Le Lycée Virtuel Marocain
Discuter, parler des oeuvres littéraires enseignées au Lycée marocain et partager ses idées
AccueilPortail*FAQRechercherS'enregistrerConnexion
Connexion
Nom d'utilisateur:
Mot de passe:
Connexion automatique: 
:: Récupérer mon mot de passe
Qui est en ligne ?
Il y a en tout 1 utilisateur en ligne :: 0 Enregistré, 0 Invisible et 1 Invité

Aucun

Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 17 le Mer 12 Juin 2013 - 7:50
Notre Communauté
Nos Classes Virtuelles
Derniers sujets
» La charte du site "Important à lire"
Ven 3 Mai 2013 - 4:22 par walido

» Pour les lycéens de la deuxième année bac
Jeu 27 Jan 2011 - 9:36 par mahita

» Cours et exercice de lycée téléchargeables !
Jeu 27 Jan 2011 - 9:25 par mahita

» Cours et exercice de lycée téléchargeables !
Jeu 27 Jan 2011 - 9:24 par mahita

» Moderateur / adminstrateur des grand forum
Dim 12 Sep 2010 - 6:04 par Amour des mots

» Femmes auteures avec pseudonymes masculins
Mar 8 Déc 2009 - 16:17 par Amour des mots

» TWILIGHT de Stephenie Meyer
Ven 6 Nov 2009 - 4:42 par Amour des mots

» Bienvenue aux nouveaux membres
Sam 12 Sep 2009 - 9:07 par Tatsuki

» Dans quelle date va débuter l'inscription ?
Jeu 3 Sep 2009 - 17:06 par Amour des mots

» LA PHRASE SIMPLE
Dim 7 Déc 2008 - 4:19 par Titrite

Ma Trousse d’Outils
Bibliothèque numérique
Meilleurs posteurs
Amour des mots
 
Hermionne
 
Kawtar
 
Yasmine
 
Lycéenne
 
Titrite
 
mahita
 
walido
 
Tatsuki
 
ziko
 

Annuaire des sites marocains



Partenaires
Forum gratuit



Tchat Blablaland


Imageshack



Liens Importants

Partagez | 
 

 La Versification française

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 11:47

Petit Traité de Versification Française
La Versification Française

«L'idée, trempée dans le vers, prend soudain quelque chose de plus incisif et de plus éclatant. C'est le fer qui devient acier.»
Victor Hugo, Cromwell, Préface.

«Il y a autant de différence entre un Poète et un versificateur qu'entre un bidet et un généreux coursier de Naples.»
Pierre de Ronsard, La Franciade.

versification n. f. (1548; «œuvre en vers», v.1500; lat. versificatio) – 1° Ensemble de règles techniques règles (Les règles de la versification) qui régissent la composition des vers réguliers, qui s'imposent à celui qui écrit en vers. Art d'écrire en vers, de versifier. – 2° Technique du vers propre à un poète: la composition poétique a longtemps été régie par des règles rassemblées dans des Arts poétiques (Du Bellay, Malherbe, Boileau, Verlaine…).

La poésie française repose traditionnelle-ment sur des unités rythmiques et typo-graphiques appelées vers. Le vers français se construit d'après le nombre des syllabes, se termine par des sons répétés, les rimes, qui viennent s'ajouter aux autres éléments rythmiques de la phrase (pauses, accents toniques...), et sont disposés, ou non, en groupe appelés strophes. Le décompte des syllabes et l'emploi de la rime sont soumis à des règles précises, fixées au XVIIe siècle par Malherbe et Boileau, et pratiquées, avec parfois des variantes elles-mêmes clairement définies, jusqu'à la fin du XIXe siècle, où le vers régulier laisse une très large place au «vers libre» (Apollinaire) et au poème en prose (Baudelaire, «Le Spleen de Paris», ou Petits poèmes en prose, 1862).


La Versification française



1 – Principes de base du décompte syllabique :

Règle générale :

Toutes les syllabes doivent être comptées sauf lorsque :

- il s’agit de la dernière syllabe d’un vers et qu’elle est terminée par un e muet.

- un e muet est immédiatement suivi d’une voyelle à l’intérieur du vers.

Exemples :
Une amie = 3 syllabes
Je veux monter sur scène. = 6 syllabes.

Cas particuliers :

La diérèse : elle consiste à dédoubler une diphtongue en deux syllabes. Cela n’est possible que pour les mots dont l’étymologie latine est au départ fondée sur deux syllabes.

Exemple :
lion, latin le/onem est susceptible de donner li/on = deux syllabes.

La synérèse : elle consiste à unir deux syllabes en une seule par contraction de manière à respecter la norme prosodique du texte. A priori, aucune contrainte ne préside à son usage (plutôt rare).

2 - Les types de vers :

Ils se résument dans le tableau suivant :
Nombre
de syllabes
Nom du vers
Remarques particulières

1 monosyllabe
Rarissime, utilisé surtout au 20e siècle

2 dissyllabe
Idem

3 trisyllabe
Idem

4 tétrasyllabe
Souvent utilisé dans une décomposition en plusieurs vers de l’alexandrin 4/4/4

6 Hexamètre / *hexasyllabe
Moitié d’alexandrin, utilisé comme tel le plus souvent.

7 heptasyllabe
Rare, vers préféré de Verlaine avec l’ennéasyllabe (9)

8 octosyllabe
Très souple, très expressif, rythme interne peu varié

10 décasyllabe
Musical, souple, léger.

12 alexandrin
Le vers le plus fréquent, le plus complexe dans sa scansion. Malmené à compter du romantisme.



3 – Les strophes « régulières » :

Elles se résument dans le tableau suivant :
Nombre
de vers
Nom de la strophe
Remarques particulières

2
distique
Unité de base de la strophe

3
tercet
Relatif au sonnet surtout, parnassien

4
quatrain
Base centrale du système des strophes en prosodie française

6
sizain
Utilisé dans les poèmes longs, souvent quatrain distique

8
huitain
Souvent double quatrain, à analyser comme tel, romantique

10
dizain
Utilisé surtout dans les poèmes longs, tonalité épique


La répartition des rimes dans le quatrain.
Elles peuvent obéir aux dispositions suivantesA Rimes Embrassées
B
B
A


A Rimes Suivies
A
B
B


A Rimes Croisées
B
A
B


L’architecture de la strophe.

Chaque ligne représente un vers. Chaque extrémité en forme de flèche représente le début ou la fin d’une unité grammaticale. Il y a rejet, contre-rejet ou enjambement lorsque les unités grammaticales « débordent » des limites reconnues du vers (majuscule initiale, rime).





Vers indépendants
Enjambement
Rejet
Contre - Rejet

4 - Les rimes :

Elles sont organisées en principe dans le sonnet et dans toutes les autres formes « traditionnelles » selon une alternance rime féminine (= qui se termine par un e muet.) / rime masculine (= toutes les autres rimes…).

Si A est masculine, B est féminine et vice versa (voir les schémas possibles plus haut).

Elles peuvent être des assonances (ou pauvres), suffisantes ou riches.
Assonances - pauvres : simple proximité phonétique
(bonjour / hibou — couleur /humour), usitée en poésie médiévale ou très contemporaine
suffisantes : deux phonèmes communs (bonjour / amour)
Riches : plus de deux phonèmes communs (bonjour / toujours)

Nota Bene : l’utilisation de l’alphabet phonétique international (API) est nécessaire pour identifier le nombre de phonèmes en commun aisément. Suivez ce lien pour connaître l'API.
5 - L’Accentuation poétique :

Il s’agit d’un problème très délicat. Il faut veiller à respecter certaines règles très précises en la matière.

Dans un vers, l’accentuation est la disposition particulière des accents toniques, destinée à faire ressortir le rythme de ce vers. Voici par exemple l’accentuation d’un vers de La Fontaine :

Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe

Ces quatre accents marquants guident la diction du vers : les syllabes soulignées doivent être prononcées plus intensément.

Pour comprendre et repérer l’accentuation d’un vers, il faut savoir que :

Le français est une langue accentuée, en prose comme en vers. L’accent tonique porte en général sur la dernière syllabe d’un mot (sur l’avant-dernière s’il se termine par un e muet) : il consiste à donner une intensité et une durée plus fortes à cette syllabe. Voici par exemple, en italiques, où se placent les accents des mots suivants : tristement, catastrophe, amour, éphémère, plaisir, espérance, éternité.

Quand les mots sont groupés entre eux (groupe verbal, groupe nominal, courte proposition), l’ensemble porte un accent de groupe, toujours sur la dernière syllabe : un clair ruisseau, bienheureux les pauvres, ne te verrai-je plus, glissant sur l’eau noire. Cela ne supprime pas l’accent propre à chaque mot, mais le fait passer au second plan.

Dans le vers, et particulièrement dans l’alexandrin, les accents déterminent ainsi des groupes de mots : ils sont comme les mesures de base qui composent le rythme d’ensemble ; chaque groupe est suivi, après la syllabe accentuée, d’une pause plus ou moins marquée, qu’on appelle coupe. Bien entendu, le lecteur garde une certaine latitude dans sa diction. Si l’on reprend le vers de La Fontaine cité plus haut, on peut lui donner les deux modulations suivantes :

Le long d’un clair ruisseau / buvait une colombe

Ou bien : Le long / d’un clair ruisseau / buvait / une colombe

Rythme et accentuation sont ainsi extrêmement liés l’un à l’autre. Naturellement, l’accentuation existe aussi dans les textes en prose. Elle contribue à marquer le rythme de la phrase, ses coupes, son ampleur. Elle mérite un examen attentif dans les discours particulièrement éloquents et dans la prose poétique.

Le cas de la césure.

Dans l’alexandrin classique, la césure est la coupe centrale du vers, qui oblige le lecteur à marquer une pause nette. Elle sépare le vers en deux moitiés égales ou hémistiches. Le rythme d’ensemble qui en résulte est dit binaire. Voici un exemple (Musset) :

L’homme est un apprenti, /la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît / tant qu’il n’a pas souffert

La césure est obligatoire ; mais elle peut parfois être moins nette que des coupes secondaires, comme dans ces vers de La Fontaine :

Perrette là-dessus /saute aussi, // transportée :

Le lait tombe; //adieu veau, /vache, cochon, couvée.

Le rythme de l’alexandrin peut devenir ternaire lorsque le vers se constitue de trois groupes de mots ; c’est le cas du trimètre romantique ; la césure disparaît (à l’oreille) au profit de deux coupes marquées (Baudelaire) : Chacun plantant, //comme un outil, //son bec impur


Dernière édition par Amourdesmots le Dim 15 Juin 2008 - 11:42, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:21

L'école De Versification



TABLE DES MATIERES

Introduction
Le Compte Des Mètres
E Caduc Et E Muet
Diérèses Et Synérèses
La Césure
L'Enjambement
Le Rejet
La Rime
Les Différentes Dispositions De Rimes.
Les Différents Type De Vers
Les Différentes Types De Strophes.
Les Effets Sonores: Hiatus, Allitérations Et Cacophonies
Les formes fixes


Introduction

La versification constitue une grammaire et une syntaxe qui s'applique à
l'utilisation du langage à des fins uniquements artistiques. C'est un ensemble
de règles qui président à la poésie classique et qui trouve son origine dans les
chansons des troubadours du début du moyen-age.


Le Compte Des Mètres.
Un vers (ou mètre) commence toujours par une majuscule et fini toujours par une rime.
La versification Française est syllabique. Cela signifie qu'elle est fondée sur le nombre des
syllabes.

Exemples:

"Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée"
Métrique 1 1 1 1 2 1 2 1 2


"Effacent lentement la marque des baisers"
Métrique 3 3 1 2 1 2


"Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau"
Métrique 2 1 3 1 2 1 2


Comme on peut le voir il n'y a pas de distinction entre les syllabes longues et
brèves comme en grecs ou en latins ou entre les syllabes accentuées ou atones
comme dans les langues anglo-saxonnes



E Caduc Et E Muet

L'e caduc, même suivi de la consonne s ou de la terminaison nt, ne compte pas à
la fin d'un vers.

Exemples:

"Nous savons que le mur de la prison recule"
Métrique 1 2 1 1 1 1 1 2 2 (et non 3)


"Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,"
Métrique 3 1 2 1 2 1 1 1 (et non 2)


"Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent"
Métrique 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 (et non 2)





Le E caduc s'élide (liaison) devant un mot commençant par une voyelle ou un h
muet.

Exemples:

"Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux "
Métrique 1 1 1+ 1 1 1 1 1 1 1 1 1

"Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants"
Métrique 1 1+ 2 1 1 1 1 2 2

"Plus hideux, plus féroce, ou plus désespéré"
Métrique 1 2 1 2+ 1 1 4


Depuis Malherbe le e caduc final précédé d'une voyelle ne peut être mis dans le
corps d'un vers que si le mot suivant commence par une voyelle ou en h muet.


Exemples:

"Non! de sa vie à tous" est correct.
"Non! de la vie de tous" ne l'est pas.


Avant Malherbe le e caduc précédé d'une voyelle ce prononçait et comptait comme
un mètre:
Exemple:
"Marie, qui voudrait votre nom retourner"
Métrique 3* 1 2 2 1 3

Car cela ce prononçait: " 'marieu' qui voudrait votre non retourner"

Malherbe établissait cette règle afin de permettre la transition entre ceux qui
prononçaient toujours le e suivant une voyelle et ceux qui ne le faisait plus et
cette règle fut respectée par la plupart des poètes depuis le 17ème siècle
jusqu'au début du 20 eme.

Pourtant elle ne se justifie plus puisque le e caduc ne ce prononce plus. (e
devenu muet) quant il suit une voyelle et par conséquent, peut être simplement
ignoré. C'est un archaïsme.

D'une manière similaire dans les verbes conjugués ce terminant en "aient"
(troisième personne pluriel)
l'e ne compte pas comme un mètre car il ne se prononce jamais ces mots peuvent
entrer dans le corps du vers, même devant une consonne.

Exemples:

"De tous ces coeurs joyeux qui battaient sous ses toits"
Métrique 1 1 1 1 2 1 2(et non 3) 1 1 1

"Tous ces volets fermés s'ouvraient à sa chaleur,"
Métrique 1 1 2 2 2(et non 3) 1 1 2

"Des noyés descendaient dormir à reculons !"
Métrique 1 2 3(et non 4) 2 1 3


A l'intérieur d'un vers, l'e caduc, suivi des consonnes s, nt, compte toujours
pour une syllabe. (sauf pour les terminaisons en "aient" comme indiqué ci-
dessus)

Exemples:

"Ses houles où le ciel met d'éclatants îlots"
Métrique 1 2* 1 1 1 1 3 2

(Appréciez l'effet sonore imitant la houle de l'océan qui résulte de cette
règle: "Ses houles où. . .")

"Où tendent tous les fronts qui pensent et qui rêvent"
Métrique : 1 2 1 1 1 1 2* 1 1 1


"Oui, je vous revois tous, et toutes, âmes mortes!"
Métrique : 1 1 1 2 1 1 2* 2 1
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:21

Diérèses Et Synérèses

Diérèses

Il y a diérèse quant deux voyelles contiguës ce prononce en deux syllabes et
compte pour 2 mètres.

Exemples

"Dans leur ascension n'aime que l'escalade,"
Métrique : 1 1 4* 2 1 3

(ascension pourrait compter pour 3 mètres mais pour respecter la métrique le
lecteur doit ici prononcer: A+scen+ti+on)

"A quelque évasion que l'air pur nous invite,"
Métrique : 1 1 4* 1 1 1 1 2
(4*: é+va+si+on)


"Que la création est une grande roue"
Métrique : 1 1 4* 1 2 2 1
(4*:cré+a+ti+on)

"O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!"
Métrique : 1 3 2 3* 1 1 1*

(3*:vi+o+let 1*:Yeux. "violet" peut aussi compter pour deux mètres(synérèses)
alors il faudrait faire la Diérèses pour "yeux" y+eux. Dans ce cas particulier
les deux choix sont possible au cour de la lécture)

synérèses

Il y a synérèse quant deux voyelles contiguës ce prononce en une seule syllabe
et compte pour 1 mètre.


"Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux"
Métrique: 1 1 1 1 1 1 1 1* 1* 1 1 1*

("Bien", "loin", et "yeux" pourrait chacun compter pour deux mètres ce qui
conduirait le lecteur à prononcer ces mots comme tel: Bi+ien, Lo+in et Y+eux
Dans le cas ci-dessus la métrique ne le permet pas car le vers aurait alors
quinze mètres au lieu de douze)


"Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire;"
Métrique : 1 1* 1 1 2 1 2 1 1 1

(1*: Vien au lieu de Vi+en)

"Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant!"
Métrique : 1 2 3 1 1 1 1* 2
(1*: Dieu au lieu de Di+eu)

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:22

La Césure
La césure est une pause à l'intérieur d'un vers qui suit une syllabe accentuée.
L'existence ou l'absence de césure ainsi que sa position dans le vers a une
importance considérable dans le rythme du vers. La césure divise les vers en
hémistiches. Dans la versification classique la césure apparaît toujours aussi
mêmes endroits pour un type de vers donné.

Exemples

"J'ai vu le soleil bas, I tâché d'horreurs mystiques,"
Métrique: 1 1 1 2 1 césure 2 2 2
La césure est ci-dessu renforcée par une virgule.


"Illuminant de longs I figements violets,"
Métrique : 4 1 1 césure 3 3(Diérèses)


"Pareils à des acteurs I de drames très-antiques"
Métrique : 2 1 1 2 césure 1 2 1 2

"Les flots roulant au loin I leurs frissons de volets!"
Métrique : 1 1 2 1 1 césure 1 2 1 2

La césure est à 6/6 (classique) dans tous ces vers de 12 métres. Noter le rythme
produit.


"La boue aux pieds I la honte au front I la haine au coeur."
Métrique: 1 1 1 1 césure 1 1 1 1 césure 1 1 1 1

Dans l'exemple ci-dessus Les césures sont à 4/4/4

"A noir, I E blanc, I I rouge, I U vert, I O bleu: I voyelles,"
Métrique : 1 1 cés. 1 1 cés. 1 1 cés. 1 1 cés. 1 1 cés. 2

ci-dessus, les césures sont à 2/2/2/2/2/2


"Je courus! I Et les Péninsules démarrées"
Métrique : 1 2 cés. 1 1 4 3

ci-dessu, la césure est à 3/9

On aura compris qu'avec la césure tous les coups sont permis. Au cour des temps, les versificateurs
ont pris de grandes libertés avec la césure afin d'éviter la monotonie. La position et le nombre de
césures dans un vers est donc à la discrétion de l'auteur. Il est pourtant
conseillé de ne pas abuser de cette liberté car cela peut conduire à une
versification chaotique désagréable à lire ou à dire.



