'oiseau qui emprisonne est elle-même prisonnière de la mort parce que c'est une cage d'os (contenant) où il y a un nid (contenu par la cage mais contenant la mort); le nid est à la cage ce que la mort est au corps (la vie), ce que le ver est à la pomme...

Les deux premières strophes forment une séquence investie par deux acteurs : je (le locuteur : la cage) et
l'oiseau (le nid : la mort).

La troisième strophe introduit un troisième acteur (observateur) : "on"; de plus, le faire succède à l'être. Nous avons une métaphore in absentia : des ailes qui se froissent ne sont plus celles d'un oiseau; elles ne sont plus animées mais inanimées (comme des vêtements) ou abstraites (comme des sentiments). Par contre, l'oiseau se maintient par et dans la syllabe /cou/. Le cri du pigeon (ou de l'amoureux) qui roucoule se trouve ensuite comparé à un grelot; c'est une simple comparaison : le grelot a la forme allongé du cou de l'oiseau (auquel on ne peut cependant pas attacher un grelot), mais il évoque aussi la peur (de la mort) et le coeur (comme organe viscéral et comme siège présumé des sentiments).

La cinquième strophe vient clore cette deuxième séquence par la répétition de la même métaphore de la
captivité de la mort, mais avec une inversion, la focalisation ("c'est un oiseau") précédant la topicalisation ("la mort") : il y a parallélisme entre la fin de la première séquence (deuxième strophe) et la fin de la seconde (cinquième strophe).

La sixième strophe peut être considérée comme une séquence transitoire ou comme le début de la dernière séquence; y est interpellé un quatrième acteur :"vous" distinct de "on" (= nous). S'y opposent l'envol (la libération de l'oiseau) et la restriction (la captivité de la mort par "vous" ou "moi").

La dernière séquence
est marquée par la prédation du coeur-grelot, du sang, de la vie, de l'âme par l'oiseau=mort, par le bec (qui est au sommet du cou, de la tête, et qui peut être associé, par sa forme, au
grelot et aux ailes) : le prisonnier triomphe de la prison, dans une sorte de fantasme masochiste, passif, cannibale de dévoration et de pénétration. L'envol, la libération, est ouverture pour l'oiseau : il est vie;
mais il est fermeture pour le corps du locuteur : il est mort. L'être (de la première séquence) est finalement
vaincu par l'avoir (de la dernière séquence).

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 4:55

EXERCICES


Faites l'analyse rhétorique des huit poèmes qui précèdent cette section.

TEST


Faites l'analyse morphologique, lexicale et rhétorique du poème suivant :

Alain Horic

[Poète québécois né en 1929]

L'aube assassinée

(1957)

LA CAGE DE CHAIR Je voudrais que cet animal
qui s'éveille
chaque jour en moi
meure
enfermé dans sa cellule
de peau

La nuit je le surprends
m'arrachant les côtes
comme des barreaux

À chaque nouvelle lune
je lui cède
pour m'enfuir
brouiller les chemins
de retour

J'ai peur
qu'il morde le coeur

Au centre de la brousse humaine
rompre l'harmonie
de la chair
qui vibre de mille désirs

Je suis las de le traîner
derrière moi
pour témoigner de ma présence

Je dois l'étrangler
pour cet enfant
qui m'appelle
par le code secret du sang

À l'aube
quand il sera raidi
je prendrai le doigt d'un mort
pour crever l'infini.


E) LES ISOTOPIES ET LES AXIOLOGIES

Déjà avec l'analyse prosodique du rythme (qui est la syntaxe de la syntaxe), avec l'analyse morpho-syntaxique, avec l'analyse lexicale et avec l'analyse rhétorique, il a été question de la forme du
contenu
(la profondeur : le géno-texte) : le lexique est inséparable de la grammaire, le rythme est inséparable de la syntaxe, la syntaxe est inséparable de la sémantique.
Alors que l'analyse lexicale est l'analyse des figures (centrifuges) qui s'assemblent dans des champs (lexicaux, puis sémantiques), l'analyse sémantique -- plus précisément, l'analyse sémique ou sémémique -- est l'analyse des sèmes (centripètes) constituant un sémème.

Le sème est l'unité élémentaire de la forme du contenu, alors que le phème est l'unité minimale de la forme de l'expression; le sème est le trait distinctif ou différentiel du contenu de la signification : c'est l'un des deux termes de la valeur et on le désigne par un nom (entre guillemets "américains").

Le sémème est un ensemble ou un faisceau de sèmes, comme le phonème est un ensemble de phèmes se retrouvant dans une syllabe; le sémème est une unité sémantique correspondant à un monème, plus particulièrement à un lexème. Le sémème comprend un sémantème, un classème et un virtuème.

Le sémantème est l'ensemble des sèmes constants et spécifiques du sémème, tout en tenant compte de la polysémie.

Le classème est l'ensemble des sèmes constants et génériques du sémème. Comme le sémantème, le classème est de l'ordre de la dénotation (ou de l'intension selon la logique); les deux sont déterminés par le mot ou le monème : par le dictionnaire, et celui-ci est donc indispensable à l'analyse sém(ém)ique.

Les grandes classes du classème sont : "abstrait"/"concret",
"inanimé"/"animé", "non-humain"/"humain",
"mâle"/"femelle", etc.;
l'un des deux termes de la classe peut être marqué (ou intensif) et l'autre peut être neutre (ou extensif) : par exemple, le masculin et le singulier sont neutres, alors que le féminin et le pluriel sont marqués.

Le virtuème est l'ensemble des sèmes variables, selon la phrase ou les figures rhétoriques, du sémème. Le virtuème est de l'ordre de la connotation (ou de l'extension selon la logique); il est déterminé par la phrase : par la grammaire.

Un archisémème est l'intersection des sémèmes correspondant à un archilexème, ce dernier étant ce qu'il y a de commun (le noyau sémique) à plusieurs lexèmes.

Une isotopie est l'itération ou la répétition de sèmes (et non de figures), surtout au niveau du sémantème, dans une séquence ou d'une séquence à l'autre.

Les isotopies assurent la cohésion et la cohérence du texte, par lesquelles il y a adhésion (ou adhérence) de la lecture à l'écriture. C'est par les isotopies que les axiologies se réalisent en idéologies. Les isotopies se trouvent surtout au niveau du sémantème : elles sont aux champs sémantiques ce que les syntagmes sont aux paradigmes.

Les figures (linguistiques) et les termes sont réels, les notions et les thèmes sont actuels, les valeurs sont virtuelles. L'axiologie est un système de valeurs (ou de catégories) implicites, tandis que l'idéologie est un systèmes d'idées explicites.

Les axiologies sont des micro-univers sémantiques; on appelle structures axiologiques les univers ou universaux sémantiques; se distinguent la structure axiologique figurative et les structures axiologiques élémentaires.

La structure axiologique figurative est la structure axiologique des quatre éléments de la nature : le feu, l'air, l'eau et la terre; ce sont les sèmes significatifs du règne minéral, du règne végétal et du règne animal.

