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 Que signifie un Sonnet ?

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Riham
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MessageSujet: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 5:53

1. Temps et lieux.
Début. Le sonnet apparaît en Sicile au XIIIe siècle à la cour de Frédéric II de Hohenstaufen, sous la plume du poète Giacomo da Lentini.
Fin. Il s'écrit encore des sonnets de nos jours. Même après des siècles d'existence, le sonnet n'est pas considéré comme un genre périmé (cf. 6).
Lieu. Durant les deux premiers siècles qui ont suivi son apparition, le sonnet ne s'est pratiqué qu'en Italie. À la Renaissance, il s'est répandu à travers une partie de l'Europe: en France, en Espagne, au Portugal, en Angleterre, en Allemagne, dans les Pays-bas. Son expansion géographique s'est poursuivie au XIXe siècle dans le reste de l'Europe et, un peu plus tard, dans le reste du monde occidental.

2. Auteurs et oeuvres.
Cavalcanti (1255-1300), Rimes.
Dante (1265-1321), Vita Nuova.
Pétrarque (1304-1374), Canzoniere.
Joachim du Bellay (1522-1560), les Regrets.
Pierre de Ronsard (1524-1585), les Amours.
Camoens (1524-1580), Poésies.
Gongora (1561-1627), les Solitudes.
Shakespeare (1564-1616), Sonnets.
John Donne (1573-1631), Sonnets sacrés.
Nerval (1808-1855), les Chimères.
Baudelaire, (1821-1867), les Fleurs du mal.
Mallarmé (1842-1898), Poésies.
Rimbaud (1854-1891), Poésies.
Rainer Maria Rilke (1875-1926), les Sonnets à Orphée.
Wallace Stevens (1879-1955), Poésies complètes.
Robert Marteau (1925-), Élégie.

3. Définition et fonction dans la société.
Le sonnet est un poème lyrique composé la plupart du temps de quatorze vers distribués en deux quatrains et deux tercets, et obéissant à des règles strictes quant à la disposition des rimes. Sa forme régulière, symétrique et contraignante favorise la précision, la concision et la suggestion (Baudelaire: "Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense"); elle empêche le poète de céder aux facilités du lyrisme. Les rimes et le mouvement des strophes permettent des jeux d'oppositions et de correspondances qui expriment les tensions, la complexité de la vie intérieure du poète. Le sonnet est donc caractérisé par une forte cohérence interne. En outre, il peut y avoir une parfaite concordance entre le contenu et la forme.

Depuis Pétrarque, le sonnet a presque constamment joui d'un grand prestige. Il s'agit sans doute du genre littéraire qui s'est le plus pratiqué en Occident durant les cinq derniers siècles (on estime à 45 000 le nombre de sonnets qui ont été publiés en France, au XVIe siècle seulement).

Beaucoup de grands écrivains de la littérature universelle ont écrit des sonnets. Cependant, aucun poète n'a pratiqué ce genre littéraire d'une manière exclusive. L'extraordinaire popularité du sonnet tient en partie à sa forme fixe, qui fait de lui un moule commode pour les poètes sans inspiration. On s'en est servi souvent pour des poèmes de circonstance.

Le sonnet s'adresse à un public de choix, capable d'apprécier les richesses et les nuances du vers et de la rime; c'est un genre noble. C'est pourquoi les sonnettistes ont été longtemps des poètes de cours et de châteaux (au XVIIe siècle, ils étaient très populaires dans les salons).

Le sonnet a joué un grand rôle dans la définition d'une nouvelle poésie en France à la Renaissance (avec la Pléiade) et surtout au XIXe siècle. Baudelaire, et à sa suite Verlaine, Mallarmé et Rimbaud ont réintroduit en poésie le sonnet que le Siècle des Lumières avait dédaigné, et lui ont fait subir des transformations majeures (dislocation du vers et nouvelle disposition des rimes) dans le but d'exprimer une nouvelle conception du monde.

Malgré les variations sur la disposition des rimes et des strophes, le sonnet a conservé à peu près la même forme à travers les siècles. Son contenu cependant présente une grande diversité: le sonnet est la plupart du temps sentimental (c'est- à-dire qu'il exprime les états d'âme d'un individu), mais il peut aussi être satirique, politique, moral, religieux, réaliste, burlesque. Deux grands moments du sonnet: à la Renaissance, avec les poètes de La Pléiade; au XIXe siècle, de Baudelaire à Mallarmé, après environ deux siècles d'éclipse relative.