L'Enjambement;
Il y a enjambement lorsqu'une partie de phrase, de faible longueur, est placée
en fin de vers et continue dans le vers suivant.

Exemples:

"Pourtant ils n'ont pas peur. La vérité suscite
Métrique: 2 1 1 1 1 Début enjamb 1 3 2


"Au plus timide front que son amour visite
Métrique : 1 1 3 1 1 1 2 2


"Le frais myosotis se souvenait; les roses"
Métrique : 1 1 4 1 3 Début enjamb. 1 1


"Cherchaient ses pieds avec leurs lèvres demi-closes;"
Métrique : 2 1 1 2 1 2 2 1


"Ils étaient quatre, et tous affreux. Une litière
Métrique: 1 2 1 1 1 2 Début enjamb. 2 2

"D'ossements tapissait le vaste bestiaire;
Métrique: 3 3 1 2 3



Le Rejet
Il y a rejet lorsqu'une partie de phrase, de faible longueur, est placée en
début de vers et continue une phrase commencée dans le vers précédent.


Exemples:

"Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,"
Métrique : 1 1 2 1 1 1 1 2 2

"Je courus ! Et les Péninsules démarrées. . .
Métrique : 1 2 fin du rejet 1 1 4 3



"Nous avons écouté, retenant notre haleine"
Métrique: 1 2 3 3 1 2

"Et le pas suspendu. -Ni le bois ni la plaine. . ."
Métrique : 1 1 1 3 fin du rejet 1 1 1 1 1 1

(Appréciez l'effet résultant de ce rejet qui marque la suspension de l'haleine
et du pas.)



"Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace"
Métrique : 3 1 2 1 2 1 2

"Que le cyprès ? -Pourtant nous avons, avec soin. . ."
Métrique : 1 1 2 fin du rejet 2 1 2 2 1

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:22

La Rime

La rime est la répétition, de syllabes ayant au moins une voyelle identique qui
se prenoncent à la fin d'au moins deux vers. La dernière syllabe prononcée d'un
vers constitue donc la rime de ce vers.

Il y a quatre types de rimes : les rimes singulières plurielles, féminines et
masculines.
Il y a aussi bien sur leur combinaisons féminines singulières, singulières
plurielles. . . etc.


Une rime est plurielle quand elle se termine par s,x,z. Une rime est singulière
dans le cas contraire.

Exemple:

Ce toit tranquille, où marchent des colombes, (*plurielle avec s)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 2 1 2

Entre les pins palpite, entre les tombes; (*plurielle avec s)
Métrique : 2 1 1 Ces. 2 2 1 1

Midi le juste y compose de feux (*plurielle avec x)
Métrique : 2 1 1 Ces. 1 3 1 1

La mer, la mer, toujours recommencée
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 2 4

O récompense après une pensée
Métrique : 1 3 Ces. 2 2 2

Qu'un long regard sur le calme des dieux! (*plurielle avec x)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 2 1 1


Autre Exemple:

Un seul s'est réveillé de ce funèbre somme,
Métrique : 1 1 1 3 Ces. 1 1 3 1

Les deux autres... O vous, qu'un plus digne vous nomme,
Métrique : 1 1 2 1 1 Ces. 1 1 2 1 1

Qu'un plus proche de vous dise qui vous étiez! (*plurielle avec z)
Métrique : 1 1 2 1 1 Ces. 2 1 1 2

Moi, je salue en vous le genre humain qui monte,
Métrique : 1 1 2 1 1 Ces. 1 1 2 1 1

Indomptable vaincu des cimes qu'il affronte,
Métrique : 4 2 Ces. 1 2 1 2

Roi d'un astre, et pourtant jaloux des cieux entiers! (*plurielle avec s)
Métrique : 1 1 1 1 2 Ces. 2 1 1 2

(Notez Que cette dernière rime plurielle en s: "entiers" rime avec une autre rime
plurielle en z: "étiez")




La règle générale qui détermine une rime féminine est la suivante: "Une rime est
féminine quand la dernière syllabe accentuée du dernier mots du vers est suivie
d'une syllabe comportant un e caduc ou quand cette syllabe contient elle-même un
e caduc."


Il résulte de cette règle que:

1) toutes les rimes singulières qui ce termine par un e sans accent sont
féminines.

Exemples:

"Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
Métrique : 2 1 1 Ces. 1 1 2 2 (Féminine)

"À ce point pur je monte et m'accoutume,
Métrique: 1 1 1 1 Ces. 1 1 1 3 (Féminine)

"Tout entouré de mon regard marin;
Métrique : 1 3 Ces. 1 1 2 2 (Masculine)

"Et comme aux dieux mon offrande suprême,
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 3 2 (Féminine)

La scintillation sereine sème
Métrique : 1 5 Ces. 3 1 (Féminine)
(notez l'impression produit par la césure à 6/4 au lieu de 4/6 dans le reste de
la strophe)

"Sur l'altitude un dédain souverain. (Masculine)
Métrique : 1 3 Ces. 1 2 3


2) Les rimes qui ce terminent en "ent" quand le e est prononcé sont aussi
féminine. Ainsi "rendent" et "défendent" sont des rimes féminines.

Exemples:

Les cris aigus des filles chatouillées,
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 2 3 (Féminine)

Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 3 2 (Féminine)

Le sein charmant qui joue avec le feu,
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 2 1 1 (Masculine)

Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 2 1 1 1 (*Féminine)

Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Métrique : 1 2 1 Ces. 1 1 1 1 2 (*Féminine)

Tout va sous terre et rentre dans le jeu!
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 2 1 1 1 (Masculine)


Cependant "mouvement" et "changement" sont des rimes masculines car le e n'est
pas prononcé mais participe à former une autre rime qui est elle masculine:
"an".

Une autre conséquence est que ces deux types de rimes les unes masculines tel
que "mouvement" et l'autre Féminine tel que "défendent" ne rime pas entre elles
ce qui est consistant avec la phonétique mais pas avec l'ortographe.


Exemples:

Les morts cachés sont bien dans cette terre (Féminine)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 1 2 1

Qui les réchauffe et sèche leur mystère. (Féminine)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 2 1 2

Midi là-haut, Midi sans mouvement (*Masculine)
Métrique : 2 1 1 Ces. 2 1 3

En soi se pense et convient à soi-même (Féminine)
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 2 1 1 1

Tête complète et parfait diadème, (Féminine)
Métrique : 2 2 Ces. 1 2 3

Je suis en toi le secret changement. (*Masculine)
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 2 3

3) Les rimes plurielles sont féminines quant l'avant dernière lettre (avant
celle qui marque le plurielle (x,s,z)) est un e sans accent, que cet e soit
prononcé ou non.

Exemples:

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes! (*Féminine plurielle)
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 1 3 1 1

Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes (*Féminine plurielle)
Métrique : 1 3 Ces. 1 2 1 2

Sont le défaut de ton grand diamant! . . . (Masculine singulière)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 1 3

Mais dans leur nuit toute lourde de marbres, (*Féminine plurielle)
Métrique : 1 1 1 1 Ces. 2 2 1 1

Un peuple vague aux racines des arbres (*Féminine plurielle)
Métrique : 1 2 1 Ces. 1 3 1 1

A pris déjà ton parti lentement. (Masculine singulière)
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 2 3


Il est interdit de faire rimer une rime masculine avec une rime féminine.

Il est aussi interdit de faire rimer entre elle une rime singulière avec une
rime plurielle.


Il est à noter que Tous vers comportant une rime féminine a par conséquent un
mètre de plus qui ne compte pas bien qu'il soit parfois prononcé. Ceci justifie
Qu'il soit interdit de faire rimer une rime masculine et Féminine ensemble car
cela reviendrait dans bien des cas à mettre à la rime deux vers de métriques
différentes de manière incontrôlée.

Quant à l'autre règle qui interdit de rimer une rime plurielle et singulière,
c'est un archaïsme qui date du temps ou l'on prononçait les plurielles comme on
le fait toujours en Anglais. Il est pourtant peut-être prudent de continuer à
respecter cette règle en cas de changement futur.

En versification classique on doit en principe alterner les rimes masculines et
féminines comme indiqué dans les exemples ci-dessus.
Depuis Malherbe, la plus part des versificateurs ont respecté cette règle
scrupuleusement.

Pourtant la encore on peut argumenter qu'il s'agit d'un archaïsme puisque dans
bien des cas une rime masculine peut produire un son féminin. Ainsi en Français
moderne "produire" produit le même son que "mourir".


Cette règle de l'alternance des rimes féminines et masculines est une autre
conséquence de la prononciation des e caducs en vieux Français.

George Brassens chantait le poème d'antoine Paul de la manière suivante:

Mais si l'on a manqué sa vie-eu
On songe avec un peu d'envie-eu
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre-eu
Aux coeurs qui doivent vous attendre-eu
Aux yeux qu'on n'a jamais revus.


Tandis qu'en Français moderne ce type de diction a presque disparu,
Voilà ce qui ce passait à l'époque ou l'on prononçait encore les e muets
et lorsque l'on faisait jouer une série de rime féminines successives sans
les alterner:

Christine De Pisan:
"Le dieu d'Amours par moy il vous presente-eu
Ces roses ci de voulenté entiere-eu,
Cueillies sont de trés loyal entente-eu
Es beaulx vergiers dont je suis courtilliere-eu.
Si vous mande qu'a trés joyeuse chiere-eu
Preigniez le don, mais c'est par convenant.
Que desormais en trestoute maniere-eu
Yrez l'onneur des dames soustenant."

Francois Vilon:
"Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie-eu,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie-eu:
A luy n'avons que faire ne que souldre-eu.
Hommes, icy n'a point de mocquerie-eu;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre-eu!"

On s'aperçoit dans les deux exemples ci-dessus que les répétitions
du son "eu" pouvaient poser un problème.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:23

Les Différentes Dispositions De Rimes.

Les Rimes Plates

Les rimes sont dites plates lorsqu'elles alternent deux par deux.

Exemple:

Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,

Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,

Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.


Les rimes croisées

Les rimes sont dites croisées quant elles alternent une à une.

Exemple:

Seuls, les grands blés mûris, tels qu' une mer dorée,
Se déroulent au loin dédaigneux du sommeil:
Pacifiques enfants de la terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.


Les rimes embrassées.

Les rimes sont dites embrassées lorsqu'un couple de rimes de même type précédent
et sont précédés par deux rime d'un autre type.

Exemple:

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle


Autre exemple:

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!


Les Rimes Libres

Les rimes sont dites libres ou mêlées lorsque leur successions sont libres bien
que respectant la règle de l'alternance des rimes féminines et masculines.

Exemple:

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle, vole sur la mer,
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi?
Mouette à l'essor mélancolique.
Elle suit la vague, ma pensée,
A tous les vents du ciel balancée
Et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l'essor mélancolique.
Ivre de soleil
Et de liberté,


On voit que dans l'exemple ci-dessus des vers de métriques différentes sont
mêlés comme dans les fables de Lafontaine.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:24

Les Différents Types De vers.

Les vers sont classes en catégories d'après leur métriques. Les vers les plus
employés par les poètes jusqu'à la révolution romantique ont été les vers pairs
de mesure 6 (Hexasyllabe ou Hexamétre), 8 (Octosyllabe), 10 (Décamètre) et 12
(tétramètre ou Alexandrin)

Six Mètre (Hexamétre)

Exemple:

Dieu! La voix sépulcrale
Métrique : 1 1 1 3 (3/3)

Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
Métrique : 1 1 1 1 1 1

Fuyons sous la spirale
Métrique : 2 1 1 2

De l'escalier profond!
Métrique : 1 3 2

Déjà s'éteint ma lampe,
Métrique : 2 2 1 1

Et l'ombre de la rampe..
Métrique : 1 2 1 1 1

Qui le long du mur rampe,
Métrique : 1 1 1 1 1 1

Monte jusqu'au plafond.
Métrique : 2 1 1 2


Huit Mètre (Octosyllabe)

Exemple:

Moi, le triste instinct m'y ramène :
Métrique : 1 1 1 2 1 2

Rien n'a changé là que le temps;
Métrique : 1 1 2 1 1 1 1

Des lieux où notre oeil se promène,
Métrique : 1 1 1 1 1 1 2

Rien n'a fui que les habitants.
Métrique : 1 1 1 1 1 3

Notez que la position de la césure est très variable dans les vers de huit
syllabes et moins, car la césure est alors plus difficile à contrôler.
Ceci a pourtant l'avantage de forcer le bris de la monotonie.


Dix Mètres (Décasyllabe Ou Décamètre)
Il y a deux types majeurs de Décamètre. L'un a une césure à 5/5 et donne un rythme
de chanssons:


J'ai dit à mon coeur, à mon faible coeur:
Métrique : 1 1 1 1 1 Ces. 1 1 2 1 (5/5)

N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse?
Métrique : 1 1 1 2 Ces. 2 1 2 (5/5)

Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
Métrique : 1 1 1 1 1 Ces. 1 2 1 1 (5/5)

C'est perdre en désirs le temps du bonheur?
Métrique : 1 1 1 2 Ces. 1 1 1 2 (5/5)



Quant à l'autre qui possède une césure à 4/6, l'un des exemples le plus connu est donné par Paul Valéry dans
le cimetière marin:


Quel pur travail de fins éclairs consume
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 2 2 (4/6)

Maint diamant d'imperceptible écume,
Métrique : 1 3 Ces. 4 2 (4/6)

Et quelle paix semble se concevoir!
Métrique : 1 2 1 Ces. 2 1 3 (4/6)

Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 2 1 2 (4/6)

Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Métrique : 3 1 Ces. 1 4 1 (4/6)

Le temps scintille et le songe est savoir.
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 1 1 1 2 (4/6)



Douze Mètres (Tétramètre Ou Alexandrin)

C'est de loin le vers le plus commun en Poésie Française.

Exemple:

Tout est vide et muet. Rien qui nage ou qui flotte,
Métrique : 1 1 1 1 2 Ces. 1 1 1 1 1 1 (6/6)

Qui soit vivant ou mort, qu'il puisse entendre ou voir.
Métrique : 1 1 2 1 1 Ces. 1 1 2 1 1(6/6)

Il reste inerte, aveugle, et son grêle pilote (6/6)
Métrique : 1 1 2 2 Ces. 1 1 2 2

Se pose pour dormir sur son aileron noir.
Métrique : 1 2 1 2 Ces. 1 1 3 1 (6/6)



Les Vers impairs ont commencés à être utilisés d'une manière significative au
19ème siècle par Lamartine.

En voici un exemple ou il y a utilisation de vers de sept syllabes:

C'est alors que ma paupière
Métrique : 1 2 1 1 2

Vous vit pâlir et mourir,
Métrique : 1 1 2 1 2

Tendres fruits qu'à la lumière
Métrique : 2 1 1 1 2

Dieu n'a pas laissé mûrir !
Métrique : 1 1 1 2 2

Quoique jeune sur la terre,
Métrique : 2 2 1 1 1

Je suis déjà solitaire
Métrique : 1 1 2 3

Parmi ceux de ma saison,
Métrique : 2 1 1 1 2

Et quand je dis en moi-même :
Métrique : 1 1 1 1 1 2

Où sont ceux que ton coeur aime ?
Métrique : 1 1 1 1 1 1 1

Je regarde le gazon.
Métrique : 1 3 1 2

D'une manière générale, tout types de mesures ont été utilisées depuis le vers
à un mètre:

Exemple:


Fort
Belle,
Elle
Dort;

Jusqu'à ceux de treize mètres.

Il y a même eu des tentatives de métrique plus long quatorze, quinze syllabes
mais sans grand succés.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:25

Vers Libres
En poésie classique les vers sont dit libres quant différents types de vers sont
mélangés, tant que l'alternance des rimes féminines et masculines est respectée
et que chaque vers obéit à ses propres lois.

Exemple:
................................................

Une Mouche survient, et des chevaux s'approche;
Métrique : 2 2 2 Ces. 1 1 2 2 (6/6)

Prétend les animer par son bourdonnement;
Métrique : 2 1 3 Ces. 1 1 4 (6/6)

Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Métrique : 2 1 2 1 Ces. 1 1 1 1 2 (6/6)

Qu'elle fait aller la machine,
Métrique : 2 1 Ces. 2 1 2 (3/5)

S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher;
Métrique : 2 1 1 2 Ces. 1 1 1 1 2 (6/6)

Aussitôt que le char chemine,
Métrique : 3 1 Ces. 1 1 2 (4/4)

Et qu'elle voit les gens marcher,
Métrique : 1 2 1 Ces. 1 1 2 (4/4)

Elle s'en attribue uniquement la gloire;
Métrique : 2 1 3 Ces. 4 1 1 (6/6)

Note: On a parfois appelé "vers libres moderne" des successions de phrases
n'obéissant à aucune règle. Dans ce cas il n'y a vraiment aucune distinction
logique avec la prose et l'on ne peut plus parler de versification.


Les Différentes Types De Strophes.

Les poèmes sont divisés en groupes de vers indépendants appelés strophes ou
stances.



La Strophe De Deux Vers ou Distiques.

Exemple:
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres

D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !


La Strophe De Trois Vers Ou Tercet.

Exemple:
U, cycles, vibrement divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;


La Strophe De Quatre Vers Ou Quatrain.

Exemple:
Midi, roi des étés, éperdu sur la plaine,
Tombe en nappes d' argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L' air flamboie et brûle sans haleine:
La terre est assoupie en sa robe de feu.

La Strophe De Cinq Vers Ou Quintil Contenant Trois Vers Rimants.

Exemple:
Doux fantômes ! c'est là, quand je rêve dans l'ombre,
Qu'ils viennent tour à tour m'entendre et me parler.
Un jour douteux me montre et me cache leur nombre.
A travers les rameaux et le feuillage sombre
Je vois leurs yeux étinceler.