Les structures axiologiques élémentaires sont les structures axiologiques constitutives des deux univers sémantiques partiels et inséparables, des deux univers de sens de l'être humain : l'univers collectif et l'univers individuel.

L'univers collectif est le sociolecte, c'est-à-dire la structure axiologique organisée par la valeur sociolectale "nature"/"culture". La valeur sociolectale est la valeur de l'espace et de la survie de l'espèce ou de la reproduction : de la conservation collective par la (re)production individuelle. Le sociolecte est régi par la transcendance du principe de réalité : la Loi (symbolique) y détermine le désir. Le sociolecte est soumis aux pulsions de moi (ou de conservation) : la génération y conduit à la prédation; c'est l'univers de la parenté (par le sang ou l'alliance) et de l'interdit de l'inceste, qui en est la règle structurante et contraignante.

L'univers individuel est l'idiolecte, c'est-à-dire la structure axiologique organisée par la valeur idiolectale "vie"/"mort". La valeur idiolectale est la valeur du temps et du sexe de l'individu ou de la finitude : de la (re)production collective par la conservation individuelle. L'idiolecte est régi par

l'immanence du principe de plaisir : le désir y détermine la Loi. L'idiolecte est soumis à la pulsion de mort (ou de destruction) : la prédation y conduit à la génération; c'est l'univers de la sexualité et de l'interdit du meurtre (ou de l'interdit de l'infeste), qui en est la règle structurante et contraignante.
L'idiolecte est au sociolecte ce que l'ontogenèse est à la phylogenèse. La famille ou le milieu peut
être la jonction des deux univers.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 4:58

APPLICATION



Alain Grandbois

[Poète québécois : 1900-1975]

Rivages de l'homme

(1948)

LE SILENCE Terre d'étoiles humiliées
Ô Terre Ô Terre
Ta surface assassine le coeur
Avec ses paysages écrasés
Dans le cruel anneau
De ses hommes de peur
Ce qui lui reste de ce grouillement stérile
Rejoint les grandes clameurs
Des fleuves enténébrés
Nul ange ne soutient plus
Les parapets des îles

Mais il suffit peut-être
Ô Terre
De gratter légèrement ta surface
Avec des doigts d'innocence
Avec des doigts de soleil
Avec des doigts d'amour
Alors toutes les musiques
Ont surgi d'un seul coup
Alors tous les squelettes aimés
Tous ceux qui nous ont délivrés
Leurs violons tous accordés
Ont d'abord chanté
Sans plaintes sans pleurs
Les aurores de nacre
Les midis de miel
Les soirs de délices
Les nuits de feux tendres

Ils ont chanté encore
Le mur obscur de la mer
Le relief des vents
Le pur dur diamant de la source
Le souffre frais des montagnes
La fluidité de la pierre du roc
Ils ont ensuite chanté
Tout ce qui peut se dire
Du mort au vivant
Tissant la soie
De l'extraordinaire échelle
Alors le silence s'est fait
Ils n'avaient tu que le dernier sacrifice

Ô belle terre féconde et généreuse
Ils étaient quarante millions de beaux cadavres frais
Qui chantaient sous ta mince surface
Ô Terre Ô Terre
Ils chantaient avec leur sourde musique
De Shangaï à Moscou
De Singapour à Coventry
De Lidice à Saint-Nazaire
De Dunkerque à Manille
De Londres à Varsovie
De Strasbourg à Paris
Et quand ils ont été plus morts encore
D'avoir trop chanté
Quand s'est fait leur grand silence
Nous n'avons rien répondu



Ce poème de 56 vers libres distribués en quatre strophes peut être divisé en trois séquences :

I : première strophe,où la Terre est interpellée ou même invoquée;
II : deuxième (introduite par un joncteur) et troisième strophes;
III : quatrième strophe, où la Terre est à nouveau interpellée, mais confrontée à un autre acteur (déjà introduit dans la seconde séquence).

Remarquons que "Ô Terre" est répété deux fois dans la première séquence et dans la troisième; mais cela
n'apparaît qu'une fois dans la deuxième séquence : c'est une forme de parallélisme. Il y a aussi parallélisme dans la deuxième séquence : "Avec des doigts" et article + nom, et, dans la dernière strophe : "De" + nom de ville + "à" + nom de ville.
Pour faire l'analyse sém(ém)ique, nous pouvons procéder de la manière suivante, avec l'aide d'un bon dictionnaire unilingue français :SÉMÈMES SÉMANTÈMES CLASSÈMES VIRTUÈMES

I

Terre minéral inanimé/
végétal animé
animal
planète
sphère
univers
humanité

étoiles minéral inanimé
astre
lumière
multitude
distance
éloignement humain vedettes