4. Origines et postérité.
Origines. Sonnet vient de l'italien sonneto (diminutif de suono) qui veut dire petit son: le sonnet à ses débuts était chanté ou récité avec un accompagnement musical. Il n'avait alors qu'un seul contenu: l'amour allégorique et mythique. Il est né d'une série d'expérimentations faites par des poètes italiens sous l'influence de plusieurs genres littéraires: le lais et le canzoni des troubadours et des trouvères, le qasida et le ghazel des poètes du Proche-Orient, la poésie scaldique des Vikings, le motet et l'hymne des moines, le tenzoni des Italiens, etc.

Postérité. Le sonnet continue d'être pratiqué au XXe siècle par des poètes comme Louis Aragon et Philippe Jaccottet. En 1992, un important recueil de sonnets a été publié en France: il s'agit de Liturgie de Robert Marteau. Ce sont des sonnets assez libres dans leur forme (ex.: il n'y a pas toujours de rimes). Le fait d'écrire des sonnets à la fin du XXe siècle est fortement significatif: cela marque une prise de position contre les principes de l'écriture poétique moderne: rupture avec le passé, absence d'unité et de continuité, etc.
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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 5:59

Le sonnet


Merci chère Riham pour ta précieuse intervention

D'origine italienne (XIII° siècle), il s'est implanté dans toute l'Europe au cours de la Renaissance. En France, les poètes du XVI° siècle, Marot, Du Bellay, Ronsard, Louise Labé en ont fait leur genre de prédilection. Les poètes de la deuxième moitié du XIX° siècle (Baudelaire, Gautier, les parnassiens D'origine

Le Sonnet est un "poème à forme fixe". Il suit obligatoirement une règle d'organisation strophique fondée sur la succession de deux quatrains et de deux tercets.

[size=18] Le système de rimes obéit à certaines contraintes qui ont cependant beaucoup varié avec le temps, et selon les traditions nationales. Pour les quatrains, jusqu'au XVI° siècle, l'usage dominant est la rime embrassée (abba / abba) identique dans les deux strophes (mais Shakespeare pratique : abab / cdcd). Pour les tercets, il n'y a pas de règle mais un usage différent selon les poètes ou les traditions nationales : rimes italiennes (cdc / dcd); françaises (ccd /ede); marotiques (ccd / eed); shakespeariennes (efef / gg). Au XIX° siècle l'usage se diversifie considérablement : Baudelaire pratique des systèmes de rimes différents d'un sonnet à l'autre. Banville, plus orthodoxe, paraît archaïque.

Au delà de ces règles, le Sonnet respecte plus ou moins certaines modalités de construction qui constituent un art de la composition, indissociable du genre :

- la chute : le dernier vers du sonnet doit apparaître comme une brève conclusion, brillamment formulée. Ce sera une image expressive résumant le tableau décrit par le poème, une formule satirique spirituelle (une "pointe"), un effet de surprise, une sorte de morale éclairant le sens du texte, etc... (voir sur ce point le développement de Banville dans son Petit traité du sonnet
).

- la division du sonnet en deux blocs : bloc des quatrains, bloc des tercets. Quatrains et tercets déterminent souvent deux parties qui peuvent être :



  • les deux membres d'une comparaison, exemple : Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,de Ronsard.

  • les deux membres d'une opposition, exemple : Las, où est maintenant ce mépris de Fortune de Du Bellay.
  • deux thèmes distincts liés entre eux, exemple : Le mal de Rimbaud


- la progression : certains sonnets sont moins fondés sur une division en deux blocs que sur une progression constante orientée vers la chute. Exemples :
Marcher d'un grave pas, et d'un grave sourcil, de Du Bellay; Le dormeur du val de Rimbaud.


Théodore de Banville, Petit traité sur le Sonnet


Le Sonnet est toujours composé de deux quatrains et de deux tercets.

Dans le Sonnet régulier - riment ensemble :
1° le premier, le quatrième vers du premier quatrain ; le premier et le quatrième vers du second quatrain ;
2° le second, le troisième vers du premier quatrain ; le second et le troisième vers du second quatrain ;
3° le premier et le second vers du premier tercet ;
4° le troisième vers du premier tercet et le second vers du second tercet ;
5° le premier et le troisième vers du second tercet.