La Strophe De Six Vers (Sixain)

Exemple:
Ô famille ! ô mystère ! ô cour de la nature !
Où l'amour dilaté dans toute créature
Se resserre en foyer pour couver des berceaux,
Goutte de sang puisée à l'artère du monde
Qui court de cour en cour toujours chaude et féconde,
Et qui se ramifie en éternels ruisseaux !



La Strophe De Sept Vers(septain)

Exemple:
Si ton coeur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Eclairer pour lui seul l'horizon effacé;



La Strophe De Huit Vers (huitain)

Exemple:
Consumés de désirs, dactyles et curètes,
Les cabires velus délaissent leurs marteaux
Et l' âtre où nuit et jour ruissellent les métaux
Au fond des cavités secrètes.
Haletants, du sommet des rochers hasardeux,
Comme de noirs troupeaux ils roulent sur les pentes,
Et les asphodèles rampantes
Ont couronné leurs fronts hideux.


La Strophe De Dix Vers Ou Dizain
Cette strophe a été utilisés pour le lyrique.
La forme la plus courante est en vers de huit syllabes comme ci-dessous:

Le mur est gris, la tuile est rousse,
L'hiver a rongé le ciment;
Des pierres disjointes la mousse
Verdit l'humide fondement;
Les gouttières, que rien n'essuie,
Laissent, en rigoles de suie,
S'égoutter le ciel pluvieux,
Traçant sur la vide demeure
Ces noirs sillons par où l'on pleure,
Que les veuves ont sous les yeux;

La strophe de Douze Vers (Douzain)
La strophe de douze vers se fait le plus souvent en vers de huit
syllabes.

Oh ! demain, c'est la grande chose !
De quoi demain sera-t-il fait?
L'homme aujourd'hui sème la cause,
Demain Dieu fait mûrir l'effet.
Demain, c'est l'éclair dans la voile,
C'est le nuage sur l'étoile,
C'est un traître qui se dévoile,
C'est le bélier qui bat les tours,
C'est l'astre qui change de zône,
C'est Paris qui suit Babylone ;
Demain, c'est le sapin du trône,
Aujourd'hui, c'en est le velours !


Douze vers est une limite qui n'a été dépasse que rarement notamment par Pierre
De Ronsard et André Chénier,
Quant à la strophe de neuf vers ou neuvain, elle est rare.



Une strophe est dite isométrique quand elle ne comporte que des vers d'une même
longueur.

Exemple:
L' immense mer sommeille. Elle hausse et balance
Métrique : 3 1 2 Ces. 2 1 1 2 (6/6) =12

Ses houles où le ciel met d'éclatants îlots.
Métrique : 1 2 1 1 1 Ces. 1 3 2 (6/6) =12

Une nuit d'or emplit d'un magique silence
Métrique : 2 1 1 2 Ces. 1 3 2 (6/6) =12

La merveilleuse horreur de l'espace et des flots.
Métrique : 1 3 2 Ces. 1 2 1 1 1 (6/6) =12




Une strophe est dite antisymétrique dans le cas contraire.

Exemple:
Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Métrique : 3 1 1 1 Ces. 2 1 1 2 (6/6) =12

Que mes tâches sont terminées;
Métrique : 1 1 2 Ces. 1 3 (4/4) =8

Maintenant que voici que je touche au tombeau
Métrique : 3 1 2 1 1 1 1 2 (6/6) =12

Par les deuils et par les années,
Métrique : 1 1 1 Ces. 1 1 1 2 (3/5) =8

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:25

Les effets sonores

Les effets sonores apporte une grand valeur à la poésie qui bien que la rendant
intraduisible la rapproche de la musique. On distingue les hiatus, les
allitérations et les cacophonies.


L'Hiatus

L'hiatus est la rencontre de deux voyelles (a e i o u y) entre deux ou même à
l'intérieur d'un mot.
Dans bien des cas L'hiatus forme un son désagréable particulièrement lorsqu'une
voyelle se succède à elle-même mais pas toujours. Toute fois on évite ce genre
de rencontre en littérature en général et pas seulement en poésie car le hiatus
non seulement sonne mal mais aussi est plus difficile à prononcer.

Exemple:

Comme des oasis a mis les cimetières
*

Voici la liste de tout les hiatus possibles et théoriques:

1 (a a) (a e) (a i) (a o) (a u) (a y)
2 (e a) (e e) (e i) (e o) (e u) (e y)
3 (i a) (i e) (i i) (i o) (i u) (i y)
4 (o a) (o e) (o i) (o o) (o u) (o y)
5 (u a) (u e) (u i) (u o) (u u) (u y)
6 (y a) (y e) (y i) (y o) (y u) (y y)

Il n'y a pas d'hiatus lorsque deux voyelles se rencontrent par l'élision d'un e
caduc.
Exemple:
l' époque antérieure à l' époque prochaine,
* *

Cela éliminerait des hiatus la deuxième ligne de la liste ci-dessus s'il n'y
avait pas les e accentués.


En théorie on peut considérer qu'Il y a aussi hiatus lorsqu'une consonne muette
sépare les deux voyelles successives.

Exemple:

et glacée et brûlante, au bruit amer des flots
*
Pourtant dans le cas ci-dessus cela ne conduit pas à un effet sonore
désagréable.

Mais si la consonne est prononcée alors le hiatus disparaît. Ainsi il n'y a pas
de hiatus lorsque deux voyelles ce rencontre mais sont separées par un h aspiré.

Exemples:
car vous ne portez pas l' injustice et la haine.
*
D'une manière générale dans les cas ou un son désagréable serait produit on fait
la liaison entre la consonne et la voyelles suivante ce qui évite le hiatus. On
peut donc dire que d'une certaine manière le français est équipé comme bien
d'autres langages de systèmes "anti-hiatus" automatiques.

En voici quelques exemples:

dont + il Donne dont-il
Les + amants donne les-amants
La + étoile donne l'étoile

Les pseudo-hiatus
Le "vrais" hiatus n'est pas la seule façon de produire des sons désagréables
Ainsi certaines terminaisons émettant un son voyelle tel que: "on", "en", "au",
"ien", "ieu", "eu", et "es" peuvent sonner mal à l'oreille lorsqu'ils sont
suivis ou précédés d'une voyelle ou d'une autre terminaison à son voyelle.

Exemple:
connaître la liqueur en en brisant le vase!
L'épée au flanc, l'oeil clos, la main encore émue.


Au cour des temps Les poètes ont souvent eu recours aux hiatus avec succès
jusqu'à Malherbe ,qui a essayé de proscrire L'hiatus.

Pourtant si l'on proscrirait le hiatus complètement et si de plus on ajoutait à
l'interdiction, les hiatus intrinsèques des mots alors on en arriverait à cette catastrophe
littéraire au cour de laquelle des pans entiers du dictionnaire français s'effondreraient et
deviendraient inutilisables en poésie.


Les Allitérations
On appelle allitération la répétition de syllabes ou consonnes.

Exemple:
Après bien du travail le Coche arrive au haut.
* *

(* *Notez cette allitérations traduisant l'essoufflement.)


Les Cacophonies
la cacophonie est typiquement produite par la répétition rapide de syllabes
typiquement nasales ou gutturales. Il peu y avoir une valeur sonore dans
certaines cacophonies mais le plus souvent elle donne un son désagréable et sont
par conséquent à éviter. Voltaire était infameux pour quelques cacophonies bien
lancées!

Exemple:
Non, il n'est rien que Nanine n'honore.


D'une manière générale et bien que le hiatus et la cacophonie aient mauvaise
réputation il y a des cas dans lesquels ils peuvent former des sons élégants.
D'une manière générale Il y a lieu d'écarter toute constructions sonores qui
sonnant mal qu'on leur ait donné un nom ou pas.


Les formes fixes

Les poètes ont inventé plusieures formes fixes de poèmes qui ce caractérisent
par un certain type de strophe et une disposition particulière des rimes. La
plus part de ces formes, très employées jusqu'à la fin de l'époque classique,
ont depuis presque toutes été abandonnées. Seul le sonnet et la ballade
demeurent.


Le Sonnet

Le sonnet est composé de deux quatrains à rimes croisées
suivit de deux tercets à rimes embrassées.

Toute les rimes du premier quatrain sont répétés dans le
deuxième.

Exemple:
El Desdichado (Gérard De Nerval)

Je suis le ténébreux, - le veuf - l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie:
Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de là fée.


La Ballade
La ballade est composée de trois huitain typiquement en octosyllabe
avec à la fin de chaque groupes de huitains un envoi.
Chaque huitain répété les rimes du premier huitain.

Quant à l'envoi, il est fait d'un quintil (parfois d'un quatrain)
à rime croisées qui répété encore les quatre ou cinq dernières
rimes des huitains.


Ballade de Banville aux Enfants perdus


Je le sais bien que Cythère est en deuil!
Que son jardin, souffleté par l'orage,
O mes amis, n'est plus qu'un sombre écueil
Agonisant sous le soleil sauvage.
La solitude habite son rivage.
Qu'importe! allons vers les pays fictifs!
Cherchons la plage où nos désirs oisifs
S'abreuveront dans le sacré mystère
Fait pour un choeur d'esprits contemplatifs:
Embarquons-nous pour la belle Cythère.

La grande mer sera notre cercueil;
Nous servirons de proie au noir naufrage,
Le feu du ciel punira notre orgueil
Et l'aquilon nous garde son outrage.
Qu'importe! allons vers le clair paysage!
Malgré la mer jalouse et les récifs,
Venez, partons comme des fugitifs,
Loin de ce monde au souffle délétère.
Nous dont les coeurs sont des ramiers plaintifs,
Embarquons-nous pour la belle Cythère.

Des serpents gris se traînent sur le seuil
Où souriait Cypris, la chère image
Aux tresses d'or, la vierge aux doux accueil!
Mais les amours sur le plus haut cordage
Nous chantent l'hymne adoré du voyage.
Héros cachés dans ces corps maladifs,
Fuyons, partons sur nos légers esquifs,
Vers le divin bocage où la panthère
Pleure d'amour sous les rosiers lascifs:
Embarquons-nous pour la belle Cythère.

Envoi.
Rassasions d'azur nos yeux pensifs!
Oiseaux chanteurs, dans la brise expansifs,
Ne souillons pas nos ailes sur la terre.
Volons, charmés, vers les Dieux primitifs!
Embarquons-nous vers la belle Cythère.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:27

un petit rappel

Syllabes, vers et rimes

Des poèmes français et des chansons, en grand nombre, s'appuient sur les règles de la versification. On a dit qu'elles sont une entrave à la création, on a aussi prétendu qu'elles poussent le poète à une recherche plus rigoureuse. Sans trancher le débat, - l'art est-il autre chose qu'une technique maîtrisée par le talent ? - voici quelques outils pour s'exprimer en vers mais aussi pour apprécier ceux des autres.

Une réflexion de Paul Valéry sur les règles de versification.

La mesure
Le rythme
La rime
Quelques formes fixes traditionnelles



La mesure

Vers et prose ?

"Le vers est un fragment d'énoncé formant une unité rythmique définie par des règles concernant la quantité, l'accentuation ou le nombre de syllabes." (Robert).

Pour calculer ce nombre, il faut prendre en compte toutes les syllabes

sauf
celles qui peuvent s'élider (e muet devant voyelle ou h non aspirée)
la syllabe muette finale.

(chan-te-rai-ent compte dont quatre syllabes à l'intérieur d'un vers mais trois en finale.)

Lorsqu'il compte douze syllabes, le vers s'appelle alexandrin , dans les autres cas on dit : vers de trois syllabes, huit syllabes (ou octosyllabes), etc.

Des vers de mesures différentes peuvent coexister dans un même poème, dans une même strophe. Si la structure se répète ils sont appelés réguliers.
Parfois ils ne suivent aucune règle d'alternance, on les appelle vers libres.

Note : en français on ne doit pas parler du nombre de pieds mais des syllabes d'un vers.

Certains procédés largement exploités, par les chanteurs surtout, permettent d'assouplir la règle. Ces procédés qui altèrent le mot par adjonction, suppression ou inversion de sons ou de lettres sont appelés des métaplasmes.
suppression de l'initiale d'un mot : aphérèse

suppression d'une partie intérieure du mot : syncope

suppression du e muet final d'un mot : élision

suppression de la partie finale d'un mot : apocope

dissociation des éléments d'une diphtongue : diérèse

déplacement de lettres ou de sons : métathèse

prononciation groupant en une seule syllabe deux voyelles contiguës d'un même mot :(en grammaire grecque, on dit crase) synérèse

Le rythme

Essentiel, le rythme du vers résulte du "retour à intervalles sensiblement égaux des temps marqués ou accents rythmiques." (H. Grammont). Ces accents tombent sur les finales (non muettes) de groupes de syllabes.

Entre ces groupes, se trouvent des coupes, les césures. Elles sont toujours placées après la fin d'un mot important imposant un arrêt du sens et de la voix. Il y a donc césure à la rime.

Dans l'alexandrin la césure 6/6 divise le vers en deux hémistiches;
C'est en vain qu'au Parnasse // un téméraire auteur
Pense de l'art des vers // atteindre la hauteur...

d'autres coupures donnent d'heureux résultats :
Il vit un oeil // tout grand ouvert // dans les ténèbres... (4/4/4)
Horloge, // dieu sinistre, // effrayant, // impassible... (3/3/3/3)

L'hiatus est la rencontre de la voyelle finale d'un mot et de la voyelle initiale du mot suivant; c'est l'oreille qui juge s'il est acceptable.

On parle d'enjambement lorsque le sens d'un vers déborde partiellement sur le suivant, voire sur la strophe suivante, sans le remplir; il se justifie dans le cas d'effets spéciaux (suspense, réticence, malaise...)
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme [...] (A. Rimbaud)

La strophe est un sous-ensemble le plus souvent cohérent, l'équivalent d'un paragraphe, groupant plusieurs vers. Habituellement elle est précédée et suivie d'un interligne plus large. La disposition des rimes et la mesure des vers assurent sa cohésion.

On distingue les couplets (variables) et le refrain (répété).

La strophe est appelée isométrique lorsqu'elle comporte des vers de même mesure, hétérométrique dans les autres cas.

On la nomme distique (2 vers), tercet (3 vers), quatrain , quintil , sizain, septain, huitain, neuvain, dizain, onzain, douzain.







_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:28

La rime

Les rimes sont qualifiées par leur qualité, leur genre et leur disposition.
Qualité:

On appelle assonance ou rime pauvre la répétition du dernier élément vocalique accentué. maman / espérance.
( Sont aussi considérées comme rimes pauvres les finales de mots tirés de la même racine (espoir - désespoir) et les terminaisons verbales de la même personne aimeront - chanteront).

Et rime la similitude de l'ensemble voyelle et consonnes(*). compagnie / tromperie
(*) Il faut tenir compte de la longueur des phonèmes, ainsi patte et pâte ne riment pas.

La rime est dite suffisante, lorsque deux éléments phonétiques seulement sont identiques. dehors / efforts

La rime est riche lorsque la similitude repose sur trois phonèmes consécutifs échine / machine.

Des vers holorimes se prononcent de la même façon tout en offrant des sens différentsGal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l'arène à la Tour Magne à Nîmes.

M. Monnier (1829-1885) ce distique est souvent attribué à V. Hugo.


Deux sites pour en savoir davantage sur les holorimes :ac. poitiers
Genre:

La rime féminine présente un e muet après l'élément vocalique (navire, j'invite), la rime masculine n'en comporte pas (nous invitons, amitié).

La règle d'alternance rimes masculines et rimes féminines a longtemps prévalu.
Disposition:

On trouve plusieurs façons de disposer les rimes :
rimes
continues AAAA Roland frappe sur une pierre bise
Il en abat plus que je ne sais vous dire
L'épée grince, elle n'éclate ni ne brise
Vers le ciel en haut, elle rebondit. (Chanson de Roland)
rimes plates AABB Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d’une larme:
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition. (A.de Musset)
rimes croisées ABAB C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. (A. Rimbaud)
rimes embrassées ABBA Je suis venu calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes:
Ils ne m’ont pas trouvé malin. (P. Verlaine)
rimes redoublées AAABBB Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux (L.Aragon)
rimes mêlées ordre indéterminé
Un rat des plus petits voyait un éléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage
Qui marchait à grand équipage.
Sur l'animal à triple étage,
Une sultane de renom,
Son chien son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille et toute sa maison
S'en allait en pélerinage. (J. de La Fontaine)
rimes enchaînées la rime est répétée au début du vers suivant Je suis le roi des fourmis
Misanthrope et petit
Tyrannique et gentil
Pas d'impôts sur la vie
Vision d'un paradis
Dix mille sont mes petits (M. Polnareff)
rime batelée
ou serpentine la rime revient à l'hémistiche du vers suivant
Le songe se dévide avec une paresse
Angélique. Et sans cesse aux doux fuseau crédule
La chevelure ondule au gré de la caresse. (P. Valéry, La Fileuse)

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:28

Quelques formes fixes traditionnelles

Ballade : Elle présente deux variantes :

soit 3 dizains rimés pareillement et un Envoi de 5 vers (décasyllabes) ABABB CCDCD;

soit 3 huitains rimés pareillement et un Envoi de 4 vers (octosyllabes) ABAB BCBC.

L'Envoi doit commencer par un vocatif et ses rimes sont semblables à celles de la seconde moitié des strophes précédentes.

Lai : poème composé sur deux rimes; deux vers de cinq syllabes sont suivis d'un vers de deux syllabes (AAB AAB ...)

Rondeau : pièce de treize vers de huit ou dix syllabes AABBA AAB AABBA. Les premiers mots du rondeau sont repris aux vers 8 et 13 .

Rondel : Deux quatrains et un quintil sont construits sur deux rimes. Les vers 1 et 2 sont un refrain qu'on retrouve en 7 et 8; le vers 1 est repris au dernier vers.

Sonnet : Deux quatrains suivis de deux tercets (ABBA ABBA CCD EDE). Dans sa forme classique, il se compose d'alexandrins à rimes riches et ne tolère aucune répétition de mots (sauf les mots-outils). Le sens doit être complet ou du moins suspendu à la fin de chaque strophe. Le dernier vers ( chute ), bien préparé, doit apparaître comme le sommet du poème.

Un exemple ?
De l'aide pour composer un sonnet ?