humiliés humilité humain
impuissance
passivité

Terre
Terre

surface minéral
dimension
étendue humain humanité

assassine assassinat humain
meurtre
crime
préméditation
agression
activité

coeur corps animal amour
organe
sang
sphère
centre

paysages minéral inanimé/
végétal animé
pays
décor

écrasés écrasement défaite/
destruction guerre
passivité

cruel cruauté animé
agressivité
activité

anneau objet inanimé
cercle
humain alliance

hommes sujet mâle
humanité
collectivité soldats

peur sensation animal
crainte
soumission
passivité guerre

reste durée animé
permanence
passivité

grouillement fourmillement animé
mouvement
changement multitude

stérile stérilité animé
infécondité
passivité inutilité

rejoint réunion animé
jonction
activité

grandes grandeur animé
dimension
étendue

clameurs tumulte animé
bruit
cri

fleuves eau inanimé paysages
sel
mer
cours
ligne

enténébrés ténèbres inanimé
obscurité
passivité

ange surnaturel
divinité
spiritualité
perfection
religion gardien

soutient soutien animé négation
appui
aide
protection
activité

parapets talus inanimé
garde-fou
guerre combattants

îles terre inanimé
eau
paysage
volume
masse

_________________________________________________________________


II

suffit satisfaction animé
activité

Terre

gratter grattement animé caresse
frottement
activité

légèrement légèreté humain
douceur
délicatesse

surface

doigts main humain
corps
membre
ligne

innocence candeur humain
fraîcheur

doigts

soleil astre inanimé
lumière
chaleur
sphère

doigts

amour sentiment humain
passion
attraction

musiques art humain
son
bruit
rythme

ont surgi apparition humain
soudaineté
jaillissement
activité

squelettes os animal
corps
cadavre soldats

aimés amour
passivité humain

ont délivrés délivrance humain
libération
activité

violons instrument humain
musique
allongement

accordés accord humain
entente

ont chanté chant humain
art
célébration

plaintes sensation humain négation
peine
douleur

pleurs larmes humain négation
chagrin

aurores début inanimé
matin

nacre iris inanimé
richesse lumière
mer

midis milieu inanimé lumière
journée

miel aliment animé lumière
sucre

soirs fin inanimé
veillée

délices joie humain
jouissance
félicité

nuits obscurité inanimé
sommeil amour

feux élément inanimé
chaleur
lumière amour

tendres tendresse humain
douceur
passivité

ont chanté répétition

mur obstacle inanimé

obscur obscurité inanimé
opacité
passivité

mer eau inanimé
étendue
grandeur

relief saillie inanimé
contour

vents air inanimé
souffle
force

pur pureté inanimé
éclat
transparence

dur dureté inanimé
permanence

diamant minéral inanimé
pierre
richesse transparence

source eau inanimé
jaillissement
origine

souffle air inanimé
atmosphère climat

frais fraîcheur inanimé
rafraîchissement
confort

montagnes minéral inanimé/
végétal animé
sommet
hauteur
paysage

fluidité écoulement inanimé
eau
transparence

pierre minéral inanimé
dureté

roc minéral inanimé
masse
saillie

ont chanté succession

peut pouvoir humain
puissance
activité

se dire diction humain
parole
transmission
communication
activité

mort mortalité inanimé cadavre
finitude

vivant vie animé
vivacité corps

tissant tissage inanimé
artisanat
travail

soie matière inanimé
douceur
richesse

extra/
ordinaire exception
grandeur

échelle instrument inanimé
hauteur hiérarchie

silence non-bruit humain
non-musique

s'est fait action humain
activité

avaient tu silence humain
mutisme
secret
activité

dernier fin humain
finalité

sacrifice offrande humain
immolation
destruction
liturgie
religion carnage

_________________________________________________________________


III

belle beauté inanimé/
animé

féconde fécondité animal
activité

généreuse générosité animé
fécondité
productivité
activité

étaient être abstrait

quarante
millions multitude humain

beaux beauté humain

cadavres corps animal
putréfaction soldats

frais récents

chantaient

mince minceur inanimé

surface enterrement

Terre
Terre

chantaient

sourde surdité animal sonorité
passivité

musique inutilité

Shangaï ville humain
Chine
mer

Moscou ville humain
capitale
Russie destruction

Singapour ville humain
capitale
Singapour
île

Coventry ville humain destruction
Angleterre coventrysation

Lidice ville humain
Tchécoslovaquie destruction

Saint-
Nazaire ville humain
France
fleuve occupation

Dunkerque ville humain
France
mer rembarquement

Manille ville humain
capitale
Philippines
île
mer occupation

Londres ville humain
capitale
Angleterre bombardement

Varsovie ville humain
capitale
Pologne extermination

Strasbourg ville humain
Alsace
France/
Allemagne capitulation

Paris ville humain
capitale occupation
France résistance

ont été

morts mortalité humain excès

avoir chanté excès

grand grandeur humain

silence éternité

avons
répondu réponse humain silence
communication néant

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 5:09

Dans cet exercice, qui peut aussi être un exercice d'enrichissement du vocabulaire, notons que les sèmes du sémantème et du classème se retrouvent au début de chaque entrée du dictionnaire, alors que les sèmes du virtuème nous sont parfois donnés par les citations; sinon, ils sont liés à la métaphorisation ou à
l'histoire (ici, celle de la Deuxième Guerre mondiale). Les sèmes des verbes et des adjectifs peuvent en partie être identifiés par les noms dérivés ou ceux dont ils dérivent; parfois, ces noms se terminent par le suffixe "té". Pour les verbes et les adjectifs, il est souvent possible de déterminer s'il y a le sème "activité" ou le sème "passivité".
Dans la première séquence de ce poème, au niveau du classème, il y a une opposition systématique entre l'inanimé et l'animé (humain ou non); au début et à la fin de la deuxième séquence, s'affirme l'humain, mais
l'inanimé domine au milieu; la troisième séquence est dominée par l'humain, les villes de l'humanité, et par
leur destruction due à la guerre.

Dans la première séquence, nous sommes en mesure d'identifier l'isotopie militaire ou guerrière de l'activité et de la passivité, l'isotopie géométrique ou géographique de la surface (dimension, étendue, rondeur) et du volume (sphère), ainsi que l'isotopie géologique de la terre et de l'eau, du minéral. Dans cette séquence,
prédomine la dysphorie.

Dans la deuxième séquence, l'isotopie géométrique ou géographique et l'isotopie géologique se maintiennent; apparaît l'isotopie musicale du chant; la dysphorie succède à l'euphorie.

Dans la troisième séquence, il y a fusion de l'isotopie guerrière et de l'isotopie géographique dans l'isotopie de la destruction des villes; mais l'isotopie musicale du chant des Morts est relayée par l'isotopie anti-musicale du silence des Vivants : là aussi, la dysphorie succède à l'euphorie et elle triomphe finalement.
Au niveau de la structure axiologique figurative, les quatre éléments de la nature sont à peu près également représentés, de l'espace céleste du feu et de l'air à l'espace terrestre de la terre et de l'eau, en
passant par l'espace souterrain des cadavres des soldats morts à la guerre : invités par le titre du recueil et au-delà du titre du poème, nous pouvons y soupçonner les «rivages de l'homme»...

Au niveau du sociolecte, l'isotopie géologique et l'isotopie anti-musicale du silence sont associées négativement à la Nature des Vivants (= non-Culture), tandis que l'isotopie musicale du chant est associée
positivement à la Culture des Morts (= non-Nature). Au niveau de l'idiolecte, il y a inversion des valeurs : à
la Mort, est associé négativement le silence des Vivants (= non-Vie), alors qu'à la Vie, est associé positivement le chant des Morts (= non-Mort).

«Ô Terre Ô Terre», du silence des morts triomphe celui des Vivants, car «nous n'avons rien répondu»...

EXERCICE


Faites l'analyse des isotopies et des axiologies du poème suivant :

Roland Giguère

[Poète québécois né en 1929]

L'Âge de la parole

(1965)

LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS

PAR POURRIR Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d'étain rouillé
grands ongles d'émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

F) LES ACTANTS

Si les étudiants ne sont pas familiers avec l'analyse syntaxique, il est nécessaire de leur faire étudier les fonctions et les jonctions de l'énoncé; ils seront ainsi en mesure d'étudier le texte non seulement comme poème, mais aussi comme récit, comme récit et rythme et donc comme voix. Ils doivent être capables de
séparer le poème en énoncés complexes et de diviser ceux-ci en énoncés simples. L'énoncé simple est la réunion d'un noyau syntaxique (ou d'un "nucléus") et d'éléments marginaux, qui ne sont pas essentiels ou ne sont pas indispensables pour le groupe nominal et pour le groupe verbal. Le noyau est la réunion de la base et du prédicat. La base est le sujet de la phrase; c'est un nom ou un pronom. Le prédicat est ce qui est dit du sujet par le verbe et l'objet.

