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 Marceline Desbordes-Valmore

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MessageSujet: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:26

Marceline Desbordes-Valmore

Une enfance misérable

Marceline Desbordes naît à Douai le 20 juin 1786. Elle est la fille de Félix Desbordes, peintre d’armoiries et de Marie-Catherine-Joseph Lucas. Sa famille, à l’origine aisée, est ruinée par la Révolution. Marceline abandonne les études. Sa mère décide de rejoindre un riche cousin en Guadeloupe. Il leur faut trois années, pendant lesquelles Marceline commence à jouer la comédie afin de gagner quelque sous, pour se rendre à Basse-Terre. Malheureusement leur cousin est mort et Basse-Terre est en révolte. La fièvre jaune qui fait rage tue Marie Catherine. Maceline doit rentrer seule à Douai et elle se fait dépouiller lors de la traversée.


Comédienne et cantatrice elle est marquée par les deuils

A seize ans elle devient comédienne, spécialisée dans les rôles d’ingénue, et cantatrice. Elle se produit à Douai. Sa rencontre avec le compositeur belge Grétry lui permet de se produire à l'Opéra-Comique de Rouen en 1805. Au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles elle incarne Rosine dans le Barbier de Séville. Elle se produit à l’Odéon de Paris à partir de 1808 ou elle crée notamment des rôles de Pigault-Lebrun. Elle y rencontre Henri de Latouche qui sera son amant secret pendant 30 ans. Il lui donne un fils qui décède à l’âge de 5 ans en 1816.

En 1817 elle se marie avec un acteur peu reconnu, Prosper Lanchantin dit Valmore. Ils mèneront une vie d’errance, matériellement difficile et marquée par les deuils. Elle perd un bébé puis ses deux filles. Seul son dernier fils survit. Menant une carrière militaire il sera prisonnier pendant sept années. Elle perdra aussi plusieurs amies d’enfance.


Une poétesse appréciée de ses pairs

Marceline publie son premier recueil de poèmes, Élégies et romances en 1819. Elle abandonne le Chant en 1823 puis met fin a sa carrière de comédienne en 1832. Elle publie Élégies et poésies nouvelles en 1825 puis Poésies inédites en 1830. En 1833 paraissent Les pleurs ainsi qu’un livre de souvenirs autobiographiques, L’Atelier d’un peintre, scènes de la vie privée. Les Pauvres fleurs sortent en 1839.

En 1840 elle publie des Contes en prose pour les enfants ainsi que des Contes en vers pour les enfants. Les Bouquets et prières datent de 1843. Elle écrit à nouveau pour les enfants Jeunes Têtes et Jeunes Cœurs en 1855.

Ses poèmes son appréciés pour leur style, leur musicalité et l’émotion vraie qu’ils inspirent. Lamartine, Béranger, Vigny, Baudelaire, Verlaine et Hugo qui sera un ami fidèle, l’admirent. Une pension de 1500 francs et plusieurs prix académiques lui sont accordés.

Après avoir perdu quatre enfants, son frère et de nombreuses amies, elle s'éteint dans le désespoir, à Paris le 23 juillet 1859. Le recueil Poésies est publié à titre posthume en 1860.


Dernière édition par Amour des mots le Jeu 24 Juil 2008 - 3:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:48

La Maison de ma mère


Maison de la naissance, ô nid, doux coin du monde !
Ô premier univers où nos pas ont tourné !
Chambre ou ciel, dont le coeur garde la mappemonde,
Au fond du temps je vois ton seuil abandonné.
Je m'en irais aveugle et sans guide à ta porte,
Toucher le berceau nu qui daigna me nourrir.
Si je deviens âgée et faible, qu'on m'y porte !
Je n'y pus vivre enfant, j'y voudrais bien mourir,
Marcher dans notre cour où croissait un peu d'herbe,
Où l'oiseau de nos toits descendait boire et puis,
Pour coucher ses enfants, becquetait l'humble gerbe,
Entre les cailloux bleus que mouillait le grand puits !