On trouve de nombreuses autres formes comme, par exemple : le triolet, la villanelle, le pantoum, le haï-kaï, la fable, la satire, les odes, le madrigal, les stances.

L'acrostiche est une pièce dont chaque vers commence par une des lettres du mot qui en fait le sujet. Ce mot peut donc être lu verticalement.

Bon à savoir :

Si rigoureuses que soient les lois de la versification française, les poètes authentiques se sont depuis toujours autorisés à les transgresser en vertu de ce qu'on a joliment appelé licence poétique.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:29

NOTIONS DE VERSIFICATION
d'après l'encyclopédie Encarta
Versification, technique du vers régulier.

Le vers

L'étymologie du mot vers est instructive. En latin, versus (du verbe vertere, "tourner") désigne le sillon du laboureur, la ligne d'écriture et le vers. Le vers est ce qui structure le flux du discours par un retour répété au point de départ; il ajoute une articulation supplémentaire à la langue ordinaire (la prose).

Le vers libre

La forme la plus élémentaire du vers est donc le vers libre, qui suffit à créer une segmentation de l'énoncé qui ne soit pas celle qui est imposée par la syntaxe de l'énoncé lui-même. Cette "versification minimum" est celle qu'utilise Apollinaire lorsqu'il reprend un récit fantastique en prose (l'Obituaire, 1907) en le découpant par des retours à la ligne ("la Maison des morts", Alcools, 1913). Mais le vers libre est historiquement la forme la plus récente du vers (il date de la fin du XIXe siècle).

Le vers rythmique (accentuel) et le vers métrique (syllabique)

La versification traditionnelle (celle qui concerne les vers réguliers) multiplie quant à elle les marques de la segmentation poétique. Elle en codifie les formes en exploitant les ressources de la langue qu'elle utilise. C'est pourquoi les langues qui utilisent un accent tonique pour conditionner le sens du mot utiliseront le vers rythmique (également dit "accentuel"), qui est déterminé par le retour des syllabes accentuées. Cette versification est celle de la poésie germanique, par exemple. En revanche, dans les langues non accentuées, où c'est la longueur des syllabes qui importe et donne sens, on utilise le vers métrique (dit aussi quantitatif, ou mesuré), composé de séquences rythmées par la succession des brèves et des longues et appelées pieds. On distingue différents types de pieds : le dactyle, l'iambe, le spondée, l'anapeste, le tribaque et le trochée. C'est la versification de l'Antiquité, par exemple : la poésie épique d'Homère et celle de Virgile utilisent le vers de six pieds (l'hexamètre). Les types de vers et leur arrangement peuvent définir formellement un genre. Le vers syllabique est une sorte de vers métrique. Le vers français est un vers syllabique, car c'est le compte des syllabes qui en fixe le rythme. Au lieu du terme "pied" en usage dans la poésie métrique, on emploie de préférence celui de "syllabe" en poésie française. Le terme de pied ne serait pourtant pas tout à fait faux, car il est évident que le mot de syllabe en poésie versifiée n'a plus le sens qu'il a dans la prose.

Le compte des syllabes et le e muet

La principale différence entre la syllabe du langage ordinaire et celle du vers régulier tient au statut du e muet. Le e muet est un son qui a disparu au cours de l'évolution du français et dans le langage courant il ne reste prononcé que lorsqu'il suit deux consonnes et qu'il en précède une autre en même temps (loi des trois consonnes). La diction poétique ne suit pas cette règle. Ainsi le vers suivant ne se prononce-t-il pas en dix, mais en douze syllabes :

Et les Muses de moi, comme étranges s'enfuient (du Bellay).

Muses compte pour deux syllabes et étranges pour trois : les e muets sont ici prononcés. En revanche, en fin de vers le e muet ne forme pas une syllabe (enfuient). Avant le XVIe siècle, on ne comptait pas non plus le e à la césure (césure épique). Depuis, la règle générale exclut à la césure l'emploi d'un e muet. Au sein du vers, le e muet ne forme pas de syllabe quand il permet une liaison avec une voyelle qui suit immédiatement (comme étranges…), mais il en forme une quand il est suivi d'une consonne (les Muses de moi) ou que la liaison est impossible à cause d'un h disjonctif. La consonne peut être une consonne de liaison :

Faut-il que tous mes soins me rendent importune? (Racine).

Le cas du e précédé d'une voyelle est à part. Avant l'époque de Malherbe, il formait une syllabe au sein du vers. C'est pourquoi ce vers comporte dix syllabes :

Je suis ton cœur, aie pitié de moi (Marot).

Après Malherbe, le e précédé d'une voyelle ne compte plus, comme c'est le cas dans ce vers :

Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux (Racine).

On appelle licence poétique les orthographes inhabituelles permettant d'obtenir un vers juste.

Miroir, peintre et portrait qui donne et qui reçois (D'Ételan).

Dans cet alexandrin, la suppression de la marque de deuxième personne à donne permet la liaison avec et (donnes et ferait trois syllabes). Ajoutons, concernant le compte des syllabes, que la semi-consonne notée comme la voyelle i peut être prononcée comme une voyelle à part entière : violon peut ainsi compter pour deux (synérèse) ou trois syllabes (diérèse).

Les différents mètres

De une à douze syllabes, tous les mètres (tous les types de vers) sont possibles :
le vers d'une syllabe est un monosyllabe,
le vers de deux syllabes est un dissyllabe,
le vers de trois syllabes est un trisyllabe,
le vers de quatre syllabes est un tétrasyllabe,
mais les vers de cinq et de six syllabes ne portent pas de nom particulier.
Le vers de sept syllabes est un heptasyllabe,
le vers de huit syllabes est un octosyllabe,
le vers de neuf syllabes est un ennéasyllabe,
le vers de dix syllabes est un décasyllabe,
le vers de onze syllabes est un hendécasyllabe
et le vers de douze syllabes est un alexandrin.
Hugo joue à les utiliser tous successivement dans les Djinns. L'alexandrin (vers de douze syllabes) est le vers le plus utilisé depuis le XVIe siècle, époque à laquelle il a supplanté le décasyllabe, mètre qui fut le premier à être attesté et qui est le plus souvent utilisé dans la chanson de geste. Est également courant l'octosyllabe, vers utilisé dès l'époque médiévale dans des genres aussi différents que le roman courtois et le fabliau.
Les vers courts (de une à six syllabes) s'emploient surtout dans les poèmes en "vers mêlés" (poèmes composés de vers de différents mètres). Les vers dont le nombre de syllabes est impair, au rythme sautillant, sont moins usités que les vers pairs. Verlaine utilise le vers inusité de neuf syllabes pour obtenir un effet sonore particulier :

De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l'Impair.

Le rythme du vers français

Une définition du vers français comme vers syllabique ne suffit pas à rendre compte de son rythme. C'est seulement au XIXe siècle que les théoriciens de la langue se sont aperçus qu'ils pouvaient donner du vers français une description rythmique, ce qui n'est pas le cas, en revanche, des vers italiens et espagnols.
Les vers courts forment chacun une séquence rythmique qui se marque par l'accentuation ou l'allongement de la dernière syllabe, ainsi que par une durée croissante des syllabes entre le début et la fin du vers, et par la pause en fin de vers.
Dans les vers longs (surtout ceux de plus de huit syllabes), il existe une syllabe qui est traitée comme la syllabe finale du point de vue du rythme : cette syllabe, qui marque une coupure dans le vers, est la césure. Elle découpe le vers en deux hémistiches, en deux séquences rythmiques.
Le vers qui a une césure est appelé vers composé. Dans l'alexandrin, la césure se situe après la sixième syllabe :

L'écaille de la mer // la plume du nuage
Car l'océan est hydre // et le nuage oiseau (Hugo).

Dans le décasyllabe, elle se trouve après la quatrième syllabe (beaucoup plus souvent qu'après la sixième) :

Je meurs, aimant Philis // plus que moi-même
Et pour guérir // l'écho me répond : AIME (J.-F. Sarasin).

On trouve parfois la césure du décasyllabe après la cinquième syllabe (à partir du XVe siècle seulement) :

J'ai dit à mon cœur // à mon faible cœur :
N'est-ce point assez // de tant de tristesse? (Musset).

Dans ce dernier cas, l'égalité des hémistiches donne un caractère particulièrement équilibré et stable au décasyllabe.
Pour rendre compte de ces rythmes, on a utilisé plusieurs systèmes descriptifs correspondant à plusieurs systèmes de notation. On utilise traditionnellement des barres obliques pour symboliser la pause comme marque rythmique.

Tu mar/ches sur des morts,/Beauté/dont tu te moques (Baudelaire).

Les difficultés d'analyse rythmique du vers français sont liées à sa nature : en effet, il est susceptible de subir des variantes importantes en fonction de la diction. Remarquons que certains vers, sans perdre leur rythme, rendent possible une diction avec des accents antithétiques (ce sont des accents émotifs portant sur le début et non sur la fin du groupe rythmique) :

Demain, après-demain et toujours comme nous (Baudelaire).

La rime

La rime marque la fin du vers. En permettant à l'auditeur de distinguer la fin de la césure (non rimée) et la fin du vers (rimée), elle l'empêche, par exemple, d'entendre un poème en alexandrins comme une suite de vers de six syllabes.
Le vers régulier en France est lié à l'emploi de la rime, que les vers antiques n'utilisaient pas. D'autres littératures modernes ont utilisé abondamment le vers blanc (forme de vers non rimé) : c'est le cas de la poésie anglaise (en particulier le théâtre de Shakespeare, ou les poèmes épiques de John Milton). L'attachement de la poésie française à la rime vient en partie de la place privilégiée qu'elle accorde aux vers à césure.
Notons que la rime plate (aabb) est généralement préférée pour la versification du texte de théâtre. Les dispositions complexes sur deux rimes et plus permettent quant à elles la structuration de la strophe lyrique et même du poème dans son ensemble.

La strophe

Les "vers mêlés" tels qu'on les trouve dans les fables de La Fontaine jouent sur la variété, la liberté et la surprise sans cesse renouvelées. Mais le processus de retour au point de départ, qui constitue la définition mimimale du vers, permet aussi d'organiser des séquences de hiérarchie supérieure : les strophes. La strophe est une séquence organisée par une certaine disposition des mètres et des rimes. Visuellement, elle forme un bloc typographique, qui rend immédiatement visible toute différence de mètres.
La strophe peut être composée de deux vers (auquel cas elle constitue un distique), trois vers (elle forme un tercet), quatre vers (c'est un quatrain), cinq vers (c'est un quintil), six vers (c'est un sizain), sept vers (c'est un septain), huit vers (c'est un huitain), neuf vers (c'est un neuvain), dix vers (c'est un dizain), onze vers (c'est un onzain) ou douze vers (c'est un douzain).
Sur deux rimes, le quatrain est la forme minimale (avec des rimes aabb, abba, etc.). Les strophes impaires recourent à la rime reprise (plus de deux vers sur la même rime). On peut distinguer, comme pour les vers, des stophes simples et des strophes composées.
Les strophes simples sont celles qui ne peuvent être divisées en des strophes de structure plus simple. Les strophes composées sont la combinaison de deux strophes simples (le sizain du sonnet, par exemple, est parfois la combinaison d'un distique et d'un quatrain, ou bien de deux tercets).

Le poème à forme fixe

Le poème peut aussi trouver une structure d'ensemble grâce à des procédés qui ne relèvent pas de la versification : structure narrative, structure dramatique (théâtre en vers), structure rhétorique. Certains procédés de structuration relèvent néanmoins de la versification : reprise plusieurs fois d'un modèle strophique identique, utilisation d'un refrain, etc.
Ces procédés permettent de créer ce que l'on peut appeler une "série", dont un autre procédé devra assurer la clôture : c'est la "pointe" de l'épigramme, ou l'envoi de la ballade, par exemple. Certains modèles s'imposent historiquement, avec une codification plus ou moins importante et un nombre plus ou moins grand de variantes : ce sont les formes fixes.
Les formes fixes anciennes trouvent leur origine dans la chanson ou la danse : rondeau, triolet, virelai, ballade, chant royal, vilanelle au Moyen Âge. Les formes de l'Antiquité (ode) ou de l'Italie (sonnet) ont été imitées par les poètes de la Renaissance tandis que c'est la poésie populaire ou exotique qui inspire des formes fixes nouvelles aux poètes du XIXe siècle : le pantoum (ou pantoun) a été ainsi imité de la poésie malaise, et le poème Harmonie du soir de Baudelaire est l'adaptation la plus connue. Les poètes d'aujourd'hui imitent volontiers la forme des haiku japonais.

Cohérence ou discordance entre versification et syntaxe

Le texte versifié comme le texte en prose est composé selon la syntaxe de la langue, mais celle-ci y joue le rôle de "code subordonné" (I. Tynianov) par rapport à la versification. Ces deux niveaux de mise en forme peuvent se renforcer mutuellement, par exemple lorsque l'hémistiche (ou le vers entier) correspond exactement à un groupe syntaxique ou à une phrase. C'est d'une "homologie" (cohérence) rigoureuse que résulte par exemple la "frappe" d'une sentence en vers telle que :

À vain/cre sans péril,//on triom/phe sans gloire. (Corneille).

Dans l'exemple précédent, la césure correspond à la virgule et les quatre groupes rythmiques au groupe syntaxique; les quatre accents portent sur les mots "pleins" et le vers correspond exactement à une phrase complète.
Les règles de la versification à l'époque classique cherchent cette homologie : mots importants (et non outils grammaticaux) en fin d'hémistiche, refus du hiatus (rencontre d'une voyelle sonore finale avec la voyelle initiale du mot suivant) au sein d'un groupe rythmique ou même d'un vers, recherche d'une voyelle en fin de groupe, refus de l'enjambement.
Lorsque la syntaxe et la versification ne sont pas cohérentes, c'est que le poète veut exploiter cette discordance pour créer un effet précis. Dès lors, la discordance n'est pas un manque ou une faiblesse, mais bel et bien un procédé.
On appelle enjambement la répartition sur deux vers d'un seul groupe syntaxique :

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles (Rimbaud).

Si c'est une partie courte du groupe syntaxique qui est rejetée sur le vers suivant (rejet) ou anticipée sur le vers précédent (contre-rejet), la syntaxe semble rompue et la partie isolée du groupe syntaxique est mise en valeur :

Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la grande ourse (Rimbaud).

L'enjambement peut être aussi observé à l'articulation de deux strophes, ou à la césure, comme dans ce vers de Hugo :

Comme une main//noire, dans la nuit (Hugo).

Les classiques, particulièrement dans les vers de théâtre, n'ignoraient pas les effets intéressants engendrés par la discordance entre structure syntaxique et structure du vers :

Mais j'aperçois Madame la Comtesse De Pimbesche… (Racine).

Le XIXe siècle multipliera ces discordances pour assouplir l'alexandrin (Hugo), par recherche de l'incongru (Rimbaud) ou par goût de la subtile dissonance (Verlaine).
Ces jeux de cohérence ou de discordance peuvent se faire entre différents niveaux de la versification elle-même : dans la Consolation à Du Perrier (1598) de Malherbe, la disposition des rimes correspond avec celle des différents mètres. Le poème en effet se construit sur des quatrains, où alexandrins et vers de six syllabes sont alternés avec un jeu de rimes croisées (les alexandrins riment avec les alexandrins, les vers de six syllabes avec les vers de six syllabes) :

Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitié paternelle
L'augmenteront toujours?

Au contraire, la disposition des rimes et la nature des vers peuvent ne pas se correspondre; c'est le cas dans le Livre des cent ballades (Avignon, XVe siècle), où l'on trouve par exemple des douzains faits de vers inégaux de sept et trois syllabes dont la disposition ne correspond pas à celle des rimes.


"Versification," Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 97. © 1993-1996 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.

_________________
Grâce à vos efforts, notre site pourra s'améliorer !

Avant de poster vos sujets lisez et signez notre charte ICI



«Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» [Charles Baudelaire]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: La versification   Dim 4 Mai 2008 - 12:36

I - Valeur des syllabes

Qu'est-ce qu'on entend par «syllabe»?

Toute syllabe, muette ou sonore, entre dans la mesure du vers français. Il n'y a d'exception que pour l'«e» final devant un mot qui commence par une voyelle ou une «h» muette, et pour la syllabe muette à la fin du vers:

«L'â-ge vi-ril, plus mûr, ins-pi-r(e) un air plus sa-g(e).» (Boileau).

Il s'agit donc de déterminer ce qu'on entend par syllabe. La syllabe est le son produit par une seule émission de voix. Ce son peut-être représenté soit par une voyelle seule, soit par plusieurs voyelles, soit par un groupe de voyelles et de consonnes.
Mais il n'en va pas de même pour tous les groupes de voyelles. Tantôt les voyelles se détachent dans la prononciation, souvent pour respecter le mètre, et ainsi on est parfois amené à dissocier les deux sons qui, dans la prose, sont prononcés groupés, et ceux-ci forment une diérèse (mystéri-euse), tantôt elles se prononcent en une seule émission de voix et forment une diphtongue ou synérèse. La synérèse groupe donc les deux sons (ouvriers) et dans ce dernier cas on ne compte qu'une syllabe.
Il est parfois difficile de différencier la synérèse et la diérèse. On a cherché une règle: le son est double, a-t-on dit, lorsque le groupe de voyelles représente plusieurs voyelles latines, et simple dans le cas contraire.
Mais, mieux vaut reconnaître que l'autorité des poètes peut seule faire loi en pareille matière. Car lorsqu'il y a un doute sur le nombre de syllabes qu'il faut assigner à un mot contenant un groupe de voyelles, il est vrai que l'on peut suivre les préceptes empirique de la versification classique, mais on remarque très vite que les quantités ainsi prescrites sont souvent arbitraires et que de grands poètes se sont souvent contredits à leur sujet.
Ces contradictions que l'on peut remarquer au cours des siècles s'expliquent par les fluctuations de la prononciation. Au cours des siècles des synérèses ont été transformées en diérèses et inversement des diérèses vieillies se sont fondues et se sont muées en synérèses.


