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 Marceline Desbordes-Valmore

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:06

Livre des consolations

Par M Sainte-Beuve

Quand je touche rêveuse à ces feuilles sonores
D' où montent les parfums des divines amphores,
Prise par tout mon corps d' un long tressaillement,
Je m' incline, et j' écoute avec saisissement.
O fièvre poétique ! ô sainte maladie !
O jeunesse éternelle ! ô vaste mélodie !
Voix limpide et profonde ! Invisible instrument !
Nid d' abeille enfermé dans un livre charmant !
Trésor tombé des mains du meilleur de mes frères !
Doux Memnon ! Chaste ami de mes tendres misères,
Chantez, nourrissez-moi d' impérissable miel ;
Car je suis indigente à me nourrir moi-même !
Source fraîche, ouvrez-vous à ma douleur suprême
Et m' aidez, par ce monde, à retrouver mon ciel !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:06

L'horloge arrêtée

Horloge d'où s'élançait l'heure
Vibrante en passant dans l'or pur,
Comme l'oiseau qui chante ou pleure
Dans un arbre où son nid est sûr,
Ton haleine égale et sonore
Dans le froid cadran ne bat plus :
Tout s'éteint-il comme l'aurore
Des beaux jours qu'à ton front j'ai lus ?

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:06

Dieu pleure avec les innocents

Il fallait la laisser, solitaire et pieuse,
s' abreuver de prière et d' indigentes fleurs :
si peu lui semblait tout ; misère harmonieuse,
sédentaire à l' église et bornée à ses pleurs.
Il fallait la laisser au long travail penchée,
du rideau d' un vieux mur bornant son horizon :
le ciel la regardait sous ses cheveux penchée,
et quelque doux cantique apaisait sa raison.
Ce qu' elle avait perdu, qui pouvait le lui rendre ?
Aux enfants orphelins on ne rend pas les morts ;
mais seule, jour par jour, elle venait d' apprendre
qu' un goût divin se mêle aux douleurs sans remords.
Il fallait lui laisser Dieu pleurant avec elle ;
n' en doutez pas, " Dieu pleure avec les innocents. "
et vous l' avez volée à cet ami fidèle,
et vous avez versé la terre sur ses sens.
Vous avez dévasté la belle âme ingénue ;
elle sait aujourd' hui la chute de l' orgueil.
Dieu vous demandera ce qu' elle est devenue :
pour un ange tombé tout le ciel est en deuil.
Ah ! Pour l' avoir tuée en mourrez-vous moins vite ?
Le tombeau, qui prend tout, vous fait-il moins d' effroi ?
Il prend tout ! Comme une ombre affligée ou maudite,
vous quitterez la terre, en fussiez-vous le roi.
Cherchez : elle est peut-être un peu vivante encore ;
épousez dans la mort son amer abandon,
sanctifiez à deux votre nom qu' elle adore,
et montez l' un par l' autre au céleste pardon !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:06

Dors

L'orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J'ai plié sous ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j'en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l'amitié ? l'amour prend toute une âme !
Je n'ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L'onde ne verdit plus ce qu'a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j'aime encore ;
J'écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l'aurore,
Moi, j'éclaire tes yeux ; moi, j'échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L'haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n'étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l'humble lampe émue à ton côté.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:07

Le mauvais jour

N' entend-elle jamais une voix me défendre,
un conseil attendri rappeler son devoir,
une larme furtive, un feu sous cette cendre,
un reproche d' en haut lui crier : " va la voir ! "
moi, je n' y peux courir : sa clameur m' a noircie,
mon nom percé d' outrage a rempli sa maison.
Contre elle-même, hélas ! Qui l' a donc endurcie ?
Injuste, à qui m' accuse elle n' a pas dit : " non ! "
que s' est-il donc passé ? Quelle bise inconnue
a glacé cette fleur attachée à mes jours ?
Elle était la moins pauvre et n' est pas revenue :
qui dit aimer le plus n' aime donc pas toujours ?

