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 PARCOURS THEMATIQUE chez Baudelaire

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MessageSujet: PARCOURS THEMATIQUE chez Baudelaire   Dim 25 Mai 2008 - 6:19

PARCOURS THEMATIQUE

Si le titre "Spleen de Paris" fut souvent évoqué par Baudelaire, force est de constater que le thème du mal-être du poète n'est pas le thème dominant du recueil, Baudelaire parle aussi du mal-être des autres et, par ailleurs, cet état n'est pas spécifiquement parisien. Contrairement aux Fleurs du Mal, il y a une diversité thématique dans le recueil en prose et le moi du poète n'est plus le seul motif d'inspiration : Baudelaire se livre certes à une forme d'introspection, mais il tourne aussi son regard vers les autres et il devient le chantre des pauvres, des artistes en général, de l'homme qui a du mal à trouver sa place dans la société.



LE PORTRAIT DU POETE

Certains poèmes nous donnent à lire le portrait moral du poète ( voire de l'artiste en genéral)( portrait qu'il faut distinguer de celui de l'individu qui nous livre ses états d'âmes et que l'on peut lire dans : " le regard sur soi" ). Nous pouvons ainsi écrire que le poète c'est celui qui est attiré par les infinis de la pensée et de la rêverie, mais qui craint que sa création ne soit que médiocre ( " Le "Confiteor" de l'artiste") ; c'est celui qui est incompris et dédaigné par le public qui ne sait goûter sa poésie ( "Le chien et le flacon" ) ; c'est celui qui tel , "Le mauvais vitrier" déçoit car il ne sait transfigurer la laideur du quotidien par son art ; c'est celui qui a besoin de la solitude et de la quiétude du soir pour pouvoir se retrouver face à lui-même loin des autres hommes et loin du tumulte de la ville(" A une heure du matin", " Le crépuscule du soir" , " la solitude") ; c'est celui qui " jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui" sans pour autant se se renier lui-même ( "Les foules") ; c'est celui qui est " irrésistiblement entraîné vers tout ce qui est faible, ruiné, contristé, orphelin." ( "Les veuves") ; c'est un être double, homme et artiste, qui connaît une destinée particulière : "Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire" (" Le désir de peindre") ;


La solitude mais aussi les ténèbres, sont des adjuvants de la création artistique . La nuit est un moment privilégié pour le poète ( "À une heure du matin" ; " Le crépuscule du soir") : c'est dans la pénombre du soir, loin du commerce des hommes et des bruits de la ville que Baudelaire peut espérer que Dieu lui accorde" la grâce de produire quelques beaux vers". Dans Le crépuscule du soir, Baudelaire rend hommage à la nuit, cette "Déesse Liberté" qui le délivre de toute angoisse et l'invite " à une fête intérieure" .

Le problème de la gloire de l'artiste est évoqué surtout dans le poème XXI, Les Tentations ou Eros, Plutus et la gloire : la représentation allégorique de la gloire sous les traits d'une diablesse pleine de charmes exprime les dangers de la puissance de cette tentation et Baudelaire la refuse parce qu'il ne veut pas prostituer son art, il refuse de faire partie de ces artistes médiocres qui prostituent leur art pour " des titres[dans] les journaux". Aussi voit-on se dessiner la conception élitiste de l'artiste qui ne vit que pour son art, même si le public le dédaigne car, tel le chien du poème VIII, il ne sait apprécier " les parfums délicats"

L'art est pour l'artiste le seul moyen d'être en harmonie avec lui-même ; c'est par sa création qu'il se réalise et qu'il atteint le plus profond de son être loin de toute compromission avec les hypocrites relations avec autrui ; l'art, c'est ce qui le différencie des autres hommes, c'est ce qui le fait exister : " [...] éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde ; et vous Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes..." ( " À une heure du matin") MAIS, l'idéal et la perfection échappent à l'artiste qui tel Le fou du poème VII implore en vain La Vénus, idéal de beauté qui le dédaigne de ses yeux de marbre.


L'EVASION

S'évader du quotidien et de ses soucis, de la ville et de ses tourments, de la compagnie des autres, est un motif récurrent dans le recueil et souvent, c'est le besoin d'évasion qui préside à l'écriture, l'écriture étant d'une part un moyen de s'enfermer dans un monde sans limites et sans frontières et d'autre part un moyen de transfigurer la réalité. Comme dans les Fleurs du mal, l'évasion devient un remède au spleen de l'auteur et Baudelaire use de tous les moyens qui peuvent l'aider à s'affranchir du réel.