De l'«e» muet après une voyelle

Le «e» muet: tout «e» se prononce, dans un poème classique, quand il est à l'intérieur d'un vers, précédé et suivi d'une consonne.
Ailleurs, pour la syllabe muette à la fin du vers et devant ou après une voyelle, ou une «h» muette, le «e» ne se prononce pas.
Si le «e» muet suit une voyelle accentuée, ou précède une voyelle acentuées, il ne peut ni compter comme syllabe, ni former synérèse avec la voyelle qui précède; il doit être élidé, ou prendre place à la fin du vers.


De l'élision

La rencontre de deux voyelles dont l'une est la fin d'un mot et l'autre au commencement du mot suivant produit une élision, soit un hiatus.
Si dans le corps d'un vers la dernière syllabe d'un mot se termine par un «e» muet, et que le mot qui suit commence par une voyelle ou une «h» non aspirée, l'«e» muet ne compte pas dans la mesure; il se confond dans la prononciation avec la première syllabe du mot suivant: il est élidé.

«La nuit suivant(e), au mêm(e) instant, mêm(e) aventure.»

Ce «e» muet se reconnaît à ce qu'il n'est jamais accentué; il ne faut donc pas le confondre avec l'«e» final du pronom «le».


De l'hiatus

En poésie comme en prose, est le choc deux voyelles fortes dont l'une finit un mot et l'autre commence le mot suivant (Ex.: il pensa à aller). La prose le supporte, pourvu qu'il ne soit pas trop dur; Mais depuis Malherbe, et sauf quelques rares exceptions, notre poésie ne tolère pas l'hiatus à l'intérieur du vers.
On a cependant admis quelques exceptions:

• Pour les mots par une «h» aspirée. L'«h» aspirée étant considérée comme une consonne en a les prérogatives.
Ajoutons que quelques mots commençant par une voyelle offrent une réelle aspiration qui permet l'hiatus. c'est ainsi que devant le mot «oui» l'«e» muet peut s'élider ou ne pas s'élider.
De même le mot «onze» et parfois le mot «ouate» se comporte en versification comme s'ils s'écrivaient avec une «h» aspirée.
L'«h» initiale d'«hier» est tantôt aspirée, tantôt muette.

• L'hiatus est permis dans les interjections répétées comme «oui, oui», «eh! eh!», «ah! ah!», «euh! euh!», etc.

• On admet encore l'emploi de quelques locutions toutes faites qui ne forment à proprement parler qu'un mot, comme «peu à peu», «çà et là», «un à un», «sang et eau», «à tort et à travers», «va-et-vient», «il y a», etc.

L'hiatus se produit parfois après une consonne, car certaines consonnes finales ne se lient pas au mot suivant dans la prononciation. Dans ce cas, il faudra l'éviter en poésie. La conjonction «et» ne peut, pour cette raison, précéder un mot commençant par une voyelle ou une «h» muette.

Au reste, la proscription de l'hiatus ne date que de Malherbe. Les poètes antérieurs ne se faisaient pas faute d'en commettre, ou plutôt ils ne songeaient guère à les éviter. Et il est vrai d'autre part que la poésie populaire en a fait souvent et par instinct un heureux emploi. Après tout, peut-être eut-il mieux valu laisser le poète juge de l'emploi de l'hiatus. Cette rencontre de voyelles est en général dure pour l'oreille française. Mais le contraire est vrai aussi quelque fois.
C'est affaire au goût du poète d'éviter tous hiatus pénible, et il convient de ne pas se montrer trop sévère sur ce point, surtout pour les mots terminés par une consonne muette; car outre que la prononciation de beaucoup de ces vocables n'est pas absolument fixée, notre langage courant, cédant à l'influence de l'orthographe, semble avoir une tendance bien marquée à faire sonner les consonnes finales dans tous les mots.


Petit Traité de Versification Française
II - Du nombre de syllabe dans le vers

Le mètre

C'est le nombre de syllabes prononcées qui amène à distinguer les vers pairs des vers impairs, beaucoup moins fréquents que les vers pairs. Ainsi, les vers peuvent avoir de une à douze syllabes. Les vers de treize syllabes et plus seront toujours l'exception.


L'alexandrin ou dodésyllabe

L'alexandrin, ou dodésyllabes, vers de douze syllabes, est le mètre le plus usité dans notre poésie depuis le XVIe siècle. On le considère comme le vers qui convient le mieux à l'épopée, à la poésie dramatique, didactique, à l'élégie, etc. On en fait même un usage fréquent dans la poésie lyrique, où il se combine aisément avec d'autres mètres. Aussi l'emploie-t-on aussi bien dans des pièces isométriques (pièces où le même genre de mètre est employé d'une façon continue) que des pièces hétérométriques (pièces où le poète mélange des vers de différentes longueurs). Dans le cas de la mesure rythmique, l'alexandrin classique est un tétramètre, parce qu'il est quaternaire, autrement dit parce qu'il reçoit quatre accents temporels. L'alexandrin romantique et le décasyllabe classique sont tout deux des trimètres.


Le décasyllabe et l'octosyllabe

Le décasyllabe fut tour à tour nommé vers commun, vers épique, ou décasyllabe.
Le décasyllabe, ou vers de dix syllabes, et l'octosyllabe, vers de huit syllabes, ont été particulièrement en faveur au Moyen Âge; nos lais primitifs et nos fabliaux sont écrits en vers octosyllabiques; ces mètres conviennent aussi à la chanson de geste et à la poésie lyrique, à la poésie légère. «Les contes en vers» de La Fontaine, les épîtres de Voltaire, ont montré quels heureux emploi en peut faire ces genres de poésie.


L'hendécasyllabe et l'ennéasyllabe

Les vers de onze syllabes (hendécasyllabe) et de neuf syllabes (ennéasyllabe) sont d'un rythme difficile à saisir, et leur emploi a toujours été très rare. Le vers de neuf syllabes convient bien à certaines coupes méthodiques; aussi le rencontre-t-on souvent dans les pièces destinée au chant. L'unique tort des vers de neuf et onze syllabes est de trop se rapprocher du décasyllabe et de l'alexandrin, qui nous ont pliés à leur rythme simple et à leur forme symétrique.


L'heptasyllabe

L'heptasyllabe, ou vers de sept syllabes, est très courant dans notre poésie et l'emploie ordinairement comme l'octosyllabe. Il est assez fréquemment employé dans les chansons du Moyen Âge, soit seul, soit avec d'autres vers.


L'hexasyllabe

Le vers de six syllabes ou hexasyllabe ou demi-alexandrin ne s'emploie guère seul que dans le genre lyrique, et s'entremêle le plus souvent avec des vers plus long. Ainsi il convient surtout aux combinaisons hétérométriques et s'allie très bien avec d'autres vers, surtout avec l'alexandrin.


Vers de cinq syllabes

On pourrait répéter pour le vers de cinq syllabes ce que nous avons dit pour le vers de six syllabes, mais en ajoutant qu'il est d'un emploi plus rare, excepté dans les chansons populaires, les idylles et les cantates, qui le goûtent tout particulièrement.


Le tétrasyllabe

Le vers de quatre syllabes ou tétrasyllabe convient aux pièces fugitives, et s'emploie surtout, comme les vers de une, deux, trois syllabes dans les pièces hétérométriques, où il peut être d'un heureux effet.


Petit Traité de Versification Française
III - De la rime

Qu'est-ce qu'une rime?

La rime a pour fonction d'indiquer à l'oreille la fin de la période rythmique constituée par le vers.
La rime est la répétition d'un même son vocalique à la fin de deux vers différents. C'est la mémoire interne du poème. Par leur position privilégiée en fin de vers, les rimes soulignent le rythme, rapprochent ou opposent des mots clés.
Primitivement, elle se réduisait à l'assonance, c'est à dire à la similitude de la dernière voyelle accentuée du vers, et le plus souvent cette voyelle était la même pour toute une série.


La richesse de la rime

Elle est définie par le plus ou moins grand nombre de phonèmes associés par la rime:

La rime pauvre

Un seul élément vocalique commun: fous/cou

La rime suffisante

Un élément vocalique + une consonne en commun: peine/veine; Oeil/orgueil;

La rime riche

Trois éléments (homophonies) en commun ou plus: vers/divers; éperdus/ardus


De la rime riche

Les poètes de la fin du XVe siècle et du commencement du XVIe siècle poussèrent plus loin encore la recherche de la rime riche et tombèrent dans les jeux de mots: remplaçant l'inspiration poétique qui leur manquait par l'ingéniosité et la complication des moyens rythmiques, ils imaginèrent diverses combinaisons de rimes, qui n'eurent bien heureusement qu'une vogue de courte durée. C'est à cette époque qu'on voit fleurir les rimes couronnées, empérières, équivoquées, fratrisées, annexées, batelées, brisées, rétrogrades, sénées, en écho, en kyrielle, concatenées, etc. :
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:38

Rime couronnée

Dans la rime couronnée, la dernière syllabe du vers, ou même les deux ou trois dernières, sont répétées deux fois.

La blanche colombelle, belle,
Souvent je vais priant, criant;
Mais dessoubs la cordelle d'elle,
Me jecte un oeil friand, riant.

La rime passait pour la plus belle encore quand les deux mots venaient de la même racine.

Les princes sont aux grands cours couronnés
Comtes, ducs, rois, par leur droit nom nommés

Rime empérière

La rime empérière répétait trois fois la même consonance à la fin du vers .

Bénins lecteurs, très diligents, gens, gens,
Prenez en gré nos imparfaits, faits, faits.

Rime équivoquée

La rime équivoquée (dites «ecquivocquées» ou par «ecquivocques») reproduisait à la fin de deux vers des mots entiers offrant à l'esprit un sens différent, mais à l'oreille un même son.

Ici n'oy point le bruyt des tombereaulx,
Je n'oy que vents souffler et tomber eaux,
Je n'ay souci si beuf ou vache arreste,
Je n'ay le heurt quand vient ou va charette.

Elle peut-être amusante par manière de plaisanterie, comme dans ces vers de Banville sur Henri de la Madelène:

J'adore assez le grand Lama,
Mais j'aime mieux la Madelène.
Avec sa robe qu'on lama
J'adore assez le grand Lama.
Mais la Madelène en l'âme a
Bien mieux que ce damas de laine.
J'adore assez le grand Lama,
Mais j'aime mieux la Madelène.

Voici des vers avec double équivoque, à l'émistiche et à la rime:

Quand ung vouloir lasche ose en Royaulme ou Empire
Divis faire à la chose, en sorte qu'elle empire,
Il se soumet en pire accident mortel qu'oncques;
Jamais donc nul aspire abolir lieux quelconques.

Rime annexée

La rime annexée, qu'on appelle aussi tantôt rime concatenée, tantôt entrelacée, fraternisée ou fratrisée.
Si on commençait le second vers par un mot de même famille que le dernier mot du vers précédent on disait alors que la rime était annexée:

Ainsi se fait rime annexée,
Annexant vers à autres vers,
Versifiée, et composée,
Composant tels mots ou divers,
Diversement mis et repris,
Reprenant la syllabe entière.

Rime fratisée ou enchaînée

La rime est fratisée ou enchaînée quand la finale du vers (la dernière ou les deux dernières syllabes) est répété au début du vers suivant, mais avec une acceptation différente:

Metz voyle au vent, single vers nous, Caron,
Car on t'attend; et quand seras en tente
Tant et plus boy, bonum vinum carum.
(Marot).

Rime batelée

Dans les rimes batelées, qui s'appliquent aux vers de dix syllabes, le dernier mot du premier vers rimait avec la quatrième syllabe du second vers:

Quand Neptunus, puissant dieu de la mer,
Cessa d'armer carraques et galées,
Les Gallicans bien le durent aymer
Et réclamer ces granz ondes salées.
(Marot).

La rime pouvait être en même temps couronnée et batelée:

Molinet n'est sans bruyt ne sans nom, non;
il a son son et, comme tu vois, voix,
Son doux plaid plaist mieux que ne fait ton ton.

ou encore équivoquée et couronnée:

Amy, je suis ainsi confus qu'onc fus
Veoir tant errer étiques hérétiques.

Rime brisée ou interne

Les rimes étaient brisées quand les vers, une fois coupés à la césure, présentaient une suite de petits vers rimant ensemble et offrant un sens complet:

De coeur parfait - chassez toute douleur,
Soyez soigneux, - n'usez de nulle feinte,
Sans vilain fait - entretenez douceur,
Vaillant et pieux, - abandonnez la feinte.

Rime en écho

La rime en écho répétait la dernière syllabe ou les deux dernières syllabes du vers; tantôt l'écho changeait à chaque vers et formait un petit vers isolé:

Icelle est la mignote
Note,
Qu'amour fait sçavoir;
Avoir
Qui peut belle amye,
Mye
Nel doit refuser.

Tantôt l'écho, toujours en dehors du vers, était le même pour plusieurs vers de suite:

Respond, Echo, et bien que tu sois femme,
Dy vérité; qui fit mordre la femme?
Qui est la chose au monde plus infâme
Qui plus entendre à l'homme de diffame?

Rime en kyrielle et rime concaténée

Quant aux rimes en kyrielle, qui répétaient périodiquement un même vers, et aux rimes concaténée, qui commençaient et finissaient chaque couplet par un vers semblable, elles sont sans doute moins étranges. On peut n'y voir qu'un refrain propre aux chansons. En voici deux exemples:

Tout à l'entour de nos remparts
Les ennemis sont en furie:
Sauvez nos tonneaux, je vous prie!
Prenez plus tost de nous, soudards,
Tout ce dont vous aurez envie:
Sauvez nos tonneaux, je vous prie.

D'Eléonore
Chacun admire le talent;
Et ce que personne n'ignore,
C'est qu'on soupire en écoutant
Eléonore.
(Marot).

Rime sénée

Rime sénée, ainsi nommée, lorsque tous les mots du vers commencent par la même initiale ou lorsque chaque vers commence par le ou les mêmes phonèmes:

C'est Clément Contre Chagrin Cloué
Et Est Estienne Esveillé, Enjoué.
(Marot).

Rime serpentine

Dans les traités de la métrique latine médiévale, la rime est qualifiée de serpentine quand les troisième et quatrième vers des quatrains sont semblables, comme dans: (aabb ccbb ddbb etc.); ou lorsque les deux premiers vers d'un quatrain riment avec les deux derniers vers du quatrain suivant, tandis que les deux derniers vers du premier quatrain avec les deux premiers vers du quatrain suivant: (aabb bbaa aacc ccaa etc.)
Plus tard d'autres diront que La rime est serpentine lorsque deux vers riment syllabe par syllabe sans être pour cela holorimes; en d'autres termes, les consonnes d'appui ne sont pas obligatoires. Exemple:

Je suis parti
De nuit, marri,
Troué, perclus, la mort au coeur.
Tout est perdu, las! fors l'honneur.

Rime rétrograde

La rime rétrograde offrait à chaque vers une série de mots dont on pouvait faire l'inversion mot à mot, syllabe par syllabe, ou même lettre par lettre, tout en conservant le sens et la rime:

Triomphamment cherchez honneur et prix,
Désolez cueurs, méchants infortunez;
Terriblement estes moquez et pris.

En retournant les mots, on obtient:

Prix et honneur cherchez triomphamment,
Infortunez, méchants cueurs désolez
Pris et moquez estes terriblement.

Rimes triplées

Les rimes triplées (aaa,bbb, etc.) proscrites de la poésie classique qui aime trop la sobriété pour ne pas estimer abusif le nombre de trois, ont été souvent en honneur dans la strophe romantique.

Rime marotique

Tradition rhétorique (Clément Marot: XVIème siècle): on passe de la rime au jeu de mots: Rimailleur/rime ailleurs.

Rime pour l'oeil

La fonction sonore (rime pour l'oreille) a parfois été sacrifiée au profit d'une rime pour l'oeil (seule l'écriture est la même):

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu, qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever...
(Baudelaire)


Règles de la rime

Le genre de la rime

Le genre de la rime est défini par une finale. Il y a deux genres comme suit:

• La rime féminine

La rime est dites féminine, lorsque le dernier mot du vers est constituée par une voyelle sonore suivie d'un «e» muet; cet «e» muet ne compte pas dans la mesure du vers. Le «e» muet peut-être suivi de «s», ou de «nt».

• La rime masculine

La rime est dite masculine lorsque le dernier mot du vers se termine par une syllabe sonore. Lorsque la terminaison «ent» se trouve à la fin des vers, elle se prononce «ant», la rime est masculine.

Poëtes ou ciseleurs,
Par nous l'esprit se révèle.
Nous rendons les bons meilleurs,
Tu rends la beauté plus belle.

Sur son bras ou sur son cou,
Tu fais de tes rêveries,
Statuaire du bijou,
Des palais de pierreries!
(Hugo).

Du mélange des rimes

Il est un principe généralement admis dans notre versification depuis la Pléiade: c'est la règle de l'alternance des rimes. Une rime masculine ne peut être immédiatement suivie d'une rime masculine différente, de mêmes que deux rimes féminines différentes ne peuvent se succéder immédiatement. Ainsi, la versification classique exigeait de faire alterner rimes féminines et rimes masculines.
Les rimes considérées dans leur disposition peuvent être continues, plates ou suivies, croisées, embrassées, redoublées, tiercées, mêlées, etc.

• Rimes continues

Les rimes sont continues (AAAA) lorsque la même consonance termine tout les vers d'un poème, ou au moins une période de vers assez longue.(if, actif, passif, vif, pensif).

• Rimes plates

Les rimes plates (AABB) ou suivies se succèdent deux à deux. Depuis la règle de l'alternance, les couples sont successivement masculins et féminins. C'est la combinaison adoptée dans nos tragédies et nos comédies classiques, dans les satires, les épitres, etc.

• Rimes croisées

Les rimes sont croisées (ABAB) quand les rimes masculines alternent avec les rimes féminines.

• Rimes embrassées

Dans les rimes embrassées (ABBA), deux vers féminins de même rime sont enclavés dans deux vers masculins de même rime; puis deux vers féminins embrassent deux vers masculins, et ainsi de suite. On peut aussi commencer par une rime féminine, mais alors le cinquième vers sera masculin.

• Rimes redoublées

Dans les rimes redoublées, la même rime, masculine ou féminine, se répète plus de deux fois:

O musique éloquente à dire l'indicible,
Rythme! accords chameurs qui dans les cieux cléments
Ouvrez à nos regards la porte inaccessible
Du palais où, pareils aux flêches de la cible,
Tremblent les astres d'or au fonds des firmaments.