De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme,
Du présent qui me brûle il étanche la flamme,
Ce puits large et dormeur au cristal enfermé
Où ma mère baignait son enfant bien-aimé.
Lorsqu'elle berçait l'air avec sa voix rêveuse,
Qu'elle était calme et blanche et paisible le soir,
Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir
Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse !
Elle avait des accents d'harmonieux amour
Que je buvais du coeur en jouant dans la cour.
Ciel ! Où prend donc sa voix une mère qui chante
Pour aider le sommeil à descendre au berceau ?

Dieu mit-il plus de grâce au souffle d'un ruisseau ?
Est-ce l'éden rouvert à son hymne touchante,
Laissant sur l'oreiller de l'enfant qui s'endort,
Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort ?
Et l'enfant assoupi, sous cette âme voilée,
Reconnaît-il les bruits d'une vie écoulée ?
Est-ce un cantique appris à son départ du ciel,
Où l'adieu d'un jeune ange épancha quelque miel ?
Merci, mon Dieu ! Merci de cette hymne profonde,
Pleurante encore en moi dans les rires du monde,
Alors que je m'assieds à quelque coin rêveur
Pour entendre ma mère en écoutant mon coeur :

Ce lointain au revoir de son âme à mon âme
Soutient en la grondant ma faiblesse de femme ;
Comme au jonc qui se penche une brise en son cours
A dit : " Ne tombe pas ! J'arrive à ton secours. "
Elle a fait mes genoux souples à la prière.
J'appris d'elle, seigneur, d'où vient votre lumière,
Quand j'amusais mes yeux à voir briller ses yeux,
Qui ne quittaient mon front que pour parler aux cieux.
A l'heure du travail qui coulait pleine et pure,
Je croyais que ses mains régissaient la nature,
Instruite par le Christ, à sa voix incliné,
Qu'elle écoutait priante et le front prosterné.

Vraiment, je le croyais ! Et d'une foi si tendre
Que le Christ au lambris me paraissait l'entendre :
Je voyais bien que, femme, elle pliait à Dieu,
Mais ma mère, après lui, l'enseignait en tout lieu.
L'ardent soleil de juin qui riait dans la chambre,
L'âtre dont les clartés illuminaient décembre,
Les fruits, les blés en fleur, ma fraîche nuit, mon jour,
Ma mère créait tout du fond de son séjour.
C'était ma mère ! ô mère ! ô Christ ! ô crainte ! ô charmes !
Laissez tremper mon coeur dans vos suaves larmes ;
Laissez ces songes d'or éclairer les vieux murs
Des pauvres innocents nés dans les coins obscurs ;

Laissez, puisqu'ici-bas nous nous perdons sans elles,
Des mères aux enfants comme aux oiseaux des ailes.
Quand la mienne avait dit : " Vous êtes mon enfant ! "
Le ciel, c'était mon coeur à jour et triomphant ! ...
Elle se défendait de me faire savante :
" Apprendre, c'est vieillir, disait-elle, et l'enfant
Se nourrira trop tôt du fruit que Dieu défend,
Fruit fiévreux à la sève aride et décevante.
L'enfant sait tout qui dit à son ange gardien :
- " Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ! "
C'est assez demander à cette vie amère,
Assez de savoir suivre et regarder sa mère,

Et nous aurons appris pour un long avenir
Si nous savons prier, nous soumettre et bénir ! "
Et je ne savais rien à dix ans qu'être heureuse,
Rien que jeter au ciel ma voix d'oiseau, mes fleurs ;
Rien, durant ma croissance aigüe et douloureuse,
Que plonger dans ses bras mon sommeil ou mes pleurs.
Je n'avais rien appris, rien lu que ma prière.
Quand mon sein se gonfla de chants mystérieux,
J'écoutais notre-dame et j'épelais les cieux,
Et la vague harmonie inondait ma paupière ;
Les mots seuls y manquaient, mais je croyais qu'un jour
On m'entendrait aimer pour me répondre : amour !