Si l'on introduit dans cet arrangement une modification quelconque,
Si l'on écrit les deux quatrains sur des rimes différentes,
Si l'on commence par les deux tercets, pour finir par les deux quatrains,
Si l'on croise les rimes des quatrains
Si l'on fait rimer le troisième vers du premier tercet avec le troisième vers du deuxième tercet - ou encore le premier vers du premier tercet avec le premier vers du du deuxième tercet,
Si enfin on s'écarte, pour si peu que ce soit, du type classique,

Le Sonnet est irrégulier.
(...)
Le dernier vers du Sonnet doit contenir un trait - exquis, ou surprenant, ou excitant l'admiration par sa justesse et par sa force.
Lamartine disait qu'il doit suffire de lire le dernier vers d'un Sonnet ; car, ajoutait-il, un Sonnet n'existe pas si la pensée n'en est pas violemment et ingénieusement résumée dans le dernier vers.
Le poète des Harmonies partait d'une prémisse très juste, mais il en tirait une conclusion absolument fausse.

OUI, le dernier vers du Sonnet doit contenir la pensée du Sonnet tout entière. - NON, il n'est pas vrai qu'à cause de cela il soit superflu de lire les treize premiers vers du Sonnet. Car dans toute oeuvre d'art, ce qui intéresse, c'est l'adresse de l'ouvrier, et il est on ne peut plus intéressant de voir :
Comment il a développé d'abord la pensée qu'il devait résumer ensuite,
Et comment il a amené ce trait extraordinaire du quatorzième vers - qui cesserait d'être extraordinaire s'il avait poussé comme un champignon.
Enfin, un Sonnet doit ressembler à une comédie bien faite, en ceci que chaque mot des quatrains doit faire deviner - dans une certaine mesure - le trait final, et que cependant ce trait final doit surprendre le lecteur - non par la pensée qu'il exprime et que le lecteur a devinée -, mais par la beauté, la hardiesse et le bonheur de l'expression. C'est ainsi qu'au théâtre un beau dénouement emporte le succès, non parce que le spectateur ne l'a pas prévu - il faut qu'il l'ait prévu -, mais parce que le poète a revêtu ce dénouement d'une forme plus étrange et plus saisissante que ce qu'on pouvait imaginer d'avance.
tr][/tr]
Ronsard, Amours de Marie, 1556.
Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube, de ses pleurs, au point du jour l'arrose;


La Grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur,
Languissante, elle meurt, feuille à feuille déclose;


Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.


Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.



Joachim du Bellay, Les Regrets, 1558.


Las (1), où est maintenant ce mépris de Fortune(2) ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l'immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?



Où sont ces doux plaisirs, qu'au soir sous la nuit brune
Les Muses me donnaient, alors qu'en liberté
Dessus le vert tapis d'un rivage écarté
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?


Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,
Et mon cœur qui soulait(3) être maître de soi
Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuient(4).


De la postérité je n'ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges(5), s'enfuient.


________

1) hélas. (2) personnification du destin.
(3) avait l'habitude de. (4) me tourmentent.
(5) étrangères.





Dernière édition par Amour des mots le Mer 23 Juil 2008 - 19:39, édité 25 fois
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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:15

Evolution de la structure du sonnet

Le sonnet, malgré sa structure rigide (ou parce que sa structure était rigide) a connu de nombreuses variations selon l'époque, le pays, tant dans la construction strophique que dans l'agencement des rimes.
Sonnet italien des origines, sonnet pétrarquiste, sonnet marotique, sonnet français, sonnet shakespearien, et sonnets variés nombreux au XIX° avec Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, autant de formes que vous pouvez découvrir ou réviser.





Pétrarque
Benedetto sia 'l giorno, e 'l mese, e l'anno,
e la stagione, e 'l tempo, e l'ora, e 'l punto,
e 'l bel paese, e 'l loco ov' io fui giunto
da' duo begli occhi, che legato m'hanno ;

e benedetto il primo dolce affanno
ch'i' ebbi ad esser con Amor congiunto,
e l'arco, e le saette ond'i' fui punto,
e le piaghe che 'n fin al cor mi vanno.