LE RÊVE

" Des rêves ! toujours des rêves ! " cette "dose d'opium naturel" comme l'appelle Baudelaire dans L'invitation au voyage,métaphore qui exprime la nécessité du rêve pour s'évader de la quotidienneté décevante. Rêve d'un ailleurs meilleur et plus beau, rêve d'un "pays de cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête , où le luxe a plaisir à se mirer dans l'ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer; d'où le désordre, la turbulence et l'imprévu sont exclus ; où le bonheur est marié au silence..."; rêve d'un amour idéal en harmonie avec la beauté des paysages ( Un hémisphère dans une Chevelure); rêve qui transfigure le réel et fait d'un taudis un palais merveilleux et où " l'âme prend un bain de paresse" ( La Chambre double) ; rêve salvateur qui permet de s'évader sans pour autant changer de place comme dans Les Projets :" J'ai eu aujourd'hui, en rêve, trois domiciles où j'ai trouvé un égal plaisir. Pourquoi contraindre mon corps à changer de place, puisque mon âme voyage si lestement."; rêve qui fait oublier au poète qui il est " car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite."( Le Confiteor de l'artiste")

MAIS rêve inaccessible et dangereux qui provoque un choc douloureux quand il prend fin et que la réalité s'impose à nouveau, plus laide, plus terrible qu'avant le rêve : " Mais un coup terrible, lourd, a retenti à la porte, et... il m'a semblé que je recevais un coup de pioche dans l'estomac" ( La Chambre Double) ; rêve malfaisant dans lequel le poète se réfugie pour s'empêcher de se donner les moyens de réagir car " les rêves l'éloignent du possible".


LE VOYAGE

" Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. [...) Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas..." Tels sont les termes qui servent d'introduction au dialogue que le poète entretient avec son âme dans le poème XLVIII, Any Where Out Of The World. Comme le quatrième enfant des Vocations qui souffre de soiltude et de manque d'amour et qui confesse : " Je ne suis jamais bien nulle part, et je crois que je serais mieux ailleurs que là où je suis", Baudelaire a du mal de trouver sa place, c'est pourquoi il rêve de voyages et dans le poème XLVIII, il propose un itinéraire où les destinatations sont de plus en plus lointaines sans que pour autant aucune ne soit satisfaisante. Ni Lisbonne, ni Rotterdam, ni Batavia, ni Tornéo, ni l'extrême Baltique ne peuvent convenir à cette âme qui étouffe dans le monde ce qui explique que le seul endroit possible pour trouver la paix soit : " N'importe où ! N'importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde". La mort, ultime voyage se profile et ce poème n'est pas sans évoquer les deux derniers quatrains des Fleurs du Mal :

" O Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l'ancre !

Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Apâreillons !

Si le ciel et le mer sont noirs comme de l'encre,

Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons.


Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !

Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,

Plonger au fond du gouffre. Enfer ou Ciel, qu'importe ?

Au fond de l'inconnu pour trouver du Nouveau !" ( Le Voyage)


Le voyage mental ( Baudelaire dans ses poèmes a souvent fait référence au voyage mais il n'a que très peu réellement voyagé) est un remède au mal-être du poète et dans L'invitation au voyage, il propose à la femme aimée d'aller vivre ailleurs leur amour pour qu'il soit plus grand et plus beau et dans Un Hémisphère dans une chevelure, les cheveux de la femme aimée engendre un voyage exotique.

Le seul véritable voyage évoqué dans le recueil est celui du poème XXXIV, Déjà : Contrairement à ses compagnons de voyage qui se réjouissent à la vue de la terre, Baudelaire regrette que prenne fin ce moment de communion privilégié avec la mer " si infiniment variée dans son effrayante simplicité, et qui semble contenir en elle.... les humeurs, les agonies et les extases de toutes les âmes qui ont vécu, qui vivent et qui vivront."