Les psaumes de l'oiseau caché dans le feuillage,
Ce qu'il raconte au ciel par le ciel répondu,
Mon âme qu'on croyait indolente ou volage,
L'a toujours entendu !
Et quand là-bas, là-bas, comme on peint l'espérance,
Dieu montrait l'arc-en-ciel aux pèlerins errants,
S'il avait ruisselé sur ma vierge souffrance,
La nuit se sillonnait de songes transparents ;
Et sur l'onde qui glisse et plie, et s'abandonne,
Quand j'avais amassé des parfums purs et frais,
En voyant fuir mes fleurs que n'attendait personne,
Je regardais ma mère et je les lui montrais.

Et ma mère disait : " C'est une maladie,
Un mélange de jeux, de pleurs, de mélodie :
C'est le coeur de mon coeur ! Oui, ma fille ! Plus tard,
Vous trouverez l'amour et la vie... autre part. "

Innocence ! Innocence ! éternité rêvée !
Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée ?
êtes-vous ma maison que je ne peux rouvrir ?
Ma mère ! Est-ce la mort ? ... je voudrais bien mourir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:48

La fleur d'eau


Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,
Où l'absence a souvent respiré le mot : J'aime !
Où l'aile d'une fée a laissé ses couleurs,
Toi, qu'on devrait nommer le colibri des fleurs,
Traduis-moi : porte au loin ce que je n'ose écrire ;
Console un malheureux comme eût fait mon sourire :
Enlevée au ruisseau qui délasse mes pas,
Dis à mon cher absent qu'on ne l'oubliera pas !

Dis qu'à son coeur fermé je vois ce qui se passe ;
Dis qu'entre nos douleurs je ne sens pour espace
Que ton voile charmant d'amitié, que toujours
Je puise dans ma foi les voeux que tu lui portes,
Que je les lui dédie avec tes feuilles mortes,
Frêles et seuls parfums répandus sur mes jours ;
Dis qu'à veiller pour lui mon âme se consume,
Qu'elle a froid, qu'elle attend qu'un regard la rallume !

Dis que je veux ainsi me pencher sous mes pleurs,
Ne trouver nulle joie au monde, au jour, aux fleurs ;
Que la source d'amour est scellée en mon âme,
Que je sais bien quelle âme y répondrait encor,
Dont je serais la vie, et qui serait ma flamme ;
Il le sait bien aussi : mais cette âme, elle dort ;
Elle dort dans l'absence où s'effeuille ma vie,
Où tu me dis pourtant que j'en serai suivie,
Et ranimée un jour. Mais qu'il nous faut encor,
Lui, brûler ; moi, languir pour contenter le sort.

Va donc comme un oeil d'ange éveiller son courage ;
Dis que je t'ai cueillie à la fin d'un orage ;
Que je t'envoie à lui comme un baiser d'espoir
Et que se joindre ainsi c'est presque se revoir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:49

Croyance


Souvent il m'apparut sous la forme d'un ange
Dont les ailes s'ouvraient,
Remontant de la terre au ciel où rien ne change ;
Et j'ai vu s'abaisser, pleins d'une force étrange,
Ses bras qui m'attiraient.

Je montais. Je sentais de ses plumes aimées
L'attrayante chaleur ;
Nous nous parlions de l'âme et nos âmes charmées,
Comme le souffle uni de deux fleurs embaumées,
N'étaient plus qu'une fleur.

Et je tremblerai moins pour sortir de la vie :
Il saura le chemin.
J'en serai, de bien près, devancée ou suivie ;
Puis, entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie,
Il étendra sa main.

Ce noeud, tissu par nous dans un ardent mystère
Dont j'ai pris tout l'effroi,
Il dira que c'est lui, si la peur me fait taire ;
Et s'il brûla son vol aux flammes de la terre,
Je dirai que c'est moi !

Son souffle lissera mes ailes sans poussière
Pour les ouvrir à Dieu,
Et nous l'attendrirons de la même prière ;
Car, c'est l'éternité qu'il nous faut tout entière :
On n'y dit plus : " Adieu ! "

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:49

Aveu d'une femme


Savez-vous pourquoi, madame,
Je refusais de vous voir ?
J'aime ! Et je sens qu'une femme
Des femmes craint le pouvoir.
Le vôtre est tout dans vos charmes,
Qu'il faut, par force, adorer.
L'inquiétude a des larmes :
Je ne voulais pas pleurer.