Les principaux sujets et le principal objet constituent les acteurs, c'est-à-dire des figures (visages ou images) jouant un rôle; un acteur n'est pas nécessairement une personne ou un personnage : ce peut
être une chose, un objet ou un concept. Un acteur qui agit est un agent : c'est un sujet; un acteur qui subit est un patient : c'est un objet ou un sujet.

Généralement, il y a lutte d'un agent principal contre un autre agent principal pour la conquête du principal patient; la quête ou la recherche du patient par les agents est un parcours narratif, où il peut y avoir manipulation (ruse, séduction, etc.) et sanction (rétribution ou punition, justice ou vengeance).

L'actance est l'action ou le rôle que jouent les verbes : les deux principaux rôles sont la transitivité (avoir l'objet) et l'intransitivité (être le sujet).

La valence est la puissance d'attraction ou de répulsion de l'objet par le verbe; c'est la valeur de la valeur : c'est l'investissement thymique. L'actant est la réunion (syntaxique et sémantique : grammaticale ou sémiotique) d'acteurs et de valeurs (actance et valence); les valeurs sont prises en charge par les acteurs dans les parcours narratifs. Les cinq principaux actants sont : le Destinateur, l'Objet de valeur, le Sujet, l'anti-Sujet et le Destinataire.

Le Destinateur est un actant-agent; il désigne et assigne l'Objet de valeur au Sujet et il fixe la valeur de l'Objet de valeur; il manipule le Sujet ou l'anti-Sujet au profit du Destinataire, qui est l'actant-patient qui bénéficie de l'Objet ou profite de l'action du Sujet et à qui est donc destiné l'Objet de valeur par le Destinateur; le Destinateur sanctionne positivement (par la rétribution) ou négativement (par la punition)
l'action du Sujet. Souvent le Destinateur est présupposé ou il apparaît au début du texte (dans le temps), alors que le Destinataire apparaît à la fin (dans l'espace).

L'Objet de valeur est l'actant-patient qui est la passion du Sujet; c'est un actant transi par un maximum de valeurs, par beaucoup d'isotopies. Le Sujet ou l'anti-Sujet est un actant-agent qui est en quête (enquête, requête, conquête) de l'Objet de valeur; si le Sujet est aussi Destinataire, c'est un archi-actant.

Le Destinateur et donc l'Objet de valeur appartiennent à l'univers transcendant des valeurs établies par le savoir; le Sujet, l'Objet de valeur, l'anti-Sujet et le Destinataire appartiennent à l'univers immanent
des valeurs à établir ou à rétablir par le pouvoir et par le vouloir; l'Objet de valeur est donc central ou capital puisqu'il appartient à ces deux univers : il est (à) l'origine... Le schéma actantiel est la confrontation (contractuelle et/ou conflictuelle) des divers actants du récit (ou de l'énoncé). Le récit est l'archigenre ou l'architexte; c'est la grammaire du sens : la narrativité et la discursivité (ou la langue et le discours).

Le parcours génératif est le schéma du récit.


APPLICATION



Gaston Miron

[Poète québécois : 1928-1996]

L'homme rapaillé

(1970)

LA BRAISE ET L'HUMUS Rien n'est changé de mon destin mes camarades
le chagrin luit toujours d'une mouche à feu à l'autre
je suis taché de mon amour comme on est taché de sang
mon amour mon amour fait mes murs à perpétuité

un goût d'années d'humus aborde à mes lèvres
je suis malheureux plein ma carrure, je saccage
la rage que je suis, l'amertume que je suis
avec ce boeuf de douleurs qui souffle dans mes côtes

c'est moi maintenant mes yeux gris dans la braise
c'est mon coeur obus dans les champs de tourmente
c'est ma langue dans les étages des nuits de ruche
c'est moi cet homme au galop d'âme et de poitrine

je vais mourir comme je n'ai pas voulu finir
mourir seul comme les eaux mortes au loin
dans les têtes flambées de ma tête, à la bouche
les mots corbeaux de poèmes qui croassent
je vais mourir vivant dans notre empois de mort


Remarquons tout de suite que seul le premier vers commence par une majuscule dans ce poème de quatre strophes et de 17 vers libres; il n'y a pas de point final, mais il y a deux virgules dans la deuxième strophe
et une dans la quatrième. Nous pouvons diviser ce poème en deux séquences, la première comprenant les deux premières strophes et la seconde comprenant les deux dernières. Notons aussi le parallélisme de la troisième strophe.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:06

L'analyse
syntaxique des énoncés peut se faire comme suit :
ÉNONCÉS SIMPLES








NOYAUX SYNTAXIQUES

PRÉDICATS

ÉLÉMENTS MARGINAUX

BASES

SUJETS

VERBES

OBJETS



I

Rien

de mon destin

ma mère

mes camarades



n'est changé







le chagrin feu

luit toujours



d'une mouche à feu à l'autre

Je

de mon amour

(comme)

On

de sang

suis taché





est taché











mon amour

mon amour



fait

à perpétuité



mes murs





un goût

d'années

d'humus





aborde







à mes lèvres

je

malheureux

je

suis



saccage

la rage



que

plein ma carrure





je

suis

l'amertume

que



je (avec)

ce bœuf

de douleurs

qui

Suis







souffle











dans mes côtes

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:07




NOYAUX SYNTAXIQUES



PRÉDICATS









ÉLÉMENTS MARGINAUX



BASES

SUJETS

VERBES

OBJETS



II

c'

moi

mes

yeux gris




est



maintenant









dans la braise

c'

mon

cœur obus

est







dans les champs

de tourmente



c'

ma langue


est



dans les étages

des nuits
de ruche




c'

moi

cet homme


est



au galop d'âme

et de poitrine

je

(comme)



je



vais

mourir



n'ai pas voulu



finir mourir





seul

(comme)

les eaux

mortes

au loin

[comparaison]

















dans les têtes flambées
de ma tête
à la bouche






les mots

corbeaux de poèmes





qui

croassent





je

vivant

vais

mourir



dans notre empois
de mort




_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:08

Il nous faut immédiatement remarquer le très petit nombre d'objets : "mes murs", "la rage que", "l'amertume que" et "les mots corbeaux de poèmes"; ce qui peut avoir pour effet de leur accorder une plus grande importance. Nous avons associé les adverbes aux verbes, ainsi que les attributs (noms ou adjectifs) aux sujets qu'ils caractérisent par la copule "être". Nous constatons que les éléments marginaux sont presque tous des compléments d'espace et qu'ils se rapprochent aussi par leur parallélisme syntaxique : "dans..." Par ailleurs, il y a une ambiguïté sémantique dans la deuxième strophe : "suis" peut être le présent du verbe "être" ou du verbe "suivre" [il y a une telle ambiguïté au tout début de «Ballade d'un enfant qui va mourir» d'Anne Hébert] . De même, il nous semble impossible de déterminer si "vivant" est adjectif verbal
ou participe présent; mais, étant donné que c'est un vers de douze pieds, il serait sans doute possible de considérer "vivant" comme un adjectif verbal précédant la césure et faisant ainsi partie du premier hémistiche.