Elle a mis bien des pleurs dans ma reconnaissance.
Ne lui direz-vous pas la vérité, seigneur ?
N' entendra-t-elle plus mon passé d' innocence
comme un oiseau sans fiel plaider avec son coeur ?
Seigneur ! J' ai des enfants ; seigneur ! J' ose être mère ;
seigneur ! Qui n' a cherché votre amour dans l' amour ?
Sauvez à mes enfants cette blessure amère,
ce long étonnement, ce poids d' un mauvais jour !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:08

Moi, je le sais

à Mademoiselle Louise Crombach


vous le saurez ! La vie a des abîmes
cachés au loin sous d' innombrables fleurs ;
les rossignols qui chantent à leurs cimes,
où chantent-ils dans la saison des pleurs ?
Vous le saurez ! La vie a des abîmes
cachés au loin sous d' innombrables fleurs.
Oui, la jeunesse est le pays des larmes.
Moi, je le sais : j' en viens, je pleure encor,
le front vibrant de ses feux, de ses charmes,
le coeur brisé de son dernier accord !
Oui, la jeunesse est le pays des larmes.
Moi je le sais : j' en viens, je pleure encor !
Lorsqu' on finit d' être jeune, on s' arrête :
à tant de jours on veut reprendre un jour ;
ils sont partis, et l' on penche sa tête.
D' un tel voyage à quand donc le retour ?
Lorsqu' on finit d' être jeune, on s' arrête :
à tant de jours on veut reprendre un jour.
Souffrant tout bas de ses mille blessures,
on croit mourir : on plie, on ne meurt pas !
De tous serpents Dieu guérit les morsures,
et le dictame est semé sous nos pas.
Souffrant tout bas de ses mille blessures,
on croit mourir : on plie, on ne meurt pas !
Rappelez-vous ce chant d' une glaneuse
qui s' arrêta pour serrer votre main ;
et si du sort l' étoile lumineuse
vous mûrit mieux les épis du chemin,
rappelez-vous ce chant d' une glaneuse
qui s' arrêta pour serrer votre main.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:09

Un présage

J' ai vu dans l' air passer deux ailes blanches :
est-ce pour moi que ce présage a lui ?
J' entends chanter tout un nid dans les branches :
trop de bonheur me menace aujourd' hui !
Pour le braver je suis trop faible encore.
Arrêtez-vous, ambassadeurs des cieux !
L' épi fléchit, que trop de soleil dore :
bonheur, bonheur, ne venez pas encore ;
éclairez-moi, ne brûlez pas mes yeux !
Tournée au nord une cage est si sombre !
Dieu l' ouvre-t-il aux plaintes de l' oiseau,
l' aile incertaine, avant de quitter l' ombre,
hésite et plane au-dessus du réseau.
La liberté cause un brillant vertige,
l' anneau tombé gêne encor pour courir.
Survivra-t-on si ce n' est qu' un prestige ?
L' âme recule à l' aspect du prodige :
fût-ce de joie, on a peur de mourir !
Mais ce bouquet apparu sur ma porte
dit-il assez ce que j' entends tout bas ?
Dernier rayon d' une âme presque morte,
premier amour, vous ne mourez donc pas ?
Ces fleurs toujours m' annonçaient sa présence,
c' était son nom quand il allait venir.
Comme on s' aimait dans ce temps d' innocence !
Comme un rameau rouvre toute l' absence !
Que de parfums sortent du souvenir !
Je ne sais pas d' où souffle l' espérance,
mais je l' entends rire au fond de mes pleurs.
Dieu ! Qu' elle est fraîche où brûlait la souffrance !
Que son haleine étanche de douleurs !
Passante ailée au coin du toit blottie,
y rattachant ses fils longs et dorés,
grâce à son vol, ma force est avertie :
bonheur ! Bonheur ! Je ne suis pas sortie ;
j' attends le ciel ; c' est vous, bonheur : entrez !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:09