L'IVRESSE

L' ivresse, c'est cet état second qui caractérise l'homme sous l'emprise de l'alcool. On sait que Baudelaire usait ( et abusait) du vin et autres liqueurs et dans Les Fleurs du Mal une partie a pour titre le vin. Dans le recueil en prose, un seul poème fait allusion à l'alcool et à ses vertus thérapeutiques pour soigner les blessures du temps : il s'agit du poème XXXIII,Enivrez-vous Mais il convient de prendre le verbe dans son sens élargi et métaphorique : ce que propose Baudelaire, c'est de dépasser la réalité qui nous environne en nous" plongeant" dans un autre univers par le moyen d'un excipient quelconque: " Enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, de vertu, à votre guise". Ce n'est donc pas tant l'éloge de l'alcool que la nécessité de s'évader de l'esclavage du temps qui préside à ce poème. de la même façon Baudelaire invoque "la fiole de laudanum" pour échapper à la réalité de sa chambre retrouvée ( La chambre double) mais, conscient de la dualité de cette drogue il précise que l'opium est " une vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrise." Qu'il soit naturel ou végétal, l'opium, tout comme le vin, n'est qu"un remède éphèmère.

LA SOLITUDE

La solitude est une des caractéristiques essentielles et clairement revendiquée de la condition du poète. En effet, pour Baudelaire, la solitude n'est pas une fatalité mais un choix libre et conscient : c'est un besoin auquel l'auteur aspire comme en témoigne le "cri" de soulagement qui ouvre le poème X, À Une Heure du Matin, " Enfin ! Seul ! ... Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu... Enfin ! Il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres !". Dans ce poème, Baudelaire insiste sur le bonheur, les bienfaits de la solitude, sur la quiétude de ce face à face avec soi-même et déplore la vie en société avec son cortège d'obligations et d'hypocrisies.

Dans le poème XXIII, La Solitude, Baudelaire considère le fait de ne pouvoir être seul comme "une grand malheur", voire comme une infirmité et il convoque La Bruyère et Pascal, véritables arguments d'autorité qui soutenaient que la solitude est un souverain bien pour l'homme. C'est avec un ton méprisant qu'il évoque ces "races jacassières" qui ne savent goûter les joies de la solitude et la compagnie des autres devient "une prostitution ... fraternitaire".

LES FEMMES ET L'AMOUR

Vingt-cinq poèmes au moins sur les cinquante du recueil mettent en scène des femmes prouvent l'importance de ce thème dans la poétique baudelairienne même s' il dit, non sans ironie dans Portrait de maîtresses que " le sujet des femmes" est l'objet des " conservations banales". Qu'elles soient intimement connues du poète ( L'invitation au Voyage, Un Hémisphère dans une chevelure...), qu'elles soient simplement l'objet du regard du poète ( Les Veuves, La Belle Dorothée, Mademoiselle Bistouri) ou qu'elles soient évoquées par d'autres que Baudelaire ( Le galant Tireur, Portraits de Maîtresses..), chacune d'elle offre une caractéristique particulière si bien que nous pouvons dresser un portrait précis de la Femme vue par Baudelaire

La femme, tantôt ange et tantôt démon, exerce sur le poète une fascination complexe et duelle : aimée, la femme est un refuge sécurisant pour le poète, mais pour autant on ne peut pas dire que Baudelaire fasse de la femme un idéal de perfection . Au contraire, ce qui surprend dans les poèmes en prose, c'est ce regard nuancé qu'il porte sur la femme.


Dernière édition par Amour des mots le Mer 9 Juil 2008 - 3:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PARCOURS THEMATIQUE chez Baudelaire   Dim 25 Mai 2008 - 6:19

Regard positif

La femme idéale apparaît à deux reprises dans le recueil : dans La chambre double, elle rêvée et "entrevue" dans une sorte d'hallucination visuelle sous l'effet de la drogue, elle est : " L'idole, la souveraine des rêves..... [ avec des yeux ) qui attirent, qui subjuguent...). Dans Portraits de maîtresses, elle est bien réelle mais elle perd la vie des mains de son amant parce que l'idéal ne doit être atteint, il ne peut être incarné, il doit rester inaccessible.

Baudelaire rend hommage à la femme sensuelle, enchanteresse dont la chevelure aux parfums subtils transporte le poète vers des rives lointaines ; femme asile et protectrice, femme dont l'amour est le réconfort du poète ( Un Hémisphère dans une Chevelure).

La femme tendre de L'invitation au Voyage est une promesse d'amour infini dans un pays à son image.

La femme vieillie du Cheval de Race est pleine de charme, de sensualité et de tendresse : " Elle est vraiment laide mais elle est exquise... si douce et si fervente."