• Rimes tiercées

Dans les rimes tiercées, le premier tercet, ou groupe de trois vers, offre deux rimes masculines embrassant une rime féminine; celle-ci est reprise au second tercet pour embrasser une rime masculine nouvelle, qui, au troisième tercet, embrassera à son tour une nouvelle rime féminine, et ainsi de suite. La pièce se termine par un vers isolé qui rime avec le second du dernier tercet. On peut naturellement commencer par deux vers féminins embrassant un vers masculin. Ce système n'est employé que dans la Terza Rima.

• Rimes mêlées (et vers libres)

Les rimes mêlées admettent toutes les combinaisons, pourvu que la règle de l'alternance soit observée. Elles peuvent être successivement plates, croisées, embrassées, redoublées; c'est le goût du poète qui le guide dans l'emploi de ces divers systèmes. Le seul principe qu'il faille poser, c'est qu'on doit éviter de faire coïncider l'arrêt du sens avec la fin d'un système de rimes.
Le plus souvent dans les rimes mêlées, le poète emploie des vers de différents mètres, c'est à dire de différentes longueurs. Ce procédé qui porte le nom de «vers libres» et qui est une importation italienne du début du XVIIe siècle, demande une grande science rythmique, mais aussi sa souplesse lui permet d'accommoder le rythme aux moindres nuances de la pensée.
«Les fables» de La Fontaine recèlent les modèles les plus parfaits de nos vers libres français. Rajoutons que les poètes modernes se prêtent à toutes les différentes sortes de mètres et à toutes les différentes combinaisons (rimes alternées inclues) de rimes et que leur poésie (vers libres) est d'autant et encore plus libre.

• Rimes alternées

Il y a une dernière combinaison de rimes, aujourd'hui disparue de notre poésie et que l'on rencontre parfois dans les chansons du Moyen Âge: ce sont les rimes alternées, qui présentent trois ou quatre consonances différentes se reproduisant dans un ordre déterminé:

Maint homme prend la mort,
Par trop fort le contraindre
D'ammaser la richesse
Comme avaricieux;
Et puis, quand il est mort,
Ceux qui le deussent plaindre
En deuil et en tristesse,
Ce sont les plus joyeux.

• Couplet monorime

Se dit, adjectivement, de couplets écrit chacun sur une rime unique; ou, substantivement, de l'ensemble du poème. En général, le monorime est dénué de prétention artistiques: c'est une plaisanterie ou un jeu de société. La forme du monorime contribue à l'effet comique. Ce retour acharné de la rime unique, c'est celui du diable que l'on pousse au fond de sa boîte et qui ressurgit sans cesse plus têtu et plus élastique: le comique de répétition est là, virtuel, prêt à jaillir. Et, dès que le sens s'y prête en donnant dans le genre badin, le poème trouve sa raison d'être.
On peut, cependant, essayer de tirer parti de son insistance. Mais il faut que le sens soit lui-même en rapport avec l'idée d'obsession ou de répétition lassante. «Melancholia II», «Nevermore» dans «les poèmes Saturniens» de Verlaine en sont de bons exemples.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:39

IV - Le Rythme:
«De la musique avant toute chose»

Qu'est-ce que le «Rythme»?

C'est la musique du poème: à l'origine la poésie était toujours accompagnée de musique, d'un instrument (la lyre, la harpe, le luth, etc.). Elle en a gardé l'essentiel, le Rythme:

• le Rythme est le rapport régulier perceptible à l'oreille entre la répartition des accents dans un énoncé et le nombre de syllabes séparant ces accents; ce nombre constitue une mesure.

• le Rythme est basé sur le retour, à intervalles plus ou moins réguliers, d'accents toniques. Il donne sa cohérence au poème; difficile de déplacer des mots sans détruire l'équilibre du texte. Toute rupture du Rythme attendu a un effet de mise en valeur. La poésie moderne joue beaucoup sur les contrastes de Rythme.

En français le Rythme est déterminé par le retour, à intervalles comparables, de l'accent tonique (-) et des pauses (/). Voici les principaux cas de figures:

• pauses nombreuses et accents rapprochés = Rythme haletant, haché, ralenti, saccadé.

• pauses rares et accents rapprochés = Rythme rapide, précipité, lié, fluide.

• pauses rares et accents rares = Rythme à la fois lent et fluide.

• pauses régulière et accents réguliers: Rythme harmonieux, solennel.


Le Rythme dans les Vers

La césure

La césure est un repos de la voix, marqué à l'intérieur du vers par une syllabe tonique plus fortement accentuée que les autres toniques du vers.
Dans les vers de six à douze syllabes, la césure est obligatoire.
Dans le type binaire, une coupe principale, la césure (//), sépare deux hémistiches (ou demi-vers).

La coupe

On appelle coupe l'arrêt, généralement imaginaire, qui sépare les groupes rythmiques. La coupe, c'est donc la séparation des groupes accentuels dans un vers, n'impliquant pas forcément une pause. Chaque accent est suivi d'une coupe (/).
On distingue, en pratique, la césure (//) qui est une coupe fixe et, la coupe mobile (/) qui se déplace à l'intérieur de l'hémistiche ou du vers non-césurable.
Dans le type ternaire, trois coupes principales (//) séparent les mesures.

Les accents toniques

En français, le mot porte un accent tonique sur la dernière syllabe ou sur l'avant-dernière si la dernière est un «e» muet. Par ailleurs, dans un groupe nominal ou verbal, le mot le plus important porte un accent de groupe. En utilisant le signe (-) pour une syllabe et le signe (') pour un accent, on représente schématiquement le rythme d'un vers:

O triste/, triste était mon âme/
--'--'--'--'
A cause/, à cause d'une femme/
--'--'----'

Rythme binaire et rythme ternaire

Un vers peut comporter deux, trois ou quatre accents de groupe:

• Trois accents de groupe dans le vers déterminent un rythme ternaire:
– Le trimètre, caractéristique de la poésie romantique, est un vers qui comporte trois accents et donc trois mesures: «Toujours aimer,// toujours souffrir,// toujours mourir.//»

• Deux ou quatre accents de groupe détermine le rythme binaire:
– Le tétramètre est un alexandrin à quatre accents: «Fourmillent/ du baiser/ putride/ de Jésus!/»

Schémas rythmiques

Le rythme peut-être:
• Régulier [(3+3)+(3+3)]
• Croissant [2+4+6]
• Décroissant [6+4+2]
• Symétrique [3+2+2+3]

Les Sonorités

• La rime met en relation, d'un vers à un autre, deux mots se terminant par les mêmes sons.
• La rime intérieure met en relation deux mots se terminant par les mêmes sons au milieu de deux vers successifs.
• La paronomase met en relation deux mots dont les sonorités sont proches bien que leur sens soient différents.
• Une répétition de voyelles s'appelle une assonance: procédé suggestif reposant sur le retour, dans plusieurs voyelles rapprochées, d'un même trait phonique. Par exemple les deux vers suivants nous suggèrent par des voyelles nasales répétées la lente progression du navire:

(...)
«Qui suivent indolent compagnons de voyage
Le navire glissant sur les gouffres amers.»
(...)
(Baudelaire)

– voyelles aiguës = cri strident, sentiments vifs.
– voyelles graves = profondeur, bruit sourd, grondement, tristesse.
– voyelles claires = netteté, fraîche, éclat, légèreté.
– voyelles floues = lenteur; nonchalance, flou.

• Une répétition de consonnes s'appelle un allitération: procédé suggestif reposant sur le retour, dans plusieurs consonnes rapprochées, d'un même trait phonique. Par exemple les deux vers suivants nous suggèrent, par des consonnes occlusives répétées, précisément le tic-tac de l'horloge :

«C'est la marmite qu'accompagne
L'horloge du tic-tac allègre de son pouls.»

– consonnes occlusives = bruit sec ou répété, violence, soudaineté.
– consonnes nasales = calme, lenteur, fluidité.
– consonnes liquides = liquidité, fluidité.
– consonnes vibrantes = grincement, grondement.
– consonnes labiales = souffle, dégoût, dédain.
– consonnes sifflantes = glissade, sifflement.
– consonnes chuintantes = chuchotement.

• Présentés dans un même groupe de mots, allitérations et assonances créent une unité sonore.
• L'harmonie imitative cherche à reproduire, par allitération ou assonance, le bruit que produirait ce dont on parle.
• L'harmonie suggestive repose sur l'idée que certains phonèmes sont plus aptes que d'autres à évoquer certains sentiments ou impressions.

De l'enjambement

Un groupe grammatical est réparti entre la fin d'un vers et le début du vers suivant. Poursuite du mouvement et du sens d'une phrase d'un vers sur l'autre, sans qu'il soit possible de ménager un arrêt entre les deux. L'enjambement peut prendre la forme particulière:

• d'un rejet: lorsqu'un groupe placé à la fin d'un vers se termine par un mot placé au début du vers suivant, ce dernier étant suivi d'un arrêt syntaxique:

«Quoique ce soit affreux de te voir couverte
Ainsi, / (...)
L'été (...) s'étire par l'ardeur blanche du ciel complice
Et baille./ L'homme dort loin du travail quitté.»
(Verlaine).

• d'un contre-rejet: lorsqu'un mot placé à la fin d'un vers est précédé d'un arrêt syntaxique et annonce un groupe placé au début du vers suivant:

(...)
«Souvenirs, souvenirs, que me veux-tu? / L'automne
Faisait voler la grive à travers l'air atone.»
(...)
(Verlaine).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:40

Le Rythme et les Strophes

Considérations générales

Les strophes consistent en des systèmes de vers de quantité variable régis par des lois particulières et conviennent par leur cadence, plus marquée que celle des vers homogènes à rimes plates, à une inspiration purement lyrique. La variété de rythme que l'emploi des strophes permet au poète peut refléter plus fidèlement les élans de son imagination.
Un poème peut être constitué par une série de vers égaux dans lesquels on adopte, pour ne plus l'abandonner, un des systèmes de rimes indiqués plus haut. Les vers peuvent encore être libres, c'est à dire qu'ils se prêteront à toutes les différentes sortes de mètres et à toutes les différentes combinaisons de rimes. Enfin un troisième procédé rythmique, propre à la poésie lyrique, consiste à diviser l'ensemble du poème en un certain nombre d'éléments qui offrent exactement la même disposition de rimes et de mètres. Le poème est alors appelé «Ode», et chacune de ses parties porte le nom de «strophe»; celle-ci est dite isométrique quand les vers sont tous semblables, hétérométrique quand on emploie des vers différents.
La strophe peut donc être considérée comme l'unité rythmique de l'Ode, de même que le vers est l'unité rythmique de tout autre poème.
On admet généralement que la strophe doit offrir un sens complet. L'arrêt du sens à la fin de chacune des périodes rythmiques a pour effet de concourir à son unité. Quant à établir d'une façon régulière un arrêt du sens à la fin d'un des vers de la strophe, il n'y faut pas songer non plus, sous peine encore d'altérer son unité.
Le plus souvent une Ode se compose de strophes toutes semblables. Mais le poète peut aussi avoir recours à deux ou trois systèmes, qu'il reproduira toujours dans le même ordre. Il peut même, surtout si le poème a quelques étendue, abandonner une combinaison à un moment donné, pour en adopter une autre qui convient mieux aux nouveaux sentiments qu'il exprime. Ce n'est pas indifféremment que le poète fera choix de tel ou tel de ces systèmes; tout de même que, dans les vers libres, la mobilité des mètres et la libre disposition des rimes doivent avoir pour objet de mieux traduire l'idée poétique; ici encore l'adoption d'une combinaison de mètres et de rimes doit être justifiée par la conformité du rythme à l'idée.

Les différentes Strophes

Le nombre de vers de la strophe est en général de deux à douze. Au delà de douze vers, il devient plus difficile d'embrasser l'ensemble de la période rythmique. Cependant on trouve des écrits de strophes de 14, 15, 16, 18, 19, et même 20 vers. Mais ce sont là des essais isolés et qui n'ont été que très rarement suivis. Au reste, de deux à douze vers, on peut déjà trouver bien des combinaisons pour marier les mètres et disposer les rimes.
Nos poètes du Moyen Âge en avaient créé un grand nombre, que les lyriques des trois derniers siècles se sont généralement contentés de leur emprunter. Bien des formes même ont été abandonnées, comme peu harmonieuses, ou n'ont été reprises que de loin en loin. Il serait fastidieux d'énumérer tous les genres de strophes; aussi nous contenterons-nous ici de donner quelques exemples de combinaisons les plus usitées:

• La strophe de deux vers

La strophe de deux vers n'est qu'une succession de rimes plates. La disposition typographique et l'arrêt du sens la distinguent seuls des rimes plates ordinaires. Elle est le plus isométrique.
Le distique qui est formé d'une strophe de deux vers convient aux épigrammes.

• La strophe de trois vers ou tercet

La strophe de trois vers, ou tercet, constitue une véritable strophe lorsque les trois rimes sont identiques; ces sortes de rimes se nomment ternaires.

• La strophe de quatre vers

Les rimes des strophes de quatre vers sont généralement croisées, ou embrassées, parfois plates. Dans le cas de rimes embrassées, si la première strophe se compose de deux vers masculins embrassant deux vers féminins, la seconde doit commencer par un vers féminin. D'une façon générale et quel que soit le nombre de vers de la strophe, on doit observer la règle de l'alternance des rimes d'une strophe à l'autre: si la première finit par un vers masculin, la seconde commencera par un vers féminin et vice versa; les quatrains des sonnets mis à part, bien entendu.

• La strophe de cinq vers

La strophe de cinq vers comporte le plus souvent trois rimes masculines et deux féminines ou inversement, entremêlées. Il peut présenter deux ou trois mètres différents. Il peut aussi s'obtenir par un artifice assez fréquent dans la poésie moderne et qui consiste à répéter le premier vers ou la rime du premier vers de la strophe.

• La strophe de six vers

La strophe à six vers consiste le plus souvent à deux vers à rimes plates suivis de quatre vers à rimes embrassées ou croisées (AA/BCCB). Elle admet deux, plus souvent trois rimes, et deux, ou, plus rarement trois mètres.
Citons le sizain hétérométrique composé le plus souvent quatre vers longs et de deux courts (3e et 6e vers), et plus rarement les deux vers courts sont réunis à la fin de la strophe et il arrive même qu'un vers court unique la termine. Le sizain hétérométrique composé de vers d'un nombre impair de syllabes (sept et trois) cher aux poètes de la renaissance et repris par les romantiques; en dépit de son corselet bien lacé, il est susceptible d'une remarquable souplesse et d'une charmante fantaisie. Il convient d'ordinaire aux sujets légers mais suscite parfois l'accent d'une mélancolie voilée:

Sarah, belle indolence
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine
D'eau puisée à l'Illssus.
(Hugo).

• La strophe de sept vers

La strophe de sept vers est d'un emploi plus rare que les précédentes; elle peut s'écrire sur deux rimes, mais le plus souvent elle en comporte trois. On mélange ordinairement que deux sortes de vers, si la strophe est hétérométrique.

• La strophe de huit vers

Le strophe de huit vers comprend deux quatrains qui doivent être reliés par la rime. Il peut présenter deux, trois rimes, et deux, ou, plus rarement, trois ou quatre mètres.

• La strophe de neuf vers

La strophe de neuf vers est d'un usage assez rare. Elle comporte généralement quatre rimes; dans les strophes hétérométriques, on n'emploie le plus souvent que deux espèces de vers.

• La strophe de dix vers

La strophe de dix vers est un des plus heureux et convient aux grands sujets. Il est construit sur quatre ou cinq rimes. Dans les strophes hétérométriques on rencontre généralement le mélange de deux mètres, mais quelquefois aussi de trois et de quatre.
La strophe de l'Ode par excellence est le dizain isométrique classique. C'est lui qui triomphe dans les odes héroïques de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières:

(abab//ccd/eed) ou (abab//cc//deed);
[// ou / = ponctuation forte ou faible].

En ce qui concerne l'ode en dizains pétrarquisant, en voici le schéma:

(ababbccdcd).

Il a moins d'éclat, plus de monotonie ou d'unité, tels sont les caractères de ce dizain, qui est celui de la Grande ballade.

• La strophe de onze vers

La strophe de onze vers ne se rencontre guère que dans le Chant Royal, poème à forme fixe, en honneur au XVe et au XVIe siècle. Cependant notre poésie offre quelques rares exemples de strophes lyriques de onze vers.

• La strophe de douze vers

La strophe de douze vers est construite sur cinq rimes et quelquefois sur six. Le plus souvent elle est isométrique; parfois cependant l'un des trois derniers vers est plus court que les autres.
Même en usant de vers très courts, il est difficile de dépasser le nombre de douze vers et de cinq rimes dans une strophe sous peine d'en faire perdre de vue l'ordonnance.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:41

V - Les formes strophiques

Le distique

Le distique n'est qu'une succession de deux vers à rimes plates. Il est toujours isométrique. Le distique convient aux épigrammes.


Le quatrain

Les rimes y sont généralement croisées, ou embrassées, parfois plates ((ABAB) ou (ABBA) ou (AABB)). Dans le cas de rimes embrassées, si la première strophe se compose de deux vers masculins embrassant deux vers féminins, la seconde doit commencer par un vers féminin. D'une façon générale et quel que soit le nombre de vers de la strophe, on doit observer la règle de l'alternance des rimes d'une strophe à l'autre: si la première finit par un vers masculin, la seconde commencera par un vers féminin et vice versa; les quatrains des sonnets mis à part, bien entendu. La forme embrassée lui donne plus d'unité.


Le quintil ou chinquain ou cinquain

Le quintil comporte le plus souvent trois rimes masculines et deux féminines ou inversement, entremêlées. Il peut aussi s'obtenir par un artifice assez fréquent dans la poésie moderne et qui consiste à répéter le premier vers ou la rime du premier vers de la strophe.
La disposition (AABBA) remonte aux rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle. On trouve parfois un schème layé, (A12a8b8b8A12); c'est souvent le cas, par exemple, chez Malherbe.
Chez Musset et Lamartine nous trouvons le schème (ABAAB); c'est le quintil du XVe siècle, tel qu'il apparaît chez Jean de la Taille.
Chez Victor Hugo, on trouve le quintil (AABAB) à coté du quintil (ABBAB) et du schème lamartinien (ABAAB).
Quant à la forme choisi par Banville (ABABA), elle se retrouve chez Baudelaire, et sous forme layé (A12b8A12b8A12).