Benedetto le voci tante ch'io
chiamando il nome de mia donna ho sparte,
e i sospiri, e le lagrime, e l' desio ;

e benedetto sian tutte le carte
ov'io fama l'acquisto, e l' pensier mio,
ch'è sol di lei, si ch' altra non v' ha parte.
Traduction
Ah, bénis soient le jour, et le mois, et l'année,
La saison, le moment, l'heure et l'instant précis,
Le beau pays, l'endroit où je fus pris
Par les deux beaux yeux qui m'ont enchainé.

Béni soit le premier tourment, si doux,
Que j'éprouvai au contact de l'amour,
Bénis soient l'arc, les traits qui m'ont percé
Et leurs plaies qui jusqu'à mon coeur pénètrent.

Bénis les mille appels que je lançai
En invoquant le prénom de ma Dame,
Tant de soupirs, de larmes, de désirs ;

Et bénis soient aussi tous les écrits
Où je bâtis sa gloire , et bénie ma pensée
Qui n'est qu'à elle, et qu'aucune autre ne partage.







Shakeaspeare - Sonnet
When I do couint the clock that tells the time,
And see the brave day sunk in hideous night ;
When I behold the violet past prime,
And sable curls all silver'd o'er with white ;
When lofty trees I see barren of leaves,
Which erst from heat did canopy the herd,
And summer's green all girded up in sheaves
Borne on the bier with white and bristly heard ;
Then of thy beauty do I question make
That thou among the wastes of time must go,
Since sweets and beauties do themselves forsake,
And die as fast as they see others grow ;

And nothing 'gainst Time's scythe can make defence
Save breed, to brave him when he takes thee hence ?
Traduction
Quand j'écoute l'horloge égreneuse du temps
Et vois le jour se fondre en nuit hideuse et noire,
Violette, à mes yeux s'effacer ton printemps
Et les boucles de jais prendre pâleur d'ivoire,
Les grands arbres encor des feuilles dépouillés
Dont le troupeau lassé cherchait l'abri naguère,
Les verts épis de juin en gerbes reliés,
Hirsutes et blanchis portés sur une bière,
Alors sur ta beauté je rêve et j'aperçois
Qu'il te faudra du Temps joindre l'empire sombre,
Car douceurs et beautés, oublieuses de soi,
Meurent dès qu'elles voient leurs sœurs sortir de l'ombre ;

Et, sinon des enfants, qui te protègera
Contre la faux du temps lorsqu'elle t'atteindra ?









Sonnets de Baudelaire
Exemple n° 1 (marotique) BOHEMIENS EN VOYAGE - FdM, XIII -

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.


Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.


Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,


Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.


Exemple n° 2 (français) - PARFUM EXOTIQUE - FdM, XXII -

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;


Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.


Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,


Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Exemple n° 3 - L'ENNEMI - FdM, X -

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.


Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.


Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?


O douleur ! ô douleur ! le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


Exemple n° 4 - L'IDEAL - FDM, XVIII -

Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.


Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,
Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,
Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.


Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme,
C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,
Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans ;


Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel-Ange,
Qui tors paisiblement dans une pose étrange
Tes appas façonnés aux bouches des Titans !


Exemple n° 5 - ALCHIMIE DE LA DOULEUR FDM, LXXXI -

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un: sépulture !
Dit à l'autre: vie et splendeur !


Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes;


Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer;
Dans le suaire des nuages


Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.


Exemple n° 6 - DE PROFUNDIS CLAMAVI - FDM, XXX -

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;


Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;
C'est un pays plus nu que la terre polaire ;
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !


Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;


Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide !


Exemple n° 7 - SONNET D'AUTOMNE FdM, LXIV -

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal:
"Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ?"
- Sois charmante et tais-toi ! mon coeur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l'antique animal,


Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m'invite,
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l'esprit me fait mal !


Aimons-nous doucement. L'Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal:


Crime, horreur et folie ! -ô pâle marguerite !
Comme moi n'es-tu pas un soleil automnal,
O ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?


Exemple n° 8. LA VIE ANTERIEURE - FDM, XII -

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.


Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.


C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,


Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.


Exemple n° 9 - LA BEAUTE - FdM, XVII -

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.


Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.


Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;


Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:40

Entre quatrains et tercets, la charnière (ou volta)

Le sonnet, outre la chute, possède souvent une charnière, un tournant – que les Italiens appelaient VOLTA – entre les quatrains et les tercets. Les sonnets qui sont bâtis sur une progression constante n’ont pas en principe de charnière.
Cette charnière peut introduire (parmi bien d'autres possibilités !) :

1-
le second membre d’une opposition
2-
le second membre d’une comparaison et un glissement de personne
3-
un second thème lié au premier



La charnière vue par deux poètes :
Banville

A propos du Sonnet, méditer avec grand soin les observations suivantes :
1° La forme du Sonnet est magnifique, prodigieusement belle - et cependant infirme en quelque sorte ; car les tercets, qui à eux forment six vers, étant d'une part physiquement plus courts que les quatrains, qui à eux deux forment huit vers -, et d'autre part semblant infiniment plus courts que les quatrains - à cause de ce qu'il y a d'allègre et de rapide dans le tercet et de pompeux et de lent dans le quatrain; - le Sonnet ressemble à une figure dont le buste serait trop long et les jambes trop grêles et trop courtes. Je dis ressemble, et je vais au-delà de ma pensée. Il faut dire que le Sonnet ressemblerait à une telle figure, si l'artifice du poète n'y mettait bon ordre.
L'artifice doit donc consister à grandir les tercets, à leur donner de la pompe, de l'ampleur, de la force et de la magnificence. Mais ici il s'agit d'exécuter ce grandissement sans rien ôter aux tercets de leur légèreté et leur rapidité essentielles.
Aragon

De cette pensée musicalement prisonnière on s'évadera, dans les tercets, en renonçant à ce jeu pour des rimes nouvelles : et c'est ici la beauté sévère des deux vers rimant qui se suivent immédiatement, pour laisser le troisième sur sa rime impaire demeurée en l'air, sans réponse jusqu'à la fin du sonnet, comme une musique errante.
Car le tercet, au contraire du quatrain fermé, verrouillé dans ses rimes, semble rester ouvert, amorçant le rêve. Et lui répond, semblable, le second tercet. C'est ainsi, au corset étroit des quatrains dont la rime est au départ donnée, que s'oppose cette évasion de l'esprit, cette liberté raisonnable du rêve, des tercets.




- la charnière introduit le second membre d’une opposition

Joachim du Bellay - Regrets


Jules Laforgue - Sonnet de printemps


Charles Baudelaire - Le Couvercle






- la charnière introduit le second membre d’une comparaison et un glissement de personne

Charles Baudelaire - La Cloche fêlée


Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

Leconte de Lisle - Les Montreurs

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,
La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son coeur ensanglanté,
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !

Pour mettre un feu stérile en ton oeil hébété,
Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.

Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussè-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse ou mon mal,

Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.




- la charnière introduit un second thème lié au premier

Rimbaud - Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !... -

- Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !


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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:45

Une des caractéristiques essentielles du sonnet :
la chute (ou pointe ou concetto)



1. La chute vue par Banville
Le dernier vers du Sonnet doit contenir un trait - exquis, ou surprenant, ou excitant l'admiration par sa justesse et par sa force.
Lamartine disait qu'il doit suffire de lire le dernier vers d'un Sonnet ; car, ajoutait-il, un Sonnet n'existe pas si la pensée n'en est pas violemment et ingénieusement résumée dans le dernier vers.
Le poète des Harmonies partait d'une prémisse très juste, mais il en tirait une conclusion absolument fausse.
OUI, le dernier vers du Sonnet doit contenir la pensée du Sonnet tout entière. - NON, il n'est pas vrai qu'à cause de cela il soit superflu de lire les treize premiers vers du Sonnet. Car dans toute oeuvre d'art, ce qui intéresse, c'est l'adresse de l'ouvrier, et il on ne peut plus intéressant de voir :
Comment il a développé d'abord la pensée qu'il devait résumer ensuite,
Et comment il a amené ce trait extraordinaire du quatorzième vers - qui cesserait d'être extraordinaire s'il avait poussé comme un champignon.
Enfin, un Sonnet doit ressembler à une comédie bien faite, en ceci que chaque mot des quatrains doit faire deviner - dans une certaine mesure - le trait final, et que cependant ce trait final doit surprendre le lecteur - non par la pensée qu'il exprime et que le lecteur a devinée -, mais par la beauté, la hardiesse et le bonheur de l'expression. C'est ainsi qu'au théâtre un beau dénouement emporte le succès, non parce que le spectateur ne l'a pas prévu - il faut qu'il l'ait prévu -, mais parce que le poète a revêtu ce dénouement d'une forme plus étrange et plus saisissante que ce qu'on pouvait imaginer d'avance.