Quelque part que je me trouve,
Mon seul ami va venir ;
Je vis de ce qu'il éprouve,
J'en fais tout mon avenir.
Se souvient-on d'humbles flammes
Quand on voit vos yeux brûler ?
Ils font trembler bien des âmes :
Je ne voulais pas trembler.

Dans cette foule asservie,
Dont vous respirez l'encens,
Où j'aurais senti ma vie
S'en aller à vos accents,
Celui qui me rend peureuse,
Moins tendre, sans repentir,
M'eût dit : " N'es-tu plus heureuse ? "
Je ne voulais pas mentir.

Dans l'éclat de vos conquêtes
Si votre coeur s'est donné,
Triste et fier au sein des fêtes,
N'a-t-il jamais frissonné ?
La plus tendre, ou la plus belle,
Aiment-elles sans souffrir ?
On meurt pour un infidèle :
Je ne voulais pas mourir.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:49

Je l'ai promis


Tu me reprends ton amitié :
Je n'ai donc plus rien dans le monde,
Rien que ma tristesse profonde.
N'en souffris-tu que la moitié,
Toi, dans ta mobile amitié,
Va ! Je plaindrai ta vie amère.
Que Dieu pour l'amour de sa mère,
Ou pour moi, te prenne en pitié !

On ne commande pas l'amour :
Il n'obéit pas, il se donne ;
Voilà pourquoi je te pardonne :
Mais tu m'as tant aimée un jour
Que j'en demeurai tout amour.
Pour une autre as-tu fait de même ?
Aime donc longtemps, si l'on t'aime :
C'est mortel quand ce n'est qu'un jour.

Et ma part de bonheur promis,
Comme aux plus humbles de la terre,
Bonheur qu'avec un saint mystère
Entre tes mains j'avais remis,
Dans l'abandon d'un coeur soumis ;
Si j'en résigne le partage,
C'est pour t'en laisser davantage :
Rien pour moi, rien ! Je l'ai promis.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:50

J'avais froid


Je l'ai rêvé ? c'eût été beau
De s'appeler ta bien-aimée ;
D'entrer sous ton aile enflammée,
Où l'on monte par le tombeau :
Il résume une vie entière,
Ce rêve lu dans un regard :
Je sais pourtant que ta paupière
En troubla mes jours par hasard.

Non, tu ne cherchais pas mes yeux
Quand tu leur appris la tendresse ;
Ton coeur s'essayait sans ivresse,
Il avait froid, sevré des cieux :
Seule aussi dans ma paix profonde,
Vois-tu ? j'avais froid comme toi,
Et ta vie, en s'ouvrant au monde,
Laissa tomber du feu sur moi.

Je t'aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu'on me défend.
Couvre de larmes et de cendre,
Tout le ciel de mon avenir :
Tu m'élevas, fais-moi descendre ;
Dieu n'ôte pas le souvenir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:50

Solitude


Abîme à franchir seule, où personne, oh ! Personne
Ne touchera ma main froide à tous après toi ;
Seulement à ma porte, où quelquefois Dieu sonne,
Le pauvre verra, lui, que je suis encor moi,
Si je vis ! Puis, un soir, ton essor plus paisible
S'abattra sur mon coeur immobile, brisé
Par toi, mais tiède encor d'avoir été sensible
Et vainement désabusé !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:50

L'hiver


Non, ce n'est pas l'été, dans le jardin qui brille,
Où tu t'aimes de vivre, où tu ris, coeur d'enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.

Ce n'est pas aux feux blancs de l'aube qui t'éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l'objet qui t'a dit : " A demain ! "

Non ! ce n'est pas le jour, sous le soleil d'où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :

C'est l'hiver, c'est le soir, près d'un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s'élève ; elle est pâle ; c'est moi ;

C'est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,

Vous chuchotant tout bas ce qu'elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : " C'est vous qui m'avez fait mourir ! "