Pour l'analyse des acteurs, retenons d'abord qu'un agent peut être sujet et qu'un patient peut être objet ou sujet; retenons aussi qu'un acteur représente des valeurs. Voici ce que nous proposons en identifiant les actants par une majuscule initiale :





ACTEURS

VALEURS

ACTANTS







ma mère

Destinateur :

mes camarades



(braise/humus)

destin

chagrin

temps

végétalité



Finitude

les mots

corbeaux de poèmes:

langue

animalité

poésie

Objet

de valeur

Poésie

locuteur ("je")

cet homme

amour

sang

malheur

ravage

corps

coeur

tourmente

Sujet :

boeuf de douleurs

Sujet :

défaut

tache (faute)

douleur

souffle

maladie

rage

amertume

solitude

Vie

anti- Sujet









Mort

empois

Destinataire :

humanité



Éternité

("mourir vivant")




La Finitude
destine la Poésie à l'Éternité ou à l'immortalité et elle l'assigne à la Vie
comme Objet de valeur; mais pour celui dont la destinée est de s'adonner ou de
s'abandonner à la poésie comme à l'amour, la Vie est synonyme de malheur, car
il n'y a pas de Vie sans Mort : c'est la définition, la destination même, de la
Finitude. Cela correspond à la présomption d'isotopie que nous retrouvons déjà
dans le titre : la braise est du «bois réduit en charbons ardents» et l'humus
est de la «terre formée par la décomposition des végétaux; terre brune ou
noirâtre qui est à la surface de la terre» [Le Petit Robert 1]. La
braise est le retour du bois (végétal) au charbon (minéral), mais il peut
encore servir de combustible ou d'«argent monnayé» [deuxième entrée du même
terme dans Le Petit Robert 1] pour l'humain (animal); l'humus est aussi
le retour du végétal au minéral, de l'animé à l'inanimé, à la mort, mais il est
en même temps nouveau commencement de la vie. L'humus est au végétal ce que la
braise est à l'animal : l'humain est à la fois humus -- la source ou la couche
du plaisir (passif, patient) -- et braise -- l'ardeur ou la couleur du désir
(actif, agent)...



De la
transition de la première séquence à la seconde, il y a ainsi inversion des
contenus : «le bœuf de douleurs qui souffle dans mes côtes» (l'anti-Sujet),
«c'est moi maintenant» (le Sujet)!




_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:18

EXERCICE


À partir de
l'analyse syntaxique des énoncés, faites l'analyse des actants du poème suivant
:



Jean-Paul Filion


[Poète québécois né en 1927]


Demain les herbes rouges


(1962)


DEMAIN LES HERBES ROUGES



J'ai le mal d'homme comme on traîne une blessure




J'ai le mal de ciel et celui d'enfer




Mais l'espace a créé sa forge d'étoiles




Qui viendra souffler sur mon épouvante




Demain les herbes rouges







Il a venté sur ma joie en poussière



Et
j'attends de l'univers un nouveau dialogue




J'ai l'amour en cascade le bon Dieu au rancart




M'occupant à jeter un pont sur le matin




Demain les herbes rouges







J'abhorre les esprits les magies les phantasmes




Mon regard famélique n'est plus à la table des astres




Contre la moire des sources vertigineuses




Je veux mordre mon pain d'écorce et de terreau




Demain les herbes rouges






J'offre mes larmes ténébreuses à
dévorer par le feu




Que le jour engouffre mes neiges et mes nuits




Mon coeur n'est plus gisant sous la cognée du soleil




Qui entre blondir le pays que j'habite



Demain les herbes rouges.


G) L'INVERSION DES CONTENUS


Un texte est
généralement divisé en deux ou trois séquences principales : la séquence
initiale, la séquence centrale et la séquence finale, la séquence centrale
pouvant chevaucher les deux autres ou servir de transition de la première à la
dernière. Dans la séquence initiale, il y a une épreuve qualifiante si elle
n'est pas déjà présupposée, si elle ne précède pas le texte; l'épreuve qualifiante est le lieu de
l'acquisition de la compétence, du savoir-faire, par le Sujet. Il peut alors y
avoir manipulation, c'est-à-dire ruse ou
mission, séduction ou mensonge, du Sujet par le Destinateur initial
(manipulateur). Dans la séquence initiale, une situation de manque apparaît :
un défaut ou une imperfection, une insuffisance, est à liquider. Vers la fin de
la séquence centrale, il y a une épreuve décisive,
c'est-à-dire une épreuve qui donne lieu à la performance du Sujet et à la
confrontation du Sujet et de l'anti-Sujet; il y a ainsi passage à l'acte,
action ou faute en vue de la liquidation du manque ou du défaut. La séquence
finale, qui peut être très courte, est caractérisée par l'épreuve
glorifiante
, qui est l'épreuve qui donne lieu à la sanction de l'action du Sujet par le
Destinateur final (judicateur); il y a donc reconnaissance cognitive de la marque
(concrète ou abstraite) du Sujet. La sanction peut être positive -- c'est alors
une rétribution, une récompense -- ou négative -- c'est alors une punition
collective (la justice) ou une punition individuelle (la vengeance).
Dans la séquence initiale, il y a disjonction du Sujet et de l'Objet de valeur;
dans la séquence finale, il y a conjonction du Sujet et de l'Objet de valeur.



Ce qui
précède constitue le schéma narratif canonique
du récit, qui peut être résumé ainsi : sentiment de culpabilité (défaut),
passage à l'acte (faute) et compulsion de répétition (automatisme de répétition
et compulsion d'aveu ou confession) ou recherche de la sanction; tout cela dans
la passion de l'Objet...



Il y a inversion
des contenus et donc inversion des valeurs de la séquence initiale à la
séquence finale au niveau des acteurs (ou des actants), du drame [voir le
schéma narratif canonique], de l'investissement thymique [voir la section A],
de l'espace et du temps. Il faut distinguer le temps
de la narration
, qui est le temps des verbes (ou de l'énonciation),
et le temps de la fiction, qui est le
temps de l'histoire (ou de l'énoncé), le temps de la durée du drame (durée
marquée par les dates ou par les adverbes de temps, mais aussi par le temps des
verbes); il peut y avoir inversion autant au niveau du temps de la fiction que
du temps de la narration.



Au niveau de
l'espace, il faut distinguer, parmi les espaces partiels (présents ou
absents; présents, passés ou futurs; marqués par des noms propres ou communs de
lieu, par des adverbes d'espace ou par des prépositions d'espace comme
"à" et "de"), les espaces
hétérotopiques
, qui sont des espaces centrifuges par rapport
à l'Objet de valeur, des espaces environnants qui éloignent le Sujet ou
l'anti-Sujet de l'Objet, et les espaces topiques
qui sont des espaces centripètes par rapport à l'Objet de valeur. Les
espaces hétérotopiques sont l'espace de l'ailleurs et de l'alors,
l'espace de l'évasion, du voyage, de l'exil, etc.; ce sont parfois des espaces ouverts
ou étrangers; les espaces topiques sont l'espace de l'ici et du maintenant.