2. Exemples illustrés de chute

=> le dernier trait d'un tableau



=> une conclusion démonstrative


=> une dernier pointe satirique

=> une surprise ... préparée


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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:49

Quelques exemples de structures autour de comparaisons


RONSARD - Amours de Marie. II, 4

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube, de ses pleurs, au point du jour l'arrose;


La Grâce sans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur,
Languissante, elle meurt, feuille à feuille déclose;


Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.


Pour obsèques reçois mes marmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.





RONSARD - Amours de Cassandre, LIX

Comme un chevreuil, quand le printemps détruit
Du froid hiver la poignante gelée
Pour mieux brouter la feuille emmiellée,
Hors de son bois avec l'aube s'enfuit;


Et seul, et sûr, loin de chiens et de bruit,
Or' sur un mont, or' dans une vallée,
Or' près d'une onde à l'écart recélée,
Libre, folâtre où son pied le conduit;


De rets ne d'arc sa liberté n'a crainte,
Sinon alors que sa vie est atteinte
D'un trait meurtrier empourpré de son sang;


Ainsi j'allais, sans espoir de dommage,
Le jour qu'un oeil, sur l'avril de mon âge,
Tira d'un coup mille traits en mon flanc.





DU BELLAY - Regrets, XXXI

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !


Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison,
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage ?


Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine;


Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.





RONSARD- Pièces retranchées des Amours

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,
Chutes à terre elles fussent demain.


Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps cherront toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.


Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame;
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
Et tôt seront étendus sous la lame !


Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle,
Pour c'aimez-moi cependant qu'êtes belle.





DU BELLAY - Regrets, XVI

Cependant que Magny suit son grand Avanson,
Panjas son cardinal, et moi le mien encore,
Et que l'espoir flatteur, qui nos beaux ans dévore,
Appâte nos désirs d'un friand hameçon,


Tu courtises les rois, et, d'un plus heureux son,
Chantant l'heur de Henri, qui son siècle décore,
Tu t'honores toi-même, et celui qui honore
L'honneur que tu lui fais par ta docte chanson.


Las ! et nous cependant nous consumons notre âge
Sur le bord inconnu d'un étrange rivage,
Où le malheur nous fait ces tristes vers chanter,


Comme on voit quelquefois, quand la mort les appelle,
Arrangés flanc à flanc parmi l'herbe nouvelle,
Bien loin sur un étang trois cygnes lamenter.





DU BELLAY - Les Antiquités de Rome, XXX

Comme le champ semé en verdure foisonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se hérisse en épi florissant,
D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne;


Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyants cheveux du sillon blondissant,
Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant
Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne;


Ainsi de peu à peu crut l'empire romain,
Tant qu'il fut dépouillé par la barnare main,
Qui ne laissa de lui ces marques antiques


Que chacun va pillant, comme on voit le glaneur,
Cheminant pas à pas, recueillir les reliques
De ce qui va tombant après le moissonneur.
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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:50

Quelques exemples d'opposition

1. Louise Labé



2. Du Bellay - Regrets

_________________
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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:51

Deux exemples de sonnets en vers rapportés

1. Jean de Sponde (1557-1595)


2. Etienne Jodelle


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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:51


Un exemple de sonnet satirique à progression constante

La surcharge satirique des infinitifs qui évoquent le comportement des courtisans romains débouche sur une puissante antiphrase.


Du Bellay - Regrets ,




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MessageSujet: Re: Que signifie un Sonnet ?   Mar 29 Avr 2008 - 6:59

Quelques textes sur le sonnet




1. Nicolas Boileau - Art poétique
2. Anonyme du XVIIIème siècle
3. Théophile Gautier - Le Sonnet
4. Petit traité sur le Sonnet de Théodore de Banville
5. Baudelaire - Fusées
6. Tristan Corbière - Sonnet
7. Louis Aragon




Nicolas Boileau - Art poétique

On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre,
Voulant pousser à bout tous les rimeurs français,
Inventa du sonnet les rigoureuses lois ;
Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât huit fois l'oreille ;
Et qu'ensuite six vers artistement rangés
Fussent en deux tercets par le sens partagés.
Surtout de ce poème il bannit la licence :
Lui-même en mesura le nombre et la cadence ;
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.

Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême :
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.
Mais en vain mille auteurs y pensent arriver ;
Et cet heureux phénix est encore à trouver.

A peine dans Gombaut, Maynard et Malleville,
En peut-on admirer deux ou trois entre mille.
Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier,

N'a fait de chez Sercy, qu'un saut chez l'épicier.
Pour enfermer son sens dans la borne prescrite,
La mesure est toujours trop longue et trop petite.


Anonyme du XVIIIème siècle

Veux-tu savoir les lois du sonnet ? Les voilà:
Il célèbre un héros ou bien une Isabelle.
Deux quatrains, deux tercets ; qu'on se repose là;
Que le sujet soit un, que la rime soit belle.


Il faut dès le début qu'il attache déjà
Et que jusqu'à la fin le génie étincelle;
Que tout y soit raison; jadis on s'en passa;
Mais Phébus le chérit, ainsi que sa prunelle.


Partout dans un beau choix que la nature s'offre;
Que jamais un mot bas, tel que cuisine ou coffre,
N'avilisse le vers majestueux et plein.


Le lecteur chaste y veut une muse pucelle,
Afin qu'aux derniers vers brille un éclat soudain,
Sans ce vain jeu de mots où le bons sens chancelle.


Théophile Gautier

LE SONNET

A maître Claudius Popelin, émailleur et poète

Les quatrains du Sonnet sont de bons chevaliers
Crêtés de lambrequins, plastronnés d'armoiries,
Marchant à pas égaux le long des galeries
Ou veillant, lance au poing, droits contre les piliers.


Mais une dame attend au bas des escaliers ;
Sous son capuchon brun,comme dans les féeries,
On voit confusément luire les pierreries,
Ils la vont recevoir, graves et réguliers.


Pages de satin blanc, à la housse bouffante,
Les tercets plus légers, la prennent à leur tour
Et jusqu'aux pieds du Roi conduisent cette infante.


Là, relevant son voile, apparaît triomphante
La Belle, la Diva, digne qu'avec amour
Claudius, sur l'émail, en trace le contour.


Théodore de Banville

Petit traité sur le Sonnet

Le Sonnet est toujours composé de deux quatrains et de deux tercets.
Dans le Sonnet régulier - riment ensemble :
1° le premier, le quatrième vers du premier quatrain ; le premier et le quatrième vers du second quatrain ;
2° le second, le troisième vers du premier quatrain ; le second et le troisième vers du second quatrain ;
3° le premier et le second vers du premier tercet ;
4° le troisième vers du premier tercet et le second vers du second tercet ;
5° le premier et le troisième vers du second tercet.

Si l'on introduit dans cet arrangement une modification quelconque,
Si l'on écrit les deux quatrains sur des rimes différentes,
Si l'on commence par les deux tercets, pour finir par les deux quatrains,
Si l'on croise les rimes des quatrains
Si l'on fait rimer le troisième vers du premier tercet avec le troisième vers du deuxième tercet - ou encore le premier vers du premier tercet avec le premier vers du du deuxième tercet,
Si enfin on s'écarte, pour si peu que ce soit, du type classique,

Le Sonnet est irrégulier.
A propos du Sonnet, méditer avec grand soin les observations suivantes :
1° La forme du Sonnet est magnifique, prodigieusement belle - et cependant infirme en quelque sorte ; car les tercets, qui à eux forment six vers, étant d'une part physiquement plus courts que les quatrains, qui à eux deux forment huit vers -, et d'autre part semblant infiniment plus courts que les quatrains - à cause de ce qu'il y a d'allègre et de rapide dans le tercet et de pompeux et de lent dans le quatrain; - le Sonnet ressemble à une figure dont le buste serait trop long et les jambes trop grêles et trop courtes. Je dis ressemble, et je vais au-delà de ma pensée. Il faut dire que le Sonnet ressemblerait à une telle figure, si l'artifice du poète n'y mettait bon ordre.
L'artifice doit donc consister à grandir les tercets, à leur donner de la pompe, de l'ampleur, de la force et de la magnificence. Mais ici il s'agit d'exécuter ce grandissement sans rien ôter aux tercets de leur légèreté et leur rapidité essentielles.

2° Le dernier vers du Sonnet doit contenir un trait - exquis, ou surprenant, ou excitant l'admiration par sa justesse et par sa force.
Lamartine disait qu'il doit suffire de lire le dernier vers d'un Sonnet ; car, ajoutait-il, un Sonnet n'existe pas si la pensée n'en est pas violemment et ingénieusement résumée dans le dernier vers.
Le poète des Harmonies partait d'une prémisse très juste, mais il en tirait une conclusion absolument fausse.

OUI, le dernier vers du Sonnet doit contenir la pensée du Sonnet tout entière. - NON, il n'est pas vrai qu'à cause de cela il soit superflu de lire les treize premiers vers du Sonnet. Car dans toute oeuvre d'art, ce qui intéresse, c'est l'adresse de l'ouvrier, et il on ne peut plus intéressant de voir :
Comment il a développé d'abord la pensée qu'il devait résumer ensuite,
Et comment il a amené ce trait extraordinaire du quatorzième vers - qui cesserait d'être extraordinaire s'il avait poussé comme un champignon.
Enfin, un Sonnet doit ressembler à une comédie bien faite, en ceci que chaque mot des quatrains doit faire deviner - dans une certaine mesure - le trait final, et que cependant ce trait final doit surprendre le lecteur - non par la pensée qu'il exprime et que le lecteur a devinée -, mais par la beauté, la hardiesse et le bonheur de l'expression. C'est ainsi qu'au théâtre un beau dénouement emporte le succès, non parce que le spectateur ne l'a pas prévu - il faut qu'il l'ait prévu -, mais parce que le poète a revêtu ce dénouement d'une forme plus étrange et plus saisissante que ce qu'on pouvait imaginer d'avance.

Baudelaire - Fusées

Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense
Tout va bien au sonnet : bouffonnerie, galanterie, passion, rêverie, méditation philosophique.
Il y a là la beauté du métal et du minéral bien travaillé. Avez-vous observé qu'un morceau de ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l'infini qu'un grand panorama vu du haut d'une montagne ?
Quant aux longs poèmes, nous savons ce qu'il en faut penser ; c'est la ressource de ceux qui sont incapables d'en faire de courts.
Tout ce qui dépasse la longueur de l'attention que l'être humain peut prêter à la forme poétique n'est pas un poème.


Tristan Corbière (1845-1875)

I SONNET

AVEC LA MANIERE DE BIEN S’EN SERVIR

Réglons notre papier et formons bien nos lettres :


Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;

Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
Ca peut dormir debout comme soldats de plomb.


Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe : - on en suit quatre, en long ;
A chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.


- Télégramme sacré - 20 mots. - Vite à mon aide...
(Sonnet - c'est un sonnet -) ô Muse d'Archimède !
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :


- Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! - Tenons Pégase raide :
"O lyre ! ô délire ! ô ..." - Sonnet - Attention !

Louis Aragon

Les rimes dans les quatrains sont comme les murs du poème, l'écho qui parle à l'écho deux fois se réfléchit et on n'en croirait pas sortir, la même sonorité embrasse par deux fois les quatrains, de telle sorte que le quatrième et le cinquième vers sont liés d'une même rime, qui rend indivisibles ces deux équilibres. La précision de la pensée ici doit justifier les rimes choisies, leur donner leur caractère de nécessité.
De cette pensée musicalement prisonnière on s'évadera, dans les tercets, en renonçant à ce jeu pour des rimes nouvelles : et c'est ici la beauté sévère des deux vers rimant qui se suivent immédiatement, pour laisser le troisième sur sa rime impaire demeurée en l'air, sans réponse jusqu'à la fin du sonnet, comme une musique errante.
Car le tercet, au contraire du quatrain fermé, verrouillé dans ses rimes, semble rester ouvert, amorçant le rêve. Et lui répond, semblable, le second tercet. C'est ainsi, au corset étroit des quatrains dont la rime est au départ donnée, que s'oppose cette évasion de l'esprit, cette liberté raisonnable du rêve, des tercets.
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