La femme est digne dans son malheur et dans sa solitude de veuve, émouvante par sa noblesse et son désespoir.


Regard négatif :

Insensible, indifférente à la misère des autres, égoïste à l'extrême, la femme devient objet de haine dans Les yeux des pauvres, et c'est sans détour que Baudelaire l'accuse d'être " le plus exemple de l'imperméabilité féminine ". Cette image de la froideur se retrouve dans Le Fou et La Vénus, poème dans lequel la déesse de l'amour et de la beauté ne sait offrir pour tout réconfort que ses yeux de marbre.

Méprisante, la femme se moque de son mari maladroit dans Le Galant Tireur ; " Maudite enfant gâtée", elle impose au poète la loi de ses caprices dans Les Bienfaits de la Lune, ou alors elle ne cesse de se plaindre de tout sans aucune raison dans La Femme sauvage et la Petite Maîtresse. Enfin, elle tue le rêve du poète car elle ne sait tenir compte que de la réalité pragmatique dans La soupe et les Nuages.

Certaines femmes sont présentées comme de véritables monstres qui effraient te repoussent : Monstruosité physique de la femme sauvage qui devient objet de curiosité dans les foires ; monstruosité comportementale de cette maîtresse, véritable "phénomène vivant" qui " mangeait, mâchait, broyait, dévorait, engloutissait" tout ce qu'elle trouvait à manger ; Monstruosité mentale de Mademoiselle Bistouri qui est obsédée par le corps médical ; Monstruosité morale de cette mère qui vend par petits morceaux La Corde avec laquelle son fils s'est pendu ; Monstruosité de perfection de cette maîtresse qui trop belle, trop idéale, trop aimante devient insupportable et se fait tuer par son amant.

La femme duelle est présente particulièrement dans trois poèmes : La quelle est la vraie ?, Le désir de Peindre, Les bienfaits de la Lune. dans le poème XXXVIII, Baudelaire présente la dualité de la femme à travers Bénédicta, femme belle,idéale,adorable et son double, vulgaire, laide et odieuse ; la " fille miraculeuse" et la " fameuse canaille " représentent les deux aspects contradictoires de la femme, celle qui est attirante et que l'on veut aimer, celle qui est repoussante et dont on veut se débarasser. Cette fable allégorique illustre la double postulation baudelairienne à savoir cette attirance vers le Bien et le Mal, le Beau et le Laid, l'Idéal et le Grotesque ; nous retrouvons cette même image duelle dans Le galant Tireur : " ... Et il offrit galamment la main à sa chère, délicieuse et exécrable femme, à cette mystérieuse femme à laquelle il doit tant de plaisirs, tant de douleurs..." Personnage ambigu, la femme est marquée par l'influence de la lune et dans les poèmes XXXVI et XXXVII, l'auteur a recours à de nombreuses antithèses et oxymores pour définir l'ambiguïté de la femme : c'est "un soleil noir", "un astre noir versant la lumière et le bonheur", au "visage inquiétant" dont "la bouche est délicieuse", "ses yeux" inspirent "le mystère" et "illumine[nt] comme l'éclair".

Femme rêvée ou femme incarnée, femme frivole et grotesque ou femme noble et sérieuse, femme à la beauté rare ou femme laide, femme distinguée ou femme vulgaire, femme que l'on hait ou femme que l'on adore, femme que l'on fuit ou femme qu'on ne peut fuir telles sont les mutiples visages de la femme selon Baudelaire.




LES PAUVRES ET LES DESHERITES

La lecture des poèmes en prose nous fait découvrir un poète qui tourne son regard vers les autres ( lire les différents rôles de Baudelaire) et ce sont " les éclopés de la vie... tout ce qui est faible, ruiné, contristé, orphelin" qui le touchent "irrésistiblement" alors que " la joie des riches... n'a rien qui [l'] attire." ( Les veuves) Pourtant, on peut observer une dualité du sentiment à l'égard des pauvres. Certes, le plus souvent le poète est sincérement ému ( Le gâteu, Le joujou du pauvre), il compatit à leurs souffrances ( au sens étymologique de " souffrir avec") ( Le vieux saltimbanque), il culpabilise même d'être plus nanti qu'eux ( Les yeux de pauvres), mais par endroit il fait preuve d'un cynisme qui dérange. Dans Le Mauvais Vitrier, Baudelaire confesse éprouver " une haine aussi soudaine que despotique à l'égard de ce pauvre homme" et de mépris en insultes, il le pousse violemment. Par ailleurs, dans "Assommons le pauvres !", poème au titre provocateur, Baudelaire met en scène une lutte physique violente entre lui et un pauvre mendiant qui lui demandait l'aumône. Certes cette provocation physique avait pour but de faire réagir le mendiant pour qu'il ne se résigne pas à son sort mais néanmoins, elle témoigne d'une curieuse façon de résoudre le problème des pauvres.