Prison et printemps

au Spielberg

les flots
plus mollement portent les matelots.
J' entends sur moi passer les hirondelles.
Vers vous
pour m' envoler, climats lointains et doux,
oh ! Que mon coeur n' a-t-il reçu comme elles,
des ailes !
Toujours,
pour retourner où couvent les beaux jours,
heureux oiseaux, Dieu vous montre une étoile.
Aux cieux,
ma jeune étoile aussi brille à mes yeux ;
mais j' ai rompu comme une faible toile
ma voile !
Aux fleurs
pleines d' encens et d' humides couleurs,
allez puiser le miel de la prairie,
oiseaux !
Plus près alors affrontez mes réseaux,
et rapportez à ma lèvre ravie
la vie !
Dans l' air
si vous trouvez la pitié, doux éclair !
Entraînez-la vers la prison qui pleure.
Par fois
jusqu' au martyr elle a glissé sa voix.
Oh ! Que sa voix l' enivre avant qu' il meure ;
c' est l' heure !
Allez !
Souffles de Dieu, vos destins sont ailés,
vos chemins bleus n' ont ni clés ni barrière.
Mais quoi !
Dans ce désert qui cause votre effroi,
ne croyez pas mon âme prisonnière,
entière !
Souvent
mon âme est libre, et sur le front du vent
quelque âme au loin l' attire et la rappelle.
Bourreaux,
sur cette flamme étendez vos barreaux :
que pouvez-vous sur la pauvre immortelle ?
Meurt-elle ?

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:09

Jeune fille

A Mademoiselle Zoé Dessaix
pour que tu sois de Dieu l' aimée,
la plante toujours parfumée,
et colombe au vol triomphant
nommée,
garde la foi qui te défend,
enfant !
Fleur entre le ciel et la terre,
que ton doux règne solitaire
ne soit troublé d' aucun tourment
austère !
Que tes beaux jours soient un moment
charmant !
Que ton sourire écoute l' heure !
N' apprends jamais celle où l' on pleure !
Et quand l' astre apaisé du soir
t' effleure,
que ton Dieu t' y laisse entrevoir
l' espoir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:09

Un arc de triomphe

Tout ce qu'ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C'est que c'était à cause d'elles
Qu'on élevait un monument.

Leur nid s'y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu'elles ont pris ce champ d'asile
Pour causer d'affaire, ou d'amour.

En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l'hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.

Dans le casque de la Victoire
L'une, heureuse, a couvé ses oeufs,
Qui, tout ignorants de l'histoire,
Eclosent fiers comme chez eux.

Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr'ouvert.

La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l'étranger
"Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger."

Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s'entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s'entr'aimaient en bas.

La guerre est un cri de cigale
Pour l'oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n'égale
N'est vu qu'à peine en si haut lieu.

Voilà pourquoi les hirondelles,
A l'aise dans ce bâtiment,
Disent que c'est à cause d'elles
Que Dieu fit faire un monument.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:10

La parole d'un soldat

La vieille Rachel, filant à sa porte,
demande au seigneur son jeune soleil,
son dernier enfant que la guerre emporte,
dont le cri de gloire emplit son sommeil.
Le rêve incessant d' un drapeau qui vole
fait casser le lin dans ses doigts tremblants :
" mon enfant, seigneur, tient bien sa parole ;
je sens un laurier sur mes cheveux blancs ! "
paix ! Voici l' écho de la grande armée,
proclamant le nom d' un soldat vainqueur ;
et la blonde enfant, du soldat aimée,
qui vient vers Rachel en tenant son coeur :
" écoutez, Rachel, ce grand bruit qui vole,
lisez-le avec moi de vos yeux tremblants :
que votre Gilbert tient bien sa parole !
Il met un laurier sur vos cheveux blancs ! "
au milieu des cris d' un champ de bataille,
Gilbert, ce jour-là, sauvait son drapeau,
et, vainqueur couché sur un peu de paille,
disait en mourant : " que mon sort est beau !
Car mon nom, pareil à l' aigle qui vole,
s' abat glorieux sur deux coeurs tremblants.
Ma mère, aimez-moi, j' ai tenu parole :
j' ai mis un laurier sur vos cheveux blancs ! "