Parmi les
espaces topiques, se distinguent les espaces
paratopiques
, où il y a acquisition de la compétence par le Sujet
(ou l'anti-Sujet), et l'espace utopique, où
il y a performance du Sujet. Les espaces paratopiques rapprochent le Sujet et
l'Objet de valeur, et donc aussi le Sujet et l'anti-Sujet; ce sont des espaces familiers
ou originels ou c'est l'espace du milieu [cf. les trois
définitions de ce terme].



L'espace
utopique est le lieu central par excellence, où il y a conjonction du Sujet et
de l'Objet. C'est parfois un espace fermé ou un espace surnaturel,
merveilleux, céleste, aquatique, subaquatique, souterrain. L'espace utopique
peut être intime (individuel ou duel) ou public (collectif);
c'est un espace original ou un espace étrangeMilieu ou la mafia -- est un espace
mi-individuel mi-collectif, mais ni intime ni public.
(bizarre,
inquiétant, angoissant, ambivalent, paradoxal ou paradisiaque). L'espace
familial -- la famille, le

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:19

APPLICATION


Arthur Rimbaud


[Poète français : 1854-1891]


Illuminations


(1886)


AUBE


J'ai
embrassé l'aube d'été.



Rien ne
bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps



d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai
marché, réveillant les



haleines vives et tièdes; et les pierreries
regardèrent, et les ailes se



levèrent sans bruit.


La première
entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes



éclats, une fleur qui me dit son nom.


Je ris au
wasserfall qui s'échevela à travers les sapins : à la cime



argentée je reconnus la déesse.


Alors je
levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par



la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. À la grand'ville, elle fuyait parmi


les clochers et les dômes; et, courant, comme un
mendiant sur les quais de



marbre, je la chassais.


En haut de
la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses



voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense
corps. L'aube et l'enfant



tombèrent au bas du bois.


Au réveil,
il était midi.



Le titre de ce poème en prose de
sept paragraphes et de quatorze phrases -- nombre correspondant aux quatorze
vers d'un sonnet -- est une quadruple présomption d'isotopie :



1 ) aube : «première lueur du soleil levant qui
commence à blanchir l'horizon» = aurore;



2 ) aube : «vêtement ecclésiastique de lin blanc»,
«longue robe blanche des premiers communiants» = vêtement (sacré);



3 ) aube : «palette d'une roue hydraulique» =
instrument (profane);



4 ) aube : prénom de femme (comme "Aurore"
ou "Dawn").



Les deux premières entrées du Petit Robert 1
partagent le sème de la "blancheur". "Aube" est en outre un
anagramme de "beau".



Le poème peut être divisé en trois
séquences :



I : deux premiers paragraphes;


II : troisième, quatrième et cinquième paragraphes;


III : deux derniers paragraphes.


Ce découpage a surtout l'avantage de préserver la
symétrie du poème et il peut être justifié par la forme de l'expression, plus
particulièrement par la morpho-syntaxe : dans les deux premiers et les deux
derniers paragraphes, la première personne est associée à des temps de verbes
différents de la troisième personne, alors que dans les paragraphes du milieu,
il y a confusion des personnes et des temps de verbes, surtout dans le
cinquième paragraphe.



Un rapide
examen des figures linguistiques nous révèle deux grands champs sémantiques :
le champ sémantique du PAYSAGE INANIMÉ, c'est-à-dire l'espace et le temps
regardés ou sentis par la personne, et le champ sémantique du VOYAGE ANIMÉ
de la personne du regardant. Le premier champ est celui des «coordonnées
spatio-temporelles» (et de l'aube-aurore) et le deuxième champ est celui
des «ordonnées intensives» [cf. Deleuze et Guattari] (et de l'aube-vêtement,
ainsi que de l'aube- femme). L'aube-instrument circule d'un champ
à l'autre et constitue un véritable parcours narratif : à la fois un
déroulement et un enroulement, un développement (dans l'atmosphère de la lumière)
et un enveloppement (par les voiles de la censure) qui sont caractéristiques du
travail du rêve, puisqu'il s'agit bien ici du récit d'un rêve (fictif ou non) :
«Au réveil, il était midi»...



Dans la
première séquence, nous assistons au passage d'un habitat humain (la ville) à
un habitat non humain (la campagne) : il s'agit d'une véritable épreuve
qualifiante, où le Sujet-rêveur acquiert sa compétence dans l'embras(s)ement de
l'aube d'été, qui le manipule cependant et peut donc être considéré comme étant
le Destinateur initial (manipulateur); il y a alors disjonction, le Sujet
ignorant encore son Objet, sauf sous la lumière de l'aube d'été. Dans la
deuxième séquence, plus précisément dans le paragraphe central, apparaît
soudainement l'Objet de valeur : la déesse (Diane chasseresse chassée?); la
fleur est une sorte d'Adjuvant, d'aide pour le Sujet, avec qui elle noue plus
ou moins un contrat en lui disant son nom (de femme?).



La poursuite
ou la quête se continue de l'immobilité et de la marche [première séquence] au
lever -- lever du soleil, lever du lit, levier -- et à la lumière [première et
deuxième séquences]. De la première à la deuxième séquence, l'eau, de morte,
s'agite en cascade ("wasserfall"), dont la déesse peut être la
transformation par la chevelure ("s'échevela"), du "blond"
à l'"argenté(e"). Dans la troisième séquence, "lever"
devient plutôt synonyme de "soulever", de "révéler ce qui est
caché". Il y a retour à l'habitat humain et la grand'ville peut être
considérée, même si faiblement, comme étant l'anti-Sujet.



La figure du
coq est problématique : il accompagne évidemment l'aube-aurore et est donc
aussi significatif du déroulement temporel du (récit du) rêve, mais étant
associé à la dénonciation, il est sans doute lui aussi un Adjuvant (dont la
connotation sexuelle -- vu l'homonymie avec l'anglais et étant donné l'emploi
du terme allemand "wasserfall" qui nous y invite par ailleurs -- ne
peut être ignorée). Cela nous renvoie aussi à la métonymie de la fin de la
première séquence : "ailes" pour "oiseaux".



La
(pour)suite, dans et par la course du rêveur et la fuite de la déesse, devient
une véritable chasse : la performance est en branle et l'action continue, le
Sujet étant encore manipulé par le Destinateur et donc par l'Objet de valeur,
qui a été désigné et assigné mais qui n'est pas encore destiné. Le
rêveur-mendiant est le prédateur (le regardant symbolique) de la déesse,
mais il est la proie (le regardé imaginaire) de son rêve...