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:51

Albertine


à Madame Héloïse Saudeur, de Douai
tu sais qu' elle était sainte et mourut sans remord !
Moi, je ne suis que femme et j' ai peur de la mort.
J' ai peur de voir tomber les voiles de mon âme ;
retenue à la terre avec des noeuds de flamme,
j' ai peur qu' elle s' en aille à la porte des cieux
pleurer longtemps, et nue, et devant bien des yeux !
C' est mon rêve, ma croix triste et lourde de larmes,
le fantôme assidu qui refait les alarmes,
les soupirs, les frissons de mes nuits sans sommeil,
et qui me rend si pâle au retour du soleil !
Mais, Albertine ! ô chère ! ô pure ! ô sainte
femme !
Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom.
Quand ils ont déchiré les voiles de son âme,
sais-tu son cri vers Dieu ? " je meurs bien tard...
pardon ! "
cette âme où ne tremblait ni repentir, ni larme,
aimait ! Aimait ! Et puis, comme si quelque charme
mis entre elle et le monde eût isolé ses pas,
elle errait dans la foule et ne s' y mêlait pas.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:51

Rêve d'une femme


Veux-tu recommencer la vie ?
Femme, dont le front va pâlir,
Veux-tu l'enfance, encor suivie
D'anges enfants pour l'embellir ?
Veux-tu les baisers de ta mère
Echauffant tes jours au berceau ?
- "Quoi ? mon doux Eden éphémère ?
Oh ! oui, mon Dieu ! c'était si beau !"

Sous la paternelle puissance
Veux-tu reprendre un calme essor ?
Et dans des parfums d'innocence
Laisser épanouir ton sort ?
Veux-tu remonter le bel âge,
L'aile au vent comme un jeune oiseau ?
- "Pourvu qu'il dure davantage,
Oh ! oui, mon Dieu ! c'était si beau !"

Veux-tu rapprendre l'ignorance
Dans un livre à peine entr'ouvert :
Veux-tu ta plus vierge espérance,
Oublieuse aussi de l'hiver :
Tes frais chemins et tes colombes,
Les veux-tu jeunes comme toi ?
- "Si mes chemins n'ont plus de tombes,
Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi !"

Reprends-donc de ta destinée,
L'encens, la musique, les fleurs ?
Et reviens, d'année en année,
Au temps qui change tout en pleurs ;
Va retrouver l'amour, le même !
Lampe orageuse, allume-toi !
"- Retourner au monde où l'on aime...
O mon Sauveur ! éteignez-moi !"

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:51

Fleur d'enfance


L'haleine d'une fleur sauvage,
En passant tout près de mon coeur,
Vient de m'emporter au rivage,
Où naguère aussi j'étais fleur :
Comme au fond d'un prisme où tout change,
Où tout se relève à mes yeux,
Je vois un enfant aux yeux d'ange :
C'était mon petit amoureux !

Parfum de sa neuvième année,
Je respire encor ton pouvoir ;
Fleur à mon enfance donnée,
Je t'aime ! comme son miroir.
Nos jours ont séparé leur trame,
Mais tu me rappelles ses yeux ;
J'y regardais flotter mon âme :
C'était mon petit amoureux !

De blonds cheveux en auréole,
Un regard tout voilé d'azur,
Une brève et tendre parole,
Voilà son portrait jeune et pur :
Au seuil de ma pauvre chaumière
Quand il se sauvait de ses jeux,
Que ma petite âme était fière ;
C'était mon petit amoureux !

Cette ombre qui joue à ma rive
Et se rapproche au moindre bruit,
Me suit, comme un filet d'eau vive,
A travers mon sentier détruit :
Chaste, elle me laisse autour d'elle
Enlacer un chant douloureux ;
Hélas ! ma seule ombre fidèle,
C'est vous ! mon petit amoureux !