Huit poèmes illustrent particulièrement la compassion de l'auteur pour les pauvres : il s'agit de : Le Désespoir de la vieille (II), Les Veuves ( XIII), Le Vieux saltimbanque (XIV), Le Gâteau ( XV), " Le Joujou du pauvre ( XIX) , La Fausse monnaie ( XXVIII) Enfants, vieillards,hommes, femmes, veuf, veuves, mère, père, artiste, Baudelaire décline tous les âges et toutes les situations sociales, pour nous présenter un tableau le plus précis possible des différentes formes que prend la pauvreté. Pauvreté morale et affective de la vieille qui se sent exclue du cercle familial:" Ah ! pour nous, malheureuses vieilles femelles, l'âge est passé de plaire, même aux innocents ; et nous faisons horreur aux petits enfants que nous voulons aimer." Pauvreté matérielle de ces deux enfants qui se battent pour un morceau de pain : " Il y a donc un pays superbe où le pain s'appelle du gâteau, friandise si rare qu'elle suffit pour engendrer une guerre parfaitement fratricide !" Pauvreté sentimentale et solitude de ces veuves qui hantent les jardins publics : " Quelle est la veuve la plus triste et la plus attristante, celle qui traîne à sa main un bamabin... ou celle qui est tout à fait seule ? " Pauvreté de l'oubli et du mépris des autres de ce vieux saltimbanque qui n'amuse plus personne. Pauvreté spirituelle de cet enfant qui contrairement à son père ne peut s'extasier devant les beautés de la richesse tant il est conscient que ce ne sont que rêves qui sont inacessibles aux pauvres :" Les yeux du petit garçon [ disaient] : ... c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous"

Pauvreté mais quelle richesse et quelle dignité ! Baudelaire lit dans le regard des pauvres toute leur détresse mais aussi toute leur grandeur : Le vieux saltimbaque a " un regard profond et inoubliable", l'enfant riche et l'enfant pauvre " se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur." Les pauvres se fondent dans l'anonymat de la foule et s'effacent comme s'ils voulaient s'excuser d'exister.La veuve riche vient cacher sa solitude et sa détresse au milieu de la "plèbe" réunie pour écouter un concert public. C'est leur regard qui est éloquent et qui interpelle bien plus que la misère apparente de leurs vêtements : " Je ne connais rien de plus inquiétant que léloquence muette de ces yeux suppliants, qui contiennent à la fois, pour l'homme sensible qui sait y lire, tant d'humilité, tant de reproches." ( La fausse Monnaie)

Ces pauvres si différents et pourtant si semblables représentent aussi le poète : telle la vieille qui est rejetée par son petit-fils, tel le vieux saltimbanque qui n'intéresse plus personne, tel le mauvais vitrier qui ne sait embellir la laideur du quotidien, tel le mendiant à qui on refuse une obole, le poète est cet être exclu, rejeté, différent, qui ne sait plus plaire et que le public ignore. Les visages des pauvres sont des miroirs qui renvoient à Baudelaire sa propre image : " Je viens de voir l'image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur ; du vieux poète sans amis, sans famille, sans enfants, dégradé par sa misère et par l'ingratitude publique, et dans la baraque de qui, le monde oublieux ne veut plus entrer." ( Le Vieux Saltimbanque)

Enfin, Baudelaire dénonce les inégalités socilales, l'indifférence et l'insensibilité des riches ( voir : les différents rôles du poète)