Dans la
troisième séquence, nous sommes d'abord témoins de l'épreuve décisive : il y a
confrontation puis conjonction entre le Sujet et l'Objet, dans un passage à
l'acte, qui est peut-être l'acte manqué par excellence, soit l'acte sexuel [cf.
Lacan]; il y a rencontre de l'aube-vêtement ("ses voiles amassés") et
de l'aube-femme ("son immense corps"), au moment de l'aube-aurore
("L'aube"). Nous avons droit alors à l'épreuve glorifiante : à la
chute de l'aube et de l'enfant -- l'enfant du rêveur et de la déesse ou le
rêveur lui-même, mais de toute façon le Destinataire : le fils(?) du rêve et du
sommeil bénéficiant de la valeur de l'Objet, de la valence --, dans une
allitération de /b/ : "tombèrent au bas du bois",
ces trois /b/ initiaux faisant écho au /b/ final de "aube" du
titre et du texte.



Dans le
dernier paragraphe, le Sujet est enfin reconnu comme tel, c'est-à-dire comme
rêveur "victime" de son rêve, qui apparaît ainsi comme étant le
Destinateur final (judicateur) : le temps y triomphe de l'espace, le réveil du
sommeil, le midi de l'aurore (voire de l'aube). Par rétrolecture, nous pouvons
supposer que le Destinateur initial présupposé était la nuit, qui est la source
de la manipulation par le sommeil, donc par le rêve.



Dans la
séquence initiale, il y a passage de l'euphorie à l'aphorie; dans la séquence
centrale, il y a euphorie et passage de la passivité (de la déesse, en position
syntaxique d'objet direct et de patient) à l'activité (du mendiant, en position
de sujet et d'agent); dans la séquence finale, il y a passage de l'euphorie (du
rêve) à la dysphorie (du réveil par le sujet de l'énoncé, qui est le rêveur) ou
à l'aphorie (du récit du rêve par le sujet de l'énonciation, qui est le
scripteur ou le lecteur).



Pour résumer
jusqu'ici, nous pouvons dire que le Sujet est le Rêve (surtout ses «éléments
nocturnes»), qui est le gardien du sommeil et la réalisation d'un désir sexuel
: l'accouplement (les ordonnées intensives de la personne et du voyage);
l'anti-Sujet est la Veille (les «restes diurnes») : le réveil (ou la
réalité : les coordonnées spatio-temporelles de l'habitat et du paysage) comme
avortement du Rêve; l'Objet de valeur est l'Éveil : l'aube,
l'accouchement comme aube, comme naissance ou renaissance, comme seconde
naissance (dans le fantasme du fils d'être son propre père, donc aussi le mari
de sa mère).



Mais
l'analyse des isotopies et des axiologies, donc des valeurs, nous permet
d'approfondir sensiblement cette schématisation et d'ajouter un peu de
"chair" au "squelette" du parcours narratif et du schéma
actantiel, où apparaît cependant déjà l'inversion des contenus. Sans procéder
ici -- cela a cependant été fait -- à une analyse sém(ém)ique systématique
[voir l'application de la section E], nous sommes en mesure de proposer les
quatre principales isotopies suivantes : l'abri (du décor et du foyer),
la séduction, l'érection (architecturale et sexuelle) et la castration.



L'abri
conduit à l'espace le plus intérieur, celui de la matrice; la séduction permet
la conquête de l'abri : c'est la quête de l'origine (et du secret); l'érection
(imaginaire), est à la fois nécessaire à l'élévation des bâtiments et au coït
(ou à l'onanisme); mais il y a castration (symbolique) par le réveil, qui est
le triomphe du principe de réalité sur le principe de plaisir. L'abri et la
castration appartiennent au monde du réveil ou de la Veille; la séduction et
l'érection appartiennent au monde du sommeil ou du Rêve.



Qui dit Rêve
(et sommeil) dit imagination et imaginaire du regar et
de la nuit; qui dit Veille (et réveil) dit raison et symbolique
du regardant et du jour. Mais qui dit abri et séduction dit désir;
qui dit érection et castration dit loi. L'Éveil (de la sexualité) est un
commencement, une "illumination"; mais cette quête de l'origine -- le
secret des "mystères de la vie" : d'où viennent les enfants? -- tient
du fantasme : en deçà du désir objectal (homosexuel ou hétérosexuel), il
y a le désir subjectal : là où le sujet est son propre objet, dans
l'auto-érotisme ou le narcissisme d'avant tout fétichisme d'objet; là donc où
(la passion de) l'objet est le sujet (de la passion)...



Au niveau du
sociolecte, la Veille est associée négativement à la Culture et à l'espace de
l'intellect (= non-Nature) : c'est un espace hétérotopique qui éloigne le
rêveur de l'objet de son désir; le Rêve est associé positivement à la Nature
(ou à la surnature) et à l'espace de la mémoire (= non-Culture) : c'est un
espace topique, d'abord paratopique (l'habitat : la campagne et la ville, le
paysage) puis utopique (le corps). Au niveau de l'univers individuel, le réveil
est associé négativement à la Mort et au temps du souvenir (= non-Vie); le
sommeil est associé positivement à la Vie et au temps de l'oubli (= non-Mort).
Là est la véritable inversion des valeurs caractéristique de ce texte.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages: 682
Age: 41
A votre service:
Points: 3472
Réputation: 5
Date d'inscription: 13/04/2008

MessageSujet: Re: ANALYSE DU POÈME   Mer 9 Juil 2008 - 6:20

EXERCICE


Faites l'analyse de l'inversion des
contenus d'un des poèmes qui précèdent cette section.



TEST


Faites l'analyse de l'inversion des
contenus du poème suivant :



Arthur Rimbaud


[Poète français : 1854-1891]


Illuminations


(1886)


MÉTROPOLITAIN


Du détroit
d'indigo aux mers d'Ossian, sur le sable rose et orange qu'a



lavé le ciel vineux, viennent de monter et de se
croiser des boulevards de



cristal habités incontinent par de jeunes familles
pauvres qui s'alimentent



chez les fruitiers. Rien de riche. -- La ville.


Du désert de
bitume fuient droit, en déroute avec les nappes de brumes



échelonnées en bandes affreuses au ciel qui se
recourbe, se recule et descend



fermé de la plus sinistre fumée noire que puisse faire
l'Océan en deuil, les



casques, les roues, les barques, les croupes. -- La
bataille!



Lève la tête
: ce pont de bois, arqué; ces derniers potagers; ces masques



enluminés sous la lanterne fouettée par la nuit
froide; l'ondine niaise à la



robe bruyante, au bas de la rivière; ces crânes
lumineux dans les plants de



pois, -- et les autres fantasmagories. -- La campagne.


Ces routes
bordées de grilles et de murs, contenant à peine leurs bosquets,



et les atroces fleurs qu'on appellerait coeurs et
soeurs, damas damnant de



langueur, -- possessions de féeriques aristocraties
ultra-rhénanes, Japonaises,



Guatanies, propres encore à recevoir la musique des
anciens, -- et il y a des



auberges qui, pour toujours, n'ouvrent déjà plus; --
Il y a des princesses, et



si tu n'es pas trop accablé, l'étude des astres. -- Le
ciel.



Le matin où,
avec Elle, vous vous débattîtes parmi ces éclats de neige, ces



lèvres vertes, ces glaces, ces drapeaux noirs et ces
rayons bleus, et ces



parfums pourpres du soleil des pôles. -- Ta force.


H) L'ISOMORPHISME


En guise de
conclusion, il convient de s'attarder à la fonction
poétique
, qui est la fonction de communication centrée sur le message
en tant que tel et qui est ainsi la projection du principe d'équivalence de
l'axe (paradigmatique) de sélection sur l'axe (syntagmatique) de combinaison ou
de succession. La fonction poétique domine le poème, le slogan publicitaire ou
politique, le proverbe et la chanson; elle est la dominante de la
poésie. Le principe d'équivalence est la
redondance ou la répétition à l'intérieur d'une forme, le parallélisme d'une
forme à l'autre et l'homologation d'un plan par un autre : il y a isomorphisme
de la forme de l'expression et de la forme du contenu, mais il y a non-conformité
du plan de l'expression et du plan du contenu, à cause de la substance
de l'expression ou du contenu. L'isomorphisme est la conformité entre les deux
formes dont il a été question jusqu'ici.



L'axe paradigmatique (ou vertical) du
"ou... ou" est l'axe de la disjonction, de la substitution, de la commutation,
de l'opposition (ou des contraires) : c'est le système des corrélations
qui constituent, dans la réciprocité ou l'interdépendance, une taxinomie, une
nomenclature, un catalogue, un alphabet de l'ordre d'un lexique, d'un
vocabulaire, d'un dictionnaire. C'est l'axe de la similarité ou de la
dissimilarité, de la compacité et de la rigidité (des maillons d'une chaîne),
ainsi que l'axe des distinctions et des dénominations. L'axe
syntagmatique
(ou horizontal) du "et... et" est l'axe de
la conjonction, de la consécution, de la permutation, de l'apposition (ou des contrastes)
: c'est le procès ou la chaîne des relations qui constituent une
combinatoire ou une algèbre de l'ordre d'une grammaire. C'est l'axe de la
contiguïté et de la continuité, de la linéarité et de l'élasticité, ainsi que
l'axe des définitions.



Une
équivalence corrélative est une conformation,
alors qu'une équivalence relationnelle est une transformation.
Une conformation peut être phonologique (phonématique ou prosodique, métrique
ou rythmique, mélodique ou harmonique), morphologique, lexicale ou rhétorique;
une transformation peut être morpho-syntaxique ou syntactico-sémantique (comme
une isotopie). Une équivalence (ressemblance ou dissemblance, identité ou
différence) au niveau d'une séquence est une correspondance.
Une correspondance d'une séquence à l'autre est un couplage
: une correspondance est intrasegmentale ou intraséquentielle, tandis qu'un
couplage est suprasegmental ou supraséquentiel.



Un couplage
entre conformations, entre transformations ou entres conformations et
transformations est un effet de sens. Un
effet de sens est produit ou construit par la redondance, par le parallélisme
(ou la réitération) ou par l'ambiguïté (ou la réification) et par
l'homologation, qui est l'envers de la ponctuation : c'est une méthode[...]



La signifiance est l'intersection de la
communication (la fonction poétique), de la signification (la grammaire : la
forme de l'expression et la forme du contenu) et de l'énonciation
(l'affectivité du sujet, la subjectivité); c'est la signature du sens.
Le sens est monde et langage, affect et
représentation; il est communication, signification et énonciation : grammaire,
signifiance et signature.



La poésie est la rencontre du poème (qui est
un (archi)genre particulier et un récit singulier), de la littérature
(qui est un système esthétique et un régime socio-historique
impliquant un récit constitutionnel et un discours institutionnel) et de la fonction
poétique (qui est un registre rhétorique). La poésie ne se confond
ni avec le vers ou le poème, ni avec la littérature ou l'art. Elle convoque,
invoque, évoque ou provoque les (archi)discours lyrique, épique,
dramatique et/ou tragique du système esthétique. Elle est l'essence --
l'immanence! -- de la parole, qui est l'essence du langage...



EXAMEN FINAL


Faites
l'analyse de la forme de l'expression et de la forme du contenu d'un des poèmes
qui précèdent (mais choisi par le professeur au moment de l'examen).



BIBLIOGRAPHIE


Cohen, Jean. Structure du langage poétique. Flammarion
(Nouvelle bibliothèque scientifique). Paris; 1966 (4 + 238 p.)



Deguy, Michel. La poésie n'est pas seule; court
traité de poétique
. Seuil (Fiction & Cie). Paris; 1987 (192 p.)



Dessons Gérard. Introduction à l'analyse du poème.
Bordas. Paris; 1991 (X + 158 p.)



Filteau, Claude. L'homme rapaillé de Gaston Miron.
Pédagogie Moderne Bordas/Trécarré (Lectoguide). Paris-Montréal; 1984 (128 p.)



Filteau, Claude. Poétiques de la modernité
1895-1948
. L'Hexagone (Essais littéraires). Montréal; 1994 (2 + 382 p.)



Grammont, Maurice. Petit traité de versification
française
. Armand Colin (Collection U). Paris; 1967 [1965] (160 p.)



Greimas, A. J. et al. Essais de sémiotique poétique.
Larousse (Collection L). Paris; 1972 (240 p.)



Friedrich, Hugo. Structures de la poésie moderne.
Denoël/Gonthier (Médiations # 143); Paris; 1976 [1956] (304 p.)



Jakobson, Roman. Huit questions de poétique.
Seuil (Points # 85). Paris; 1977 (192 p.)



Jaffré, Jean. Le vers et le poème; textes,
analyses, méthodes de travail
. Nathan Université (Études linguistiques et
littéraires). Paris; 1984 (160 p.)



Riffaterre, Michael. Sémiotique de la poésie.
Seuil (Poétique). Paris; 1983 [1978] (2 + 258 p.)



Riffaterre, Michael. La production du texte.
Seuil (Poétique). Paris; 1979 (288 p.)



Roubaud, Jacques. La vieillesse d'Alexandre; essai
sur quelques états récents du vers français
. Francois Maspero (Action
poétique). Paris; 1978 (216 p.)



Todorov, Tzvetan et al. Sémantique de la poésie.
Seuil (Points # 103). Paris; 1979 (192 p.)



Tynianov, Iouri. Le vers lui-même; problème de la
langue du vers
. UGE (10/18 # 1115). Paris; 1977 (192 p.)

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
 

ANALYSE DU POÈME

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Poème de Desmarest sur le Chateau de Richelieu en Poitou...
» Exposition Chateau de Richelieu - 12 mars au 13 juillet 2011
» Les projets de reconstruction des châteaux
» Visite d'une maison ou chateau hanté
» Chateau de Loches

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Lycée Virtuel Marocain ::  :: -