Femme ! à qui ses lèvres timides
Ont dit ce qu'il semblait penser,
Au temps où nos lèvres humides
Se rencontraient sans se presser ;
Vous ! qui fûtes son doux Messie,
L'avez-vous rendu bien heureux ?
Du coeur je vous en remercie :
C'était mon petit amoureux !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:52

Amour et charité

Amour et charité ! Quelque part qu' on vous trouve,
Dieu va venir... qu' un seul s' en souvienne et le prouve !
Qu' un seul, où je m' en vais, me réclame tout bas !
Qui donc me sauverait, s' il ne me sauvait pas ?
S' il ne disait : " pitié ! C' est moi... " non ! Qu' il se taise !
Non ! Qu' en frappant sur moi l' éternité s' apaise !
Moi, je veux bien pleurer, et mourir, et mourir ;
Mais sans croire qu' il pleure et sans le voir souffrir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 11:52

Au revoir


Vous ne me voulez plus... qu' ils en cherchent la
cause !
Je ne chercherai pas. Vous ne me voulez plus...
ainsi des doux romans effeuillés : ils sont lus.
Vous avez cru me lire, et cette page est close.
Pourtant, je l' ai marquée avec un signet noir,
cette page éternelle où s' arrête ma vie.
La vôtre, quelque jour, de mémoire suivie,
tressaillera d' un mot qui s' y cache : au revoir !
Mot sans faste, mot vrai, lien de l' âme à l' âme,
rappelant tôt ou tard l' homme où pleure la femme.
Avec étonnement vous vous en souviendrez,
et, sans l' avoir prévu, ni su, vous reviendrez !
Et ce ne seront plus les parfums de la terre,
les aveux échangés dans un tremblant mystère,
les serments... tu vois bien ce qu' ils sont, les
serments !
Je ne t' en ai point fait dans nos enchantements.
Non ! Ce ne sera plus ce rêve à deux, le même !
Qui fait vivre, qui vit d' un mot, d' un seul : on
m' aime !
Ni les bouquets perdus, broyés sous tes genoux,
attiédis du bonheur qui s' étendait sur nous ;
ni ces heures sans nom dans le temps balancées,
dont les ailes pliaient d' un tel bonheur lassées,
alors que je laissais pour unique entretien,
mon regard ébloui s' abriter sous le tien,
cherchant, ne trouvant pas les mots de mes pensées
pour te les faire voir, lorsqu' en moi trop pressées,
elles voulaient passer de mon coeur à ton coeur
et fondre dans tes yeux quelque doute rêveur.
Toi, ton doux cri : pardon ! Qui brisait ma colère,
à qui le diras-tu, qu' il sache tant lui plaire ?
Une autre, une autre, et puis une autre l' entendra ;
mais sur des coeurs fermés ce vain cri frappera.
N' en cherche plus l' écho, c' est moi qui le recèle !
Moi, je t' aimai sans borne et de tous les amours !
Le seul que tu poursuis est le seul qui chancelle ;
celui-là dit : " demain, " les miens disent : " toujours ! "
mais attenter une heure à ton indépendance,
mais te créer l' effroi de ma fidélité,
acheter de la vie avec ta liberté,
demander des égards pour payer ma constance ! ...
ils rêvent. Toi, je t' aime... oh ! Tu n' en eus jamais,
jamais d' un baiser faux tu ne compris l' outrage,
quand tu serrais ma main dans tes mains, tu m' aimais,
et puis ce fut la mort... merci de ton courage !
Vois ! J' en ai ; vois ! Je dis : " nous ne nous aimons
plus.
Ainsi des doux romans effeuillés : ils sont lus. "
moi, je mens ! Au revoir, après ce rêve étrange
que tu rêveras, toi, sous l' aile d' un autre ange.
De ce qui fut à nous emporte le bonheur !
Je n' en avais besoin que quand j' avais un coeur ;
c' est là que je souffrais, c' est là que je suis morte.
Va ! Nos songes vivants te serviront d' escorte...
ces doux songes appris à travers tant d' espoir.
Ce n' est donc jamais vrai pour ce monde ! ... au revoir !
Tu viendras ! Ce soir-là, ce sera le silence,
d' un passé mal éteint la vague ressemblance,
ce qu' on a ressenti d' amer et de profond
au jardin dévasté qui versa de l' ombrage
sur les jours haletants et doux du premier âge,
jours fiévreux, pleins de bruits, que nuls bruits ne
défont !
Tu viendras, tu verras ! Nous pleurerons ensemble :
c' est là le sort de tout ce que le temps rassemble,
comme l' ombre de nous, tu me regarderas,
tu verras mieux mon âme : alors tu pleureras !
Ma plus profonde vie, hélas ! Que Dieu te garde !
à travers mon regard que le ciel te regarde,
comme tu regardais à travers mes cheveux,
que je laissais déjà retomber sur mes yeux !
à deux pas de mes jours que le sort vous entraîne,
l' invisible au revoir dans mon sort vous ramène.
Allez ! Midi n' est pas l' heure du souvenir ;
cette heure sur vos pas vous fera revenir.
Chacun a ses douleurs et vous aurez les vôtres,
et vous direz mon nom en cherchant dans les autres ;
s' il en est un qui reste aux jours abandonnés,
oh ! Ce sera le mien qui répondra : venez !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:00