Le sizain

Le sizain consiste à deux vers à rimes plates suivis de quatre vers à rimes embrassées ou croisées (AABCCB) ou (AABCBC); c'est la forme adoptée par la stance de Malherbe.
Une seule fois, chez Malherbe, nous avons le schème (ABBACC) qui, est un sizain à rebours.
souvent les sizains sont disposés en rhythmus tripertitus, soit dans le schème (AABAAB), sur deux rimes, soit (AABCCB) sur trois rimes; les rhétoriqueurs ont recommandé la première de ces deux formules. Souvent la strophe est couée; c'est à dire un sizain composé de quatre vers longs et de deux vers courts (3e et 6e vers).
Le Moyen Âge, qui avait inventé cette forme, avait surtout pratiqué les mètres courts. Au XVIIe siècle, elle était encore fort prisée; puis elle s'est fait rare, pour réapparaître, avec le romantisme, d'abord chez Sainte-Beuve, puis chez Victor Hugo qui a pratiqué la strophe couée brève, avec par exemple des sizains (A7A7b4C7C7b4).
C'est la strophe couée brève qui a fait la fortune de Verlaine dans:

Les sanglots long
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Plus rarement les deux vers courts sont réunis à la fin de la strophe et il arrive même qu'un vers court unique la termine. Le sizain hétérométrique composé de vers d'un nombre impair de syllabes (sept et trois) cher aux poètes de la renaissance et repris par les romantiques; en dépit de son corselet bien lacé, il est susceptible d'une remarquable souplesse et d'une charmante fantaisie. Il convient d'ordinaire aux sujets légers mais suscite l'accent d'une mélancolie voilée:

Sarah, belle indolence
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine
D'eau puisée à l'Illssus.
(Hugo).


Le septain

Le septain possède plusieurs schèmes tel que (AABCBCB), chez plusieurs rhétoriqueurs; (AABCBCB) chez ronsard; (AABCBBC), chez Voiture: ce dernier schème n'est valable qu'à la condition de renverser l'alternance des rimes en passant d'une strophe à l'autre, soit: (m m f m f f m / f f m f m m f / etc.).
Vigny a fort prisé le septain; nous le trouvons chez lui sous la forme immuable (ABABCCB), rimes croisées puis embrassées, avec une rime charnière centrale appartenant aux deux systèmes. Tous ses septains sont écrits en alexandrins.
Parfois, on rencontre des septains construits sur deux rimes seulement. Leconte de Lisle nous livre un septain construit sur une simple alternance de rimes (ABABABA); il adopte aussi le schème (ABAABBA), moins naïf, mais peu satisfaisant pour la symétrie.
Victor Hugo, lui, recourt à un septain parfaitement symétrique (ABB ABBA). En outre le dernier vers de sa formule est écourtée.


Le huitain

Il existe de faux huitain, dont le schème n'est que la superposition de deux quatrains parallèles; ainsi dans la disposition (ABABCDCD).
Pour constituer ces huit vers en une unité strophique, il faudrait une marque sensible en fin de strophe: il suffirait pour cela de répéter la même rime, en «D»; ou le même mot final; ou de faire du dernier vers un refrain.
L'octave italienne, dont Aristote et Torquato Tasso ont donné le modèle, suit le schème (ABABABCC). Achevé en distique, ce huitain se prêterait plus volontiers à un sujet de caractère martelé, épique.
Le huitain du XIVe siècle n'est autre que celui de la strophe de la Ballade primitive: c'est celui de Guillaume de Machaut. Ce huitain roule sur deux rimes: (ABABBAAB). La ballade de Guillaume de Machaut reprend trois fois cette strophe dont le 8e vers sert de refrain.
Parmi les huitains du XVe siècle, celui de Martial d'Auvergne dit aussi Martial de Paris, nous fournit la strophe définitive de la Petite Ballade: (ABABBCBC), où tout est variété (rimes alternées), équilibre (rimes plates au centre, servant de pivot), unité (la rime «B» est présente dans les deux moitiés de la strophe), symétrie nuancée (parfaite inversion du mouvement avec échange de «A» contre «C»).
Les rhétoriqueurs ont également pratiqué, outre les formes déjà signalées, un huitain enlacé dont voici la formule: (AABABBCC).
Le huitain romantique se signale par la rime triplée dans le schème (ABABCCCB), ou encore par un huitain quadripertitus caudatus (AAAbCCCb).


Le neuvain

Le schème du neuvain (ABABACDCD), commence par un quintil (ABABA) et se termine par un quatrain alterné. Charles d'Orléans la pratiqué dans sa complainte «France, jadis on te voulait nommer...».
Victor Hugo reprend ce neuvain légèrement modifié, adoptant pour quintil la forme (ABBAB) qui sera si chère à Leconte de Lisle; cela nous donne le neuvain (ABBABCDCD). Césurant cette strophe après le 7e vers, Hugo répète les deux derniers vers, en refrain, dans le puissant poème, tout en pentasyllabes dynamiques: «Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir»; schème: (ABBABCDC*D* // EFFEFCDC*D* // etc.).
On rencontre aussi un neuvain classique, par exemple chez Thomas Corneille, composé d'un quatrain et d'un quintil: (ABABCDCCD).
Le neuvain romantique présente un rhythmus tripertitus (AAB/CCB/DDB). Il va s'en dire que ce schème peut être écourté aux 3e, 6e, 9e vers: (AAb CCb DDb).
Ne disons rien du neuvain de Vigny avec son schème de (AABBCDDCD) qui n'est qu'un huitain assez plat, qui se termine par un neuvième vers en excédent.
Le neuvain parnassien de Leconte de Lisle, construit sur trois rimes seulement, accuse plus d'exigence (ABABCCBCB). On est frappé de l'impression de continuité qui se dégage de la forme de cette strophe: elle tient en grande partie à cette structure fortement nouée, et symétrique; avec «C» répété trois fois et «B» répété quatre fois, la strophe évolue entre une variété restreinte (AB*AB) et une monotonie insistante (...B/CCBCB*).
Chez les rhétoriqueurs, on rencontre cinq types fondamentaux de neuvain, à savoir:

– sur deux rimes seulement, un neuvain layé est du plus ravissant effet. Ce neuvain est utilisé dans la Rotrouänge écartelée (a3a1B6/a3a1B6/b4b2A8).
– sur trois rimes et généralement en décasyllabes: (ABAABBCBC).
– sur trois rimes et de préférence en octosyllabes: (AABABBCBC).
– sur quatre rimes et le plus souvent en décasyllabes: (ABABCCDCD).
– sur quatre rimes avec des octosyllabes: (ABABBCCDD). C'est là une mauvaise formule, qui semble être un dizain de Ballade avorté, tant il finit platement.


Le dizain

Parmi les innombrables possibilités qu'offraient les permutations de rimes dans le dizain, une seule a porté ses fruits, c'est le dizain isométrique classique, la strophe de l'Ode par exellence. C'est lui qui triomphe dans les odes héroïques de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières: (ABAB//CCD/EED) ou (ABAB//CC//DEED) (// ou / = ponctuation forte ou faible).
Soit donc un quatrain croisé et un rhythmus tripertitus. Malherbe lui a donné un tel lustre que la première moitié du XVIIe siècle fut submergé par un déluge d'odes en dizains.
Distribué en (ABAB/CC/DEED), le schème du dizain révèle immédiatement l'un de ses secrets.; il présente les trois types possibles de succession de rimes: croisées, plates, embrassées. En outre, il est équilibré de part et d'autre d'un axe (CC).
La strophe du dizain isométrique classique, composée de décasyllabes ou d'alexandrins, est carrée: elle est une manifestation de l'esprit de discipline. Le dizain classique a acquis une légèreté certaine moyennant une disposition hétérométrique: (AbAbCCdEEd). Le dizain est des plus heureux et convient aux grands sujets.
En ce qui concerne le dizain pétrarquisant, qui apparaît au XVIe siècle chez Scève dans sa «Délie» et chez Marguerite de Navarre, et dont voici le schème (ABABBCCDCD), a moins d'éclat, plus de monotonie ou d'unité, tels sont les caractères de ce dizain. Sa structure est du type oppositif: l'ordre de la répétition est symétriquement inversé, mais les timbres des strophes changent, comme si l'objet «A», réfléchi dans un eau calme, y modifiait son coloris en «B». Or, cette strophe sera exactement celle de la Grande Ballade.


Le onzain

Dans le Chant-Royal, la plus grande forme de la Ballade, le onzain, adopte le schème: (ABABCC/DDEDE).
A l'époque des rhétoriqueurs, le onzain se présente sous les formes suivantes, construites sur cinq rimes: (ABABCCDDEDE): cette forme sert tour à tour dans la Ballade commune, le Serventois, la Sotte amoureuse, la Sotie, la Pastourelle, et, surtout, le Chant-royal.
Un onzain batelé (les vers batelés sont pourvus d'astérisques «*»): (AB*A*B*CC*D*D*E*D*E*) a été employé dans le cadre de la Ballade baladant ou Batelée.
Un autre onzain batelé a suivant les siècles été utilisé: (AB*A*B*C*C*D*D*ED*E).
Chez les romantiques, on a essayé d'obtenir le onzain au moyen d'un dizain à rimes plates, enflée d'un vers. Nous aurons donc (ABABCCCDEED) ou (ABABCCDEEED).


Le douzain ou Laisses-douzaines

Victor Hugo l'a tiré du dizain en rendant triples les deux rimes plates du dizain. Il est construit sur cinq rimes. On le rime ainsi: (ABABCCCDEEED).
A l'époque des rhétoriqueurs, le couplet de douze vers adoptait la forme prédominante que voici: (AABAAB/BBABBA). C'est la douzaine croisées.
Suprême raffinement, la même forme se rencontrait avec un écourtement qui frappait les vers de trois en trois à partir du second vers; ainsi les 2e, 5e, 8e et 11e vers, à égale distance les uns des autres, se trouvait faire écho à la rime précédente: (AaBAaB/BbABbA). C'est un douzain croisé layé ou coppé (coupé).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:42

VI - Les Poèmes à forme fixe

L'Ode

Empruntée par les poètes au Grecs (sens étymologique: chant, poème lyrique accompagné de la lyre ou encore l'aède, le chantre, le poète), reprise au XVIe siècle par Ronsard, et employée par les poètes de la Pléiade, poème particulièrement lyrique, formellement très proche des stances, l'Ode provient de deux traditions antiques: l'Ode pindarique et l'Ode anacréontique.
L'Ode abordait des sujets solennels et sacrés, car elle mettait en scène des dieux et des héros. Elle pouvait posséder une forme fixe lorsqu'elle était composée d'une strophe, d'une anti-strophe et d'une épode, série qui se renouvelait plusieurs fois.
On distinguera, d'après les thèmes, l'Ode héroïque, à la louange des Grands (au style oratoire, volontiers mythologique), l'Ode légère, chantant l'amour, les plaisirs de la vie, l'Ode religieuse, l'Ode descriptive, l'Ode exprimant des sentiments personnels...

L'Ode pindarique

Poème épique ou lyrique imité de Pindare (518-438 av. J.-C), l'Ode du XVIe siècle, telle qu'elle apparaît dans «les poèmes I à XV» à l'exception de l'«Ode VIII» du «premier livre des Odes», chez Ronsard, adopte l'allure alerte, enthousiaste et vigoureuse du maître hellénique. À son exemple, l'Ode présente une structure tripartite susceptible d'être répétée: une strophe et une anti-strophe, d'un nombre égal de vers, se font contrepoids; elles sont suivies d'une épode généralement plus courte, au caractère conclusif.
Le mètre utilisé est court: quelquefois, c'est l'octosyllabe; une seule fois c'est l'hexasyllabe, et partout ailleurs, c'est l'heptasyllabe. Voici la répartition des mètres dans quelques-unes de ces Odes:

strophe anti-strophe épode
Ode I : [18 (vers de 8); 18 (vers de 8); 14 (vers de 7)] x 8
Ode II : [10 (vers de 7); 10 (vers de 7); 8 (vers de 7)] x 2
Ode III : [13 (vers de 7); 13(vers de 7); 10 (vers de 7)] x 3
Ode V : [15 (vers de 7); 15 (vers de 7); 19 (vers de 7)] x 1
Ode X : [12 (vers de 8); 12 (vers de 8); 10 (vers de 7)] x 24
Ode XV : [14 (vers de 6); 14 (vers de 6); 8 (vers de 6)] x 2

L'Ode strophique

À partir de l'«Ode XVI», Ronsard adopte des formes strophiques variées et abandonne la structure tripartite. En ce sens, le rythme initial de l'Ode, celui qui doit servir de patron à toutes les strophes de la même pièce de vers, est entièrement libre. C'est avec un véritable enthousiasme que les poètes de la Pléïade ont vanté cette liberté d'allure qui est le propre du genre.

L'Ode classique

Elle vise à donner l'impression de la grandeur morale ou de la grâce majestueuse; divisée en strophes régulières, pondérables, elle est formée de vers longs (dodésyllabes ou décasyllabes), soit isométriques, dans le genre le plus sérieux, soit hétérométriques dans le genre épique ou lyrique. Après les Odes de Ronsard, les grands poètes qui choisiront l'Ode strophique comme moyen d'expression, seront Malherbe avec ses «Grandes Odes», Jean-Baptiste Rousseau avec ses «Odes», Victor Hugo avec ses «Odes et Ballades».
La strophe de l'Ode par excellence est le dizain isométrique classique. C'est lui qui triomphe dans les «Odes héroïques» de Malherbe. Le schéma des rimes peut-être envisagé de deux manières: (abab//ccd/eed) ou (abab//cc//deed)

L'Ode romantique

Chez Victor Hugo, la strophe de l'Ode répond surtout au goût de la variété et de la métamorphose. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les premiers schémas des strophes hétérométriques des «Odes et Ballades», composées de dizain (12,12,12,8,12,8,8,12,12,8) de sizain (12x5+8) ou (12,12,8,8,8,8) ou (12,12,8,12,12,8), pour s'en faire une idée. Ces écourtements périodiques du vers au sein de la strophe lui prêtent une sorte de palpitation. De plus, Victor Hugo renouvelle le genre en faisant alterner fréquemment deux et même trois types de strophe.

L'Ode symboliste

Poème lyrique composé de verset courts réglés sur le souffle. Claudel nous en donne le modèle dans ces «Cinq Grandes Odes». En moyenne, le verset, qui semble d'origine biblique, comprend une ligne et demie à deux lignes. Il répond à des motivations syntaxiques, philosophiques, morales et scéniques.

Ni
Le marin, ni
Le poisson qu'un autre poisson à manger entraîne...

Et entre
Toutes vos créatures jusqu'à vous il y a comme un lien liquide.

L'eau
Toujours s'en vient retrouver l'eau
Composant une goutte unique.

Moi, l'homme,
Je sais ce que je fais

Quelle
Porte m'arrêterait? quelle muraille?...
(Claudel).


L'Odelette

L'Odelette ancienne

Petite Ode isométrique, de mètre court et ne comprenant qu'une strophe.
Les Odelettes que Ronsard a écrites dans «le livre IV des Odes», sont toutes, à l'exception d'un dizain à rimes plates, des douzains composés d'un sizain tripertitus (aab/ccb), d'un distique à rimes plates (dd) et d'un quatrain à rimes embrassées (effe).
Voici l'une d'elles:

Odelette XXVI

Venus est par cent mille noms
Et par cent mille autres surnoms
Des pauvres amans outragée:
L'un la dit plus dure que fer,
L'autre la surnomme un enfer,
Et l'autre la nomme enragée.
L'un l'appelle soucis et pleurs,
L'autre tristesse, et douleurs,
Et l'autre, la désespérée.
Mais moy, pource qu'elle a tousjours
Esté propice à mes amours,
Je la surnomme la sucrée.
(Ronsard)

L'Odelette moderne

Henri de Régnier, dans ses derniers recueils, a composé des Odelettes hétérométriques, composées de vers courts et de rares alexandrins ou décasyllabes; il y pique un ou deux vers impairs qui trahissent les mouvements émotifs d'un coeur étrangement sensible:

Odelette

Ce ne sera qu'une heure, il y aura peut-être
Du soleil sur l'herbe
Et du vent
Aux feuilles du vieux hêtre,
Et la fenêtre
Sera ouverte
Et doucement
Le rideau bougera comme une aile
D'oiseau vivant

Ce ne sera qu'une heure
Comme toutes celles que bat
L'antique horloge, une heure
Pareille à celle qui va
Venir et qui ne demeure
Que le temps qu'on la rie ou qu'on la pleure,
Ce ne sera qu'une heure,
Une heure où vous serez venue
Silencieuse et grave et chaste et lasse et nue.
(Vestigia Flammae)


Le Rondeau ancien ou Triolet ou Rondeau-Triolet

C'est une de nos plus anciennes formes de poèmes, et elle n'a point varié depuis le Moyen Âge. Le premier exemple qu'on en connaisse se trouve à la fin du XIIIe siècle dans le «Cloémadès» d'Adenès le Roy. Le rondeau est lié au chant et à la danse. Il signifie danse en rond.
À l'origine, il est composé d'une strophe unique dont la particularité est la présence d'un refrain.
La vogue du triolet ou rondeau ancien fut grande jusqu'à la Renaissance. On l'employait pour les vers d'amour; mais il se prête aussi au badinage et à la moquerie. Il disparaît à peut près de cette époque à la seconde moitié du XVIIe siècle.

Le Rondeau-Triolet simple

C'est le modèle le plus fréquemment employé. Il est basé sur une structure à huit vers sur deux rimes, le premier répété après le troisième, et le sixième suivi des deux premiers répétés. Le mètre employé sera le décasyllabe ou l'octosyllabe. On le trouve tantôt en strophes, tantôt isolèment: (A*B*AA*ABA*B*).

Blanche com lys, plus que rose vermeille,
Resplendissant com rubis d'Orient,
En remirant vo biauté non pareille,
[Blanche com lys, plus que rose vermeille,]
Suy si ravis que mon cuers toudis veille
Afin que serve à loy de fin amant,
[Blanche com lys, plus que rose vermeille,
Resplendissant com rubis d'Orient.]
(Guillaume de Machaut).