LA FOULE ET LA VILLE

Comme nous l'avons souligné précédemment, Baudelaire aime la solitude et aspire à la sérénité du soir pour se retrouver seul. Bien que très attaché à la ville et surtout à Paris, comme en témoigne le dernier poème du recueil : " Je t'aime, ô capitale infâme !" Baudelaire n'aime pas les foules qui se pressent tantôt à la fête foraine, tantôt au concert, tantôt aux festivités du nouvel an. Le tohu-bohu, le vacarme,( IV), les cris, le tumulte, ( XIV), le chaos de neige et de boue ( IV), la poussère, l'odeur de friture (XIV), sont autant d'expressions négatives qui caractérisent la ville. De plus, Baudelaire déplore les relations humaines nécessairement hypocrites et, dans le poème X, À une heure du matin, il dit toute sa haine pour la ville :" Horrible ville ! Horrible ville ! " et il regrette d'avoir passé son temps entre mesquinerie, hypocrisie et lâcheté.

La seule façon de "survivre " dans la foule c'est d'en "jouir", comme il nous l'explique dans le poème XII, Les Foules : " Jouir de la foule est un art" qui consiste à être seul au milieu des autres tout en pouvant devenir les autres : " Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui... Il entre quand il veut, dans le personnage de chacun... Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes le joies et toutes les misères que la circonstance lui présente." Ainsi le poète trouve-t-il un certain bien-être dans cette rencontre avec autrui : unique et multiple, le poète devient un être puissant au seul prix d'une " sainte prostitution de l'âme".

Vivre par procuration est le motif du poème XXXV, Les Fenêtres : Baudelaire se plaît à se glisser dans la vie de ceux qu'il aperçoit à travers les fenêtres ouvertes, il invente leur vie pour mieux se sentir vivre : " Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même" et que la vie imaginée soit fausse n'a pas d'importance, cette re-création n'est qu'un prétexte pour l'aider à mieux se connaître lui-même : " Qu'importe ce que peut être la réalité..., si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis."


LE TEMPS

- ENNEMI de l'homme, le temps domine le poème V, " La chambre double" : toujours écrit avec une majuscule, le temps est personnifié et sous les traits d'un vieillard hideux, il impose sa présence et sa loi : c'est un didacteur implaccable qui s'acharne sur la destinée humaine. Nul combat n'est possible tant l'ennemi est invincible, la seule relation possible entre l'homme et le temps est celle de l'esclavage : " Oui ! le Temps règne ; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse, comme si j'étais un boeuf, avec son double aiguillon. - " Et hue donc ! bourrique ! Sue donc, esclave ! Vis donc, damné" ; c'est une fatalité qui le condamne à vivre. Pour mieux illustrer l'emprise du temps sur l'homme, Baudelaire transforme la seconde, unité de temps minimale en une prosopopée cruelle et méprisante : " Je vous assure que les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit : _ " Je suis la Vie, l'insupportable, l'implaccable Vie !

- Quatre remèdes au temps sont évoqués dans le recueil : le rêve, l'amour, l'ivresse et la mort.Toujours dans le poème V, Baudelaire explique que le plus grand bienfait du rêve est de dépasser les limites du temps et de faire accéder à l'éternité : " Non ! il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes ! le temps a disparu ( notons au passage l'absence de majuscule) ; c'est l'éternité qui règne, une éternité de délices !" Dans L'invitation au voyage, le poète évoque un pays imaginaire où il pourrait vivre heureux avec la femme aimée et où le temps serait non plus un ennemi mais un complice du couple : " ... là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur..." Dans le poème XVI, L'Horloge, Baudelaire lit dans le regard de la femme aimée " l'absence de temps" : " Oui, je vois l'heure ; il est l'Eternité". Mais là aussi il s'agit d'un rêve puisque Baudelaire corrige ce qu'il vient d'affirmer en confessant qu'l ne s'agit que d'" un madrigal,... [une] prétentieuse galanterie."Un remède efficace est proposé dans le poème XXXIII, Enivrez-vous : " Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve" ;En fait, le seul remède vraiment efficace contre le temps c'est la mort, seule capable de délivrer l'homme de sa servitude : " Il n' y a qu'une Seconde dans la vie humaine qui ait mission d'annoncer une bonne nouvelle, la bonne nouvelle quicause à chacun une inexplicable peur." Pessimisme extrême qui n'est pas sans évoquer " Le Goût du Néant" des Fleurs du Mal :

"[...] Et le temps m'engloutit, minute par minute,

Comme la neige immense un corps pris de roideur ;

Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur

Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

Avalenche, veux-tu m'emporter dans ta chute.

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