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:10

Rossignol et la recluse

l' air manque à ma voix solitaire,
je m' incline sous mon réseau ;
il faut des ailes à l' oiseau
pour le consoler de la terre.
Le rossignol, dans l' arbre en fleurs,
me fait rêveuse et non savante ;
mais cette musique vivante
arrête quelquefois mes pleurs.
Lui seul m' avait dit : " c' est l' aurore ;
éveille-toi ; le monde est beau ! "
lui seul, dans ma nuit sans flambeau,
dit : " pauvre enfant ! Dormez encore ! "
non, rossignol, je ne dors pas,
car vos chants sont dans mon oreille ;
et si l' on croit que je sommeille
c' est que je vous réponds tout bas :
allez dire à ma douce mère
qu' elle me reprenne aujourd' hui
sous peine de tristesse amère :
sinon, Dieu prendra tout pour lui !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:10

Le salut aux morts

J' aurai toujours une prière
pour le petit cercueil passant,
une larme pour l' humble bière
qui dit : " ton frère est là gisant ! "
et si je n' ai croix ni couronne,
ni fleur, ni plus rien qui se donne,
j' aurai, sous peine d' un remords,
le salut, doux peut-être au mort !
Mort béni, la foule oppressive
ne troublera plus ton sommeil !
Laisse-moi donc suivre pensive
ton char qui se traîne au soleil.
Au fond du long rêve immobile,
peut-être de ma voix débile
le salut pieux descendra,
et ta cendre tressaillera !
Peut-être qu' à mon insomnie,
ton âme suspendue un soir,
de sa pénitence finie
viendra respirer et s' asseoir ;
puis, ouvrant doucement la porte
du séjour où Dieu la remporte,
elle me dira : " ne crains rien :
les cieux sont grands ; les morts sont bien ! "
j' ai déjà tant d' âmes aimées
sous ce lugubre vêtement !
Tant de guirlandes parfumées
qui pendent au froid monument !
Par le souffle mortel atteintes,
tant de jeunes bouches éteintes,
d' où mon nom sortait plein d' amour,
et qui m' appelleront un jour !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:11

Une ame

de Jean Paul Richter

d' une pauvre âme en cheveux blancs
qui s' épure ensemble et s' altère,
pourquoi venez-vous, ô mon frère !
épier les rayons tremblants
d' une pauvre âme en cheveux blancs ?
Tant de jours ont chassé le jour
où la vôtre s' en est allée,
laissant sa jeune soeur voilée
se dévouer seule à l' amour :
tant de jours ont chassé ce jour !
N' est-ce pas apprendre bien tôt
que l' amour n' est pas de la terre ?
Un jour, la tendre solitaire
devina qu' il était plus haut :
n' est-ce pas l' apprendre bien tôt ?
Il est plus haut ! Vous y viendrez,
puisqu' enfin vous m' avez cherchée ;
et moi, pour m' être ainsi cachée,
belle un jour vous me reverrez.
Plus tard, bien tard, vous y viendrez !
Mais fuyez ce sentier de feu
couvert d' une si triste cendre ;
nous ne pouvons plus redescendre.
Le temps vole : attendez un peu !
Mais fuyez ce sentier de feu.
Si l' ange de la charité
s' émeut à ma double prière,
vous monterez à sa lumière
en quittant ce monde agité :
tout s' unit dans la charité !
Moi, sans frayeur ; vous... toi, sans fiel !
Dieu sera dans notre présence,
comme à ce beau temps d' innocence
où nos regards étaient le ciel,

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:11

Amities de la jeunesse

à Pauline Duchambge

des noeuds dont sa vie est liée
soulevant un moment le poids,
et d' un long orage essuyée,
mon âme se cherche une voix.
Comme sur le bord de sa cage
l' oiseau contraint de s' arrêter,
sur ma bouche, ainsi qu' au jeune âge,
l' âme est assise et veut chanter.
Mon jeune âge a fait deux amies,
dont l' une est partie avant moi,
parfum de mes fleurs endormies ;
l' autre fleur vivante, c' est toi !
Celle qui dort, je l' ai rêvée
son bras enlacé dans le mien,
tandis que toi, ma retrouvée,
tu la retenais sous le tien.
Nous allions, comme trois colombes,
effleurant à peine le blé ;
et vers le doux sentier des tombes
le triple essor s' est envolé.
Pour panser un peu nos blessures,
nous nous abattions dans les fleurs ;
et ses angéliques censures
ne s' aigrissaient pas de nos pleurs.
Son ombre qui battait des ailes,
charmante, nous disait tout bas :
" allons voir des choses nouvelles ;
allons vers Dieu, qui ne meurt pas ! "
elle marchait, pâle et contente,
sans sourire, mais sans pleurer ;
son âme, couchée à l' attente,
avait fini de soupirer.
Des ombres lui criaient : " madame,
pour nous répondre arrêtez-vous !
Vous qui prenez âme par âme,
où vous allez emmenez-nous !
" car nous sommes bien accablées
d' attendre où l' on attend toujours :
hélas ! Nous serions moins troublées
d' entrer où finissent les jours ! "
alors ses pitiés envahies
dans son coeur semblaient se presser,
devant ces âmes éblouies
qui se heurtaient pour l' embrasser.
Nous entrâmes dans une église,
pour nous reposer à genoux ;
la vierge seule était assise,
posant son doux regard sur nous.
Notre corps ne faisait plus d' ombre
comme dans ce triste univers,
et notre âme n' était plus sombre :
le soleil passait à travers !
Voilà comment je l' ai rêvée,
son bras enlacé dans le mien,
tandis que toi, ma retrouvée,
tu la retenais sous le tien.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:11

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s'allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n'est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l'aurore élancé vers l'espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l'un à l'autre inconnus,
Se regardent, disant : " D'où sommes-nous venus ? "
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m'éblouissent... j'ai peur ;
Mais je me dis encor : " Non, tout n'est pas malheur ! "

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:11

Fileuse

c' est l' oiseau qui passe,
pleurant dans l' espace ;
et ce chant d' oiseau
suspend mon fuseau :
" nous ne voyons pas la colombe
livrer ses petits au vautour ;
si du nid le plus faible tombe,
elle se lamente à l' entour ;
jamais vers sa tendre couvée
elle n' a guidé le chasseur ;
jamais elle ne s' est privée
de ses tourments pleins de douceur ! "
c' est l' oiseau qui passe,
pleurant dans l' espace ;
et ce chant d' oiseau
suspend mon fuseau :
" nous ne voyons pas l' hirondelle
percer le coeur de son enfant ;
tant qu' elle le tient sous son aile,
sa mère l' aime et le défend ;
si quelque beau nuage emporte
l' enfant épris d' un autre amour,
ce n' est que quand la mère est morte
qu' elle n' attend plus son retour ! "
c' est l' oiseau qui passe,
pleurant dans l' espace ;
et ce chant d' oiseau
suspend mon fuseau !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:12

Point d'adieu

Jeunesse, adieu ! Car j'ai beau faire,
J'ai beau t'étreindre et te presser,
J'ai beau gémir et t'embrasser,
Nous fuyons en pays contraire.

Ton souffle tiède est si charmant !
On est si beau sous ta couronne !
Tiens ! Ce baiser que je te donne,
Laisse-le durer un moment.

Ce long baiser, douce chérie,
Si c'est notre adieu sans retour,
Ne le romps pas jusqu'au détour
De cette haie encor fleurie !

Si j'ai mal porté tes couleurs,
Ce n'est pas ma faute, ô jeunesse !
Le vent glacé de la tristesse
Hâte bien la chute des fleurs !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:12

Plus de chant

À Madame De Simonis

Enfant d'un nid loin du soleil éclos,
Tombée un jour du faîte des collines,
Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,
Poussée aux vents sur la terre ou les flots,
Mon coeur chantait, mais avec des sanglots.

Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,
Que m'importait ma frêle voix de femme ?
Tout le concert se tenait dans mon âme.
Que l'on passât sans daigner m'écouter,
Je louais Dieu ! Qui pouvait m'arrêter ?

Le front vibrant d'étranges et doux sons,
Toute ravie et jeune en solitude,
Trouvant le monde assez beau sans l'étude,
Je souriais, rebelle à ses leçons,
Le coeur gonflé d'inédites chansons.

J'étais l'oiseau dans les branches caché,
S'émerveillant tout seul, sans qu'il se doute
Que le faneur fatigué qui l'écoute,
Dont le sommeil à l'ombre est empêché,
S'en va plus loin tout morose et fâché.

Convive sobre et suspendue aux fleurs,
J'ai pris longtemps mon sort pour une fête ;
Mais l'ouragan a sifflé sur ma tête,
Les grands échos m'ont crié leurs douleurs,
Et je les chante affaiblis de mes pleurs.

La solitude est encor de mon goût,
Je crois toujours à l'auteur de mon être :
Mes beaux enfants me l'ont tant fait connaître !
Je monte à lui, je le cherche partout ;
Mais de chansons, plus une ! Oh ! Plus du tout !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:13

Jour d'Orient

Ce fut un jour pareil à ce beau jour
Que, pour tout perdre, incendiait l'amour !

C'était un jour de charité divine
Où dans l'air bleu l'éternité chemine ;
Où dérobée à son poids étouffant
La terre joue et redevient enfant ;
C'était partout comme un baiser de mère,
Long rêve errant dans une heure éphémère ;
Heure d'oiseaux, de parfums, de soleil,
D'oubli de tout... hors du bien sans pareil.

Nous étions deux !... C'est trop d'un quand on aime
Pour se garder... Hélas ! nous étions deux.
Pas un témoin qui sauve de soi-même !
Jamais au monde on n'eut plus besoin d'eux
Que nous l'avions ! Lui, trop près de mon âme,
Avec son âme éblouissait mes yeux ;
J'étais aveugle à cette double flamme,
Et j'y vis trop quand je revis les cieux.

Pour me sauver, j'étais trop peu savante ;
Pour l'oublier... je suis encor vivante !

C'était un jour pareil à ce beau jour
Que, pour tout perdre, incendiait l'amour !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:14

Cloches et larmes

Sur la terre où sonne l'heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

L'orgue sous le sombre arceau,
Le pauvre offrant sa neuvaine,
Le prisonnier dans sa chaîne
Et l'enfant dans son berceau ;

Sur la terre où sonne l'heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

La cloche pleure le jour
Qui va mourir sur l'église,
Et cette pleureuse assise
Qu'a-t-elle à pleurer ?. . . L'amour.

Sur la terre où sonne l'heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Priant les anges cachés
D'assoupir ses nuits funestes,
Voyez, aux sphères célestes,
Ses longs regards attachés,

Sur la terre où sonne l'heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.

Et le ciel a répondu :
"Terre, ô terre, attendez l'heure !
J'ai dit à tout ce qui pleure,
Que tout lui sera rendu. "

Sonnez, cloches ruisselantes !
Ruisselez, larmes brûlantes !
Cloches qui pleurez le jour !
Beaux yeux qui pleurez l'amour !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:14

Un cri

Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s'il en est un, dis-le moi,
J'irai le chercher avec toi.

Sous le soleil ou le nuage,
Guidée à ton vol qui fend l'air,
Je te suivrai dans le voyage
Rapide et haut comme l'éclair.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s'il en est un, dis-le moi,
J'irai le chercher avec toi.

Tu sais qu'aux fleurs de ma fenêtre
Ton nid chante depuis trois ans,
Et quand tu viens le reconnaître
Mes droits ne te sont pas pesants.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s'il en est un, dis-le moi,
J'irai le chercher avec toi.

Je ne rappelle rien, j'aspire
Comme un des tiens dans la langueur,
Dont la solitude soupire
Et demande un coeur pour un coeur.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s'il en est un, dis-le moi,
J'irai le chercher avec toi.

Allons vers l'idole rêvée,
Au Nord, au Sud, à l'Orient :
Du bonheur de l'avoir trouvée
Je veux mourir en souriant.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s'il en est un, dis-le moi !
J'irai le chercher avec toi !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:14

Le feuille volée

Va-t-il écrire à sa maîtresse,
l' oiseau vainqueur, le moineau franc,
sur ce larcin que son bec presse,
sur ce lambeau de vélin blanc ?
Il me l' a pris. J' allais moi-même,
trempé de pardon et d' espoir,
l' envoyer à l' absent que j' aime,
et l' appeler... s' il veut me voir.
Souffle hardi qui viens de naître
parmi les souffles de l' été,
je t' avais ouvert ma fenêtre,
et tu voles ma pauvreté !
Oiseau, le fragment d' une page
peut contenir tant de bonheur !
Ah ! Si tu le sais, sois mon page,
et ne t' en va pas sans mon coeur.
Ce coeur, souvent, révèle à peine
le trouble enfermé de mon sort :
ma voix ardente est sans haleine,
mon âme en pleurs est sans essor.
Et tes ailes me font envie
quand ta volonté frappe l' air.
Ton cri rapide est une vie !
Ton vol, un innocent éclair !
ô flèche amoureuse lancée,
aussi prompte que ton désir,
l' objet de ta fuite empressée,
dieu ! Que tu dois bien le saisir !
Toi, chez qui le printemps allume
l' audace et l' élan de l' amour,
remets ce papier sous ma plume
puisqu' il va promettre un beau jour.
Mais tu t' enfuis, charmante chose,
en me regardant de travers ;
car tu hais la cellule close,
toi dont la cage est l' univers !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:16

Laisse-nous pleurer

Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !
Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,
Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l'aime,
Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,
Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,
Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,
D'un monde où rien ne meurt l'éternelle harmonie !

Ce monde était le mien quand, les ailes aux vents,
Mon âme encore oiseau rasait les jours mouvants,
Quand je mordais aux fruits que ma soeur, chère aînée,
Cueillait à l'arbre entier de notre destinée ;
Puis, en nous regardant jusqu'au fond de nos yeux,
Nous éclations d'un rire à faire ouvrir les cieux,
Car nous ne savions rien. Plus agiles que l'onde,
Nos âmes s'en allaient chanter autour du monde,
Lorsqu'avec moi, promise aux profondes amours,
Nous n'épelions partout qu'un mot : " Toujours ! Toujours ! "

Philosophe distrait, amant des théories,
Qui n'ôtes ton chapeau qu'aux madones fleuries,
Quand tu diras toujours que vivre c'est penser,
Qu'il faut que l'oiseau chante, et qu'il nous faut danser,
Et qu'alors qu'on est femme il faut porter des roses,
Tu ne changeras pas le cours amer des choses.
Pourquoi donc nous chercher, nous qui ne dansons pas ?
Pourquoi nous écouter, nous qui parlons tout bas ?
Nous n'allons point usant nos yeux au même livre :
Le mien se lit dans l'ombre où Dieu m'apprend à vivre.
Toi, qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer.

Vois, si tu n'as pas vu, la plus petite fille
S'éprendre des soucis d'une jeune famille,
Éclore à la douleur par le pressentiment,
Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment,
Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
Qu'elle croit endormie au son de sa parole :
Fière du vague instinct de sa fécondité,
Elle couve une autre âme à l'immortalité.

Laisse-lui ses berceaux : ta raillerie amère
Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu'elle est mère.
À la mère du moins laisse les beaux enfants,
Ingrats, si Dieu le veut, mais à jamais vivants !

Sinon, de quoi ris-tu ? Va ! J'ai le droit des larmes ;
Va ! Sur les flancs brisés ne porte pas tes armes.
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre innocence, ou laisse-nous pleurer !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:16

Soir d'été

Le soleil brûlait l'ombre, et la terre altérée
Au crépuscule errant demandait un peu d'eau ;
Chaque fleur de sa tête inclinait le fardeau
Sur la montagne encor dorée.

Tandis que l'astre en feu descend et va s'asseoir
Au fond de sa rouge lumière,
Dans les arbres mouvants frissonne la prière,
Et dans les nids : " Bonsoir ! Bonsoir ! "

Pas une aile à l'azur ne demande à s'étendre,
Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis,
Et dans tout ce grand calme et ces tons adoucis
Le moucheron pourrait s'entendre.

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