On dirait que le Rondeau est né d'une double paresse et d'une double rêverie.

Le Rondeau-Triolet doublé en la fin

C'est un Rondeau irrégulier; il insère deux vers supplémentaires dans le schème précédent, ce qui nous donne: (A*B*AA*ABBAA*B*).

Le Rondeau-Triolet double

Il comprend seize vers répartis en quatre quatrains , dont le dernier reprend entièrement le premier; en outre, les deux premiers vers du poème réapparaissent à la fin du second quatrain: (A*B*B**A**//ABA*B*//ABBA//A*B*B**A**).
Composé de vers de cinq syllabes, il est d'une sveltesse toute spirituelle:

La belle Rachel
A la taille fine.
Ses yeux d'aubergine
Ont un feu mortel.

Du bourg au castel
Chacun la lutine:
La belle Rachel
A la taille fine.

Vers son humble hôtel,
En manteau d'hermine
L'Amour s'achemine,
L'Amour au pluriel...

La belle Rachel
A la taille fine.
Ses yeux d'aubergine
Ont un feu mortel.

Le Rondeau-Triolet double demi-lai ou double Virelai

Le rondeau-triolet double reçoit chez Jean Molinet le nom de double virelai. Les Règles de la Seconde Rhétorique en fournissent un modèle et le nomme plus justement Rondeau-triolet double demi-lai. Il est composé d'un total de vingt vers en décasyllabe ou octosyllabe et de vers courts; en voici le schéma:
La quatrième strophe reprend textuellement la première strophe.
(A*a*å**B*B**A**//AaåBA*a*//AaåBA//A*a*å**B*B**A**)
(å ou å** = rime batelée au troisième vers de la strophe sur la quatrième syllabe).

Cet ogre d'Arlequin

– Qu'il fait bon la mirer!... Mais, j'ai grand-faim,
Dit Arlequin,
L'air badin, car tout me nuit et me pèse:
Qu'on m'apporte un melon et quelques fraises,
Noyé de champagne ou de marasquin!

Colombine offre un joli sein gredin,
Regard lutin:
– Pauvre mutin! prends-moi donc et me baise...
– Qu'il fait bon la mirer!... Mais, j'ai grand-faim,
Dit Arlequin.

– Je suis lassé des appas et des seins
quotidiens
Du libertin... - Il faut te mettre à l'aise,
Arlequin; je sais ton corps de braise,
Leste à me pourfendre de son surin.

– Qu'il fait bon la mirer!... Mais! j'ai grand-faim,
Dit Arlequin,
L'air badin, car tout me nuit et me pèse:
Qu'on m'apporte un melon et quelques fraises,
Noyé de champagne ou de marasquin!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:44

Le Rondel

Du Rondeau-Triolet sont sortis le Rondel et le Rondeau nouveau. Le Rondel eut sa période d'éclat entre le XIVe et le XVIe siècle. Abandonné pour le Rondeau nouveau aux XVIIe et XVIIIe siècles, il a été repris par les poètes du XIXe siècle.
Il se compose de treize ou quatorze vers construit sur deux rimes et le mètre en est l'octosyllabe et plus rarement le décasyllabe: ces treize ou quatorze vers se divisent en deux quatrains, – le premier à rimes embrassées, le second à rimes croisées, les deux premiers vers du premier quatrain reproduisant les deux derniers vers du dernier quatrain, – et en un sizain (plus rare) ou un quintil, au choix du poète, – les quatre premiers vers à rimes embrassées, le cinquième (quintil) et le sixième (sizain plus rare) reproduisant encore le premier et le second vers du premier quatrain: (A*B*BA//ABA*B*//A BBAA*(B*)).

Alez vous ant, allez, allé...

[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie,]
Me cuidez vous, toute ma vie,
Gouverner, comme fait avès?

Je vous prometz que non ferés,
Raison aura sur vous maistrie.
[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie!]

Se jamais plus vous retournés
Avecques vostre compaignie,
Je pri a Dieu qu'il vous maudie,
Et par qui vous revendrés:
[Alez vous ant, allez, allé,
Soussy, Soing et Merencolie!]
(Charles d'Orléans).

Le temps a laissié son manteau...

[Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,]
Et s'est vestu de brouderie,
Du soleil rayant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
[Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.]

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livree jolie,
Gouttes d'argent d'orfavrerie,
Chascun s'abille de nouveau:
[Le temps a laissié son manteau.]
(Charles d'Orléans).

Dieu! qu'il la fait bon regarder...

Dieu! qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle!
Pour les grans biens qui sont en elle,
Chacun est prest de la loüer.

Qui se pourrait d'elle lasser?
Tous jours sa beauté renouvelle.
[Dieu! qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle!]

Par deça, ne dela la mer,
Ne sçay dame ne damoiselle
Qui soit en tous bien parfais telle.
C'est un songe que d'y penser:
[Dieu! qu'il la fait bon regarder!]
(Charles d'Orléans).

Il est fréquent que le deuxième vers du refrain ne soit pas repris à la fin de la deuxième strophe, et comme nous l'avons vu parfois aussi à la troisième strophe, ce qui ramène le problème à sept vers:

Dedens mon Livre de Pensee...

Dedens mon Livre de Pensee,
J'ay trouvé escripvant mon cueur
La vraye histoire de douleur,
De larmes toute enlumince,

En deffassant la tresamee
Ymage de plaisant doulceur,
[Dedens mon Livre de Pensee.]

Helas! ou l'a mon cueur trouvee?
Lez grossez gouttez de sueur
Lui saillent, de peinne et labeur
Qu'il y prent, et nuit et journee,
[Dedens mon Livre de Pensee!]
(Charles d'Orléans).


Le Rondeau Nouveau

À l'origine, les Rondeaux Nouveaux ne sont point très différents des Rondels. On peut en suivre les transformations dans Villon et dans Octavien de Saint-Gelais (XVe siècle); mais c'est un peu plus tard qu'ils se constituèrent définitivement.
Le Rondeau Nouveau comprend treize vers et le mètre en est le décasyllabe: un quintil, un tercet (trois vers) et un quintil. Il est construit sur deux rimes dont la première est employée huit fois et l'autre cinq. A la fin du tercet et à la fin de la dernière strophe, on ajoute une clausule empruntée des quatre premières syllabes du premier vers du rondeau.
Avec Clément Marot, seul les quatre premières syllabes ou premier hémistiche du premier vers fera office de clausule et se retrouve donc comme vers finals des deux dernières strophes. Dans le cas de vers décasyllabiques on aura trois strophes ainsi rimées: (AABBA/AAB+R/AABBA+R).

[Ma foi, c'est fait] de moi; car Ysabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau:
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en eau, cinq en ème.
Je lui ferais aussi tôt un bateau.

En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en sept en invoquant BrOdeau,
Et puis mettons, par quelque stratagème,
[Ma foi, c'est fait.]

Si je pouvais encore de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajustés au niveau
[Ma foi, c'est fait.]
(Voiture).

Dans le cas de vers octosyllabiques, nous aurons une forme comprennant dix vers (et deux racines) sur deux rimes. On aura un quatrain à rimes embrassées, un distique reproduisant la moitié du premier couplet du point de vue des rimes et suivi d'une clausule à racine, un quatrain parallèle au premier et pourvu de la même clausule que le distique. On aura trois strophes ainsi rimées:
(ABBA/AB+R/ABBA+R)
On voit ici que dans le cas de l'octosyllabe, la racine du vers de huit ne saurait être définie, puisque l'octosyllabe n'a pas de césure imposée: ici, notre clausule à racine a deux syllabes. Ailleurs, elle en aura trois, mais il est vrai que c'est un cas exceptionnel. Le plus souvent, le Rondeau adopte le décasyllabe avec racine de quatre syllabes.

De l'amoureux ardant

Au feu qui mon cueur a choisy,
Jectez y, ma seule Deesse,
De l'eau de grace et de liesse,
Car il est consommé quasy.

Amour l'a de si près saisy
Que force est qu'il crie sans cesse
Au feu.

Si par vous en est dessaisy
Amour luy doint plus grand destresse
Si jamais sert autre maistresse:
Doncques, ma dame, courez-y
Au feu.
(Clément Marot).


Le Rondeau Layé

Les Rhétoriqueurs ont pratiqué le Rondeau Layé selon le schéma:
(A*10a4B10B10a4//A10a4B10A*4//A10a4B10B10a4A*10).


Le Rondeau Double Redoublé

C'est un Rondeau dans le schéma duquel les deuxième et troisième couplets sont deux fois répétés, ce qui donne sept couplets à refrain unique.


Le Rondeau Médiéval

La Bruyère nous cite cette forme proche du Rondeau Nouveau et du Rondeau Redoublé. Il s'agit d'un poème de quatorze vers en décasyllabes et deux clausules, répartis comme suit: deux quatrains sur deux rimes, croisées, suivis d'un vers de refrain écourté, la clausule, et un sizain, suivi de la clausule. Cela nous donne la formule: (A*BAB//ABAB+Rac de A*//CCDEED+Rac de A*) ou (CCDEDE+Rac de A*).

Bien à propos s'en vint Ogier en Fance
Pour le païs de mescreans monder:
Ja n'est besoin de conter sa vaillance,
Puiqu'ennemis n'osoient le regarder.

Or, quand il eut tout mis en assurance,
De voyager il voulut s'enharder;
En paradis trouva l'eau de jouvance,
Dont il se sçeut de vieillesse engarder
Bien à propos.

Puis par cette eau son corps tout decrepite
Transmué fut par manière subite
En jeune gars, frais, gracïeux et droit.
Grand dommage est que cecy soit sornettes;
Filles connoy qui ne sont pas jeunettes,
A qui cette eau de jouvance viendront
Bien à propos.


Le Rondeau Redoublé

Enfin, le Rondeau Nouveau a donné naissance au Rondeau Redoublé, lequel se divise en six quatrains sur deux rimes, décasyllabes à rimes croisées, très rarement en octosyllabe, le deuxième quatrain ayant pour refrain le premier vers du premier quatrain en son entier, le troisième le deuxième vers, le quatrième le troisième vers, le cinquième le quatrième vers, le sixième et dernier quatrain a pour clausule le premier hémistiche du premier vers du Rondeau. Le sixième quatrain porte le titre d'Envoi.
(A*B*A**B**/BABA*/ABAB*/BABA**/ABAB**/BABA+Rac de A*).

Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés,
Beaux et tournés d'une fine manière,
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.

A six quatrains les vers en sont réglés
Sur double rime et d'espèce contraire.
Rimes où soient douze mots accouplés,
[ Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère.]

Doit au surplus fermer son quaternaire
Chacun des vers au premier assemblés,
Pour varier toujours l'intercadaire
[De ces rondeaux qu'on nomme redoublés.]

Puis par un tour, tour des plus endiablés,
Vont à pieds joints, sautant la pièce entière,
Les premiers mots qu'au bout vous enfilez,
[Beaux et tournés d'une fine manière.]

Dame Paresse, à parler sans mystère,
Tient nos rimeurs de sa cape affublés:
Tout ce qui gène est sûr de leur déplaire,
[Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.]

Ceux qui de gloire étaient jadis comblés,
Par beau labeur en gagnaient le salaire:
Ces forts esprits aujourd'hui cherchez-les;
Signe de croix on aura lieu de faire,
[Si l'on en trouve.]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Amour des mots
Admin
Admin


Féminin
Nombre de messages : 682
Age : 42
A votre service :
Points : 3472
Réputation : 5
Date d'inscription : 13/04/2008

MessageSujet: Re: La Versification française   Dim 4 Mai 2008 - 12:45

VII - Les pièces courtes ou genres courts

L'Épigramme

L'Épigramme, emprunté au Grecs, est un bref poème que termine une pointe (expression ingénieuse, piquante, un trait d'esprit, une trouvaille d'une recherche parfois affectée), d'ordinaire satirique, dévoilé dans le dernier vers.


Le Valentin

Le Valentin, est un Madrigal épigrammatique écrit par une jeune fille à l'ami de son choix ou, inversement, par le jeune homme à celle qui l'a désigné, – et par extension, un billet, une déclaration d'amour, un reproche amoureux.
Il est probable que ce genre de poème est né à l'ancienne coutume selon laquelle la jeune fille choisissait, le 14 février, jour de la Saint-Valentin, un jeune homme de son goût, qui était tenu de lui offrir un présent et, parfois, semble-t-il, quelques lignes ou vers de sa composition.


Le Monostique

Le Monostique est un épigramme, une inscription, un poème composé d'un seul vers.
Apollinaire résume, dans un Monostique, conçu à la manière d'un Haïku, la rumeur de la mer et la belliqueuse monotonie de ses flots enchaînés:

Et l'unique cordeau des trompettes marines


L'Épitaphe

L'Épitaphe (mot également grec) est un court poème destiné à servir d'inscription funéraire. Elle imite les inscriptions lapidaires que l'on trouve sur les pierres tombales.


Le Quatrain

Le Quatrain (employé seul) est une forme privilégiée, surtout d'inspiration morale ou religieuse.


Le Madrigal

Le Madrigal est un bref compliment en vers, exprimant des sentiments tendres et galants, adressé à une dame; sans aucune loi de rimes ni de rythme, il vaut surtout par son ingéniosité.


Petit Traité de Versification Française
VIII - Les formes non-strophiques

L'Élégie

L'Élégie, qui remonte aux Grecs (sens étymologique: chant de deuil), est un poème lyrique spécialisé dans l'expression des sentiments mélancoliques, provoqués par un amour malheureux, mais susceptible aussi de développements moraux ou philosophiques.


L'Épître

L'Épître est une lettre écrite en décasyllabes. Ses rimes sont plates. Elles traitent tous les sujets, de l'allégorie ou du discours morale lorsqu'elle est mise dans la bouche de personnages imaginaires, jusqu'aux thèmes familiers et aux requêtes.


L'Hymne

L'Hymne est avant tout un poème religieux.


Le Discours

Le Discours est un morceau d'éloquence en vers, de caractère politique, moralisateur, religieux, etc.


La Satire

La Satire qu'illustrèrent les latins est un poème qui s'en prend aux individus, aux moeurs, aux vices, à toutes sortes de défauts, et qui n'hésite pas à nommer ses victimes.


Les Récits versifiés

Les Récits versifiés sont de longs poèmes:

• Véritables épopées, conçues enfin selon des règles tirés d'Homère et de Virgile, qui célébrent héros et grands faits mêlant l'histoire à la légende, qui exaltent de grands sentiments collectifs, faisant appel au merveilleux.

• Les Églogues ou Bergeries qui mettent en scène des amours champêtres de bergers et de bergères dans un cadre rustique souvent inspiré des poèmes antiques de Virgile ou Théocrite.

• Romans en vers qui sont des récits d'aventures, d'histoires fabuleuses, mythologiques

• Poèmes didactiques qui visent à instruire, à enseigner...


Petit Traité de Versification Française
IX - Quelques précisions

Forme régulière

Ce peut être une forme fixe ou une succession de strophes régulières. Dans les deux cas, les écarts éventuels sont significatifs (exemple: odelette, sonnet, etc.).


Vers libres

Le vers libre classique

C'est un système de vers hétérométriques à rimes mêlées; il est composé de mètres pairs. Exceptionnellement, ce vers libre admet un vers dont la rime fait écho à celle du vers précédent. Telle est la formule adoptée par La Fontaine dans ses «Fables», par Molière. Il est vrai que le fabuliste avaient déjà trouvé et appliqué le vers libre dans ses «Nouvelles en vers».

Le vers libre symboliste

Il est né en 1886, du besoin d'un renouvellement des formes et d'une ardente aspiration à la liberté. A priori il n'existe aucune technique uniforme du vers libre symboliste: chaque poète a créé son propre instrument.
Au milieu du XIXe siècle, les poètes s'affranchissent des règles et créent leurs propres formes poétiques. Le poète n'obéit plus à un mètre établi et c'est souvent au lecteur de déterminer le rythme du poète: des mètres différents alternent et suscitent un rythme; les rimes ne sont plus systématiques; elles sont souvent remplacées par des assonances en fin de vers qui peuvent être soutenues par un réseau assez denses d'allitérations.


Calligramme

On appelle ainsi un poème dont les vers ont une disposition typographique qui évoque la forme d'un objet simple, aisément reconnaissable.
Dans son recueil «Calligrammes» Guillaume Apollinaire a présenté des poèmes évoquant tour à tour, une montre, une mandoline, une cravate, etc.


La Fable

La Fable est une forme très ancienne, héritée de l'Antiquité (Ésope ou Phèdre). On peut également la rapprocher du Roman de Renart ou des Fabliaux du moyen Âge.
La Fable raconte une petite histoire dont les personnages sont souvent des animaux. Elle a une visée satirique et une portée morale qui peut-être soulignée au début ou à la fin par une maxime générale.


Les Stances

Le mot «stance» signifie «strophe». Les Stances sont donc une série de strophes identiques aux mètres variés. Elles sont souvent énoncées à la deuxième personne. Dans une pièce en vers, elles sont intégrées au monologue. Les Stances sont souvent des poèmes lyriques qui témoignent d'une méditation personnelle sur la vie, qui sont d'inspiration souvent grave, parfois amoureuse.


Qu'est-ce qu'un verset

Le verset est un énoncé poétique dépassant le plus souvent une ligne et signalé par un alinéa. Il est imité de la Bible. Il est décomposable en unités métriques plus petites.


Poème en prose

Toute référence à la forme poétique est abandonnée; le poème n'est pas présenté en vers. La poésie est présente dans le jeu avec le son et le sens des mots, dans les rythmes de la phrase, dans les images et les figures de style.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://lyceemarocain.forumpersos.com
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La Versification française   Aujourd'hui à 12:24

Revenir en haut Aller en bas
 
La Versification française
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Initiation à la vie politique Française Option B
» [Autorité héraldique] [BELGIQUE] Communauté française de Belgique : du nouveau !
» Cabale Française ?
» Petit débat sur la nécessité d'inscrire la gastronomie française au patrimonie mondial de l'UNESCO
» [En ligne] Armorial de la noblesse française (XVII-XIX)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Lycée Virtuel Marocain :: Prosodie (pour les amateurs de la poésie) :: Techniques de la poésie-
Sauter vers: