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 A UNE PASSANTE de Charles Baudelaire

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MessageSujet: A UNE PASSANTE de Charles Baudelaire   Dim 25 Mai 2008 - 5:16

Ce sonnet appartient aux tableaux parisiens, il est donc lié à l'inspiration de la vie. L'univers urbain offre à Baudelaire des sujets de description, de narration, de réflexion. Mais le poète ne reste pas extérieur au spectacle de la rue. Il y participe à la recherche de rencontres décisives en quête de symboles qui font de ces spectacles et de ces rencontres les reflets d'un monde complexe, celui de la condition humaine, celui de sa propre vie. En ce sens, chaque rencontre est importante.


Introduction

Le sonnet est construit sur un thème romanesque, celui de la rencontre. Mais il est traité dans une tonalité typiquement baudelairienne. On trouve l'éblouissement de l'attirance féminine, la recherche d'une nouvelle espérance pleinement heureuse et l'échec d'une relation qui laisse le poète désemparé.

Lecture du texte
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, à toi qui le savais !

Baudelaire
Les Fleurs du mal, 1857




Annonce des axes


Etude :

I. Le rencontre
Cette rencontre se réalise dans un contexte sonore. Le contexte va être souligné par son aspect déplaisant. C'est tout le vacarme de la rue moderne qui est exprimé d'abord:
- par la personnification de la rue
- par la distance entre le sujet "la rue" et le verbe "hurlait", comblé par la présence de l'adjectif "assourdissante"
- par deux hiatus (fiction entre deux sons ou voyelles) qui sont, eux aussi évocateurs de vacarme. Il est important dès le premier vers de faire saisir que si la rencontre, la communication entre le poète et la passante ne passe que par le regard, c'est que la communication verbale est impossible.

La présence exceptionnelle de la passante est d'abord marquée par l'insistance que met le poète à souligner son allure par le rythme ample de la phrase qui s'étend sur quatre vers et qui contient son portrait en mouvement. Le vers 2 est ponctué de façon à délimiter des groupes de longueur croissante et précède la régularité des vers 3 et 4. Dans le vers4, les quatre groupes de trois syllabes impriment rythmes et harmonies de la démarche. Quant au vers 5, il constitue du point de vue de la structure une sorte d'enjambement sur le deuxième quatrain et surtout élargit le portrait en apportant des éléments d'ordre moral. Ici, la beauté morale se joint à la grâce du corps et aboutit à l'idéalisation de la beauté dans l'expression "avec sa jambe de statue". Dans le 1er quatrain, il faut aussi retenir l'expression "en grand deuil" qui évoque la tristesse et le malheur. Baudelaire a expliqué que la notion de tristesse accompagne pour lui celle de beauté.



II. Les réactions du poète
Le narrateur, face à cette apparition, ne peut être qu'un spectateur "paralysé", "fasciné", "médusé", souligné part le terme "crispé" au vers 6. Le narrateur a une réaction émotionnelle incontrôlée. La comparaison au vers 6 "comme un extravagant" souligne l'opposition des attitudes entre "elle" et "lui". Dans les vers 3 et 4, la régularité s'oppose à l'irrégularité du vers 6. Il faut attendre le vers 8 pour trouver le complément d'objet direct du verbe "buvais". Le verbe boire dénote l'avidité alors que le participe "crispé" indique que la paralysie de l'attitude du poète est à la fois ardente et timide.

Dans le vers 7, Baudelaire est sensible au regard de la femme, regard agrandi à la dimension d'un ciel d'orage : "livide", "bleu gris".
Nous retrouvons là les deux composantes de l'amour baudelairien. Les sonorités de "douceur", de "fascine" et de "plaisir qui tue" donnent une impression de sentiments agréables, de glissement. Deux mono syllabes: "qui tue".


III. Les réflexions du poète

Changement de ton: on passe du vouvoiement au tutoiement. Le poète s'adresse directement à la femme. La réflexion fait suite à la description. Au vers 9 s'établit une rupture suivie d'interrogation. Le vers 9 résume symboliquement une rencontre avec la passante : le pète est illuminé "un éclair", puis désemparé "la nuit". Il y a donc un renversement.
La rencontre appartient au passé et la femme ne sera plus l'objet de contemplation que dans un futur mystique : vers 11. Cette forme interrogative appelle une réponse affirmative donc un espoir : vers 10. Il s'agit là d'une galanterie précieuse mais surtout, il faut comprendre que la femme ici, a permis d'apercevoir. La triple exclamation du vers 12 scande les étapes de la dégradation de tout espoir. Le vers 13 tire sa force d'un paradoxe. La construction en chiasme (je, tu, tu, je) souligne qu'il existe une apparente similitude de destin (chacun fuit en ignorance de cause) ce qu'il ne fait que les éloigner davantage l'un de l'autre. Au vers 14, c'est un appel voué à ne pas être entendu. Là encore, il y a une sorte de paradoxe. Le conditionnel passé rejette tout accomplissement dans l'irréel mais le verbe aimer exprime une certitude, celle de l'amour. Le deuxième hémistiche concentre tout le mystère de la rencontre et toute l'amertume du poète. La passante s'est-elle détournée par indifférence, Par pudeur, par fierté ou par cruauté? Baudelaire a exprimé ici le drame de l'incompréhension entre l'homme te la femme.


Conclusion

Accumulation de détails qui inscrivent le récit dans un contexte social et moral. On devine un personnage qui vit mal la médiocrité de la vie et qui saura utiliser ses qualités physiques pour changer son existence. On perçoit déjà que son avenir sera prometteur.
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