Affliction


S'en aller, à travers des pleurs et des sourires,
Achever par le monde un sort amer et pur,
User sa robe blanche, et, pour une d'azur,
En laisser les lambeaux aux ronces des martyres,
C'est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,
Je ne m'appuie à rien que je ne tombe à terre,
Et je chante pourtant l'ineffable mystère
Qui de mon coeur trahi fait un coeur plein de foi!

D'où vient donc que ce jour surpasse la tristesse
De tous les jours tombés hors de ma vie? Eh! Quoi!
Sur mes heures, que pousse une immobile loi,
Le pied du temps bondit de la même vitesse!
D'où vient donc que j'étouffe au sein de l'univers?
Ah! C'est qu'ils m'ont blessée au milieu de la foule:
Du grand arbre agité, feuille que le vent roule,
Ils ont soufflé loin d'eux mes mobiles revers.

Allons donc! Adieu donc, ville inhospitalière,
Ville trois fois fermée à mes humbles malheurs,
Pour d'autres si riante et si pleine de fleurs,
Où ma vie arriva, blonde et pure écolière,
À quinze ans; ville austère où j'appris à pleurer,
Où j'apportais un coeur si tendre à déchirer!

Pour la voix qui pleure,
Vallon sans écho,
Où je buvais l'heure,
Froide comme l'eau;
Amere lustrale!
Sombre cathédrale,
Où s'est caché Dieu;
Jardin des Olives,
Sol aux ronces vives,
Mon calvaire, adieu!

Allons! Je n'entre pas dans un désert, la vie
Autour de moi se meut, j'ai mon ombre au soleil,
Partout je trouve terre où le ciel m'a suivie,
Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil.
Naguère, quand leurs traits dans l'ombre m'ont touchée,
Je m'en allai vers Dieu; j'y retourne aujourd'hui:
Car sa main est pour tous, et je m'y sens cachée;
Elle s'étend vers moi; moi, je me sauve à lui!

Et sous cette main qui délivre,
J'entrerai comme tous aux cieux.
Là, leur or ne pourra les suivre;
Moi, je n'y porterai qu'un livre.
Fermé maintenant à leurs yeux
Ce livre, ce coeur plein d'orages,
Plein d'abîmes et plein de pleurs,
Déchiré dans toutes ses pages,
Dieu, sauveur de tous les naufrages,
Aura la clé de ses douleurs.

Mais seule, et quand le jour se voile sous la nue,
Qu'il laisse tomber l'ombre avant la nuit venue,
Quand l'oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs,
Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs,
Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes
Et qu'on prendrait au loin pour des âmes pleurantes.

Quand on se meurt, on plaint tout ce qui va mourir,
On plaint tout ce qui souffre ou qui semble souffrir.

Mourir! On ne meurt pas quand on le pense. Une âme
Prend ses ailes longtemps avant de s'envoler;
Une lampe longtemps s'use sans s'exhaler
Tant qu'un peu d'huile au coeur en remonte la flamme.
J'ai des enfants! Leurs voix, leurs haleines, leurs jeux
Soufflent sur moi l'amour qui m'alimente encore;
J'ai, pour les regarder, tant d'âme dans les yeux!
Mon étoile est si bien nouée à leur aurore!
On m'a blessée en vain, je ne peux pas mourir:
J'ai semé leurs printemps, je dois les voir fleurir.
Au milieu de leurs jours, inoffensive et frêle,
Mort! Oublieuse mort! Je passe sous votre aile,
Et je n'alourdis pas mon vol de haine; hélas!
S'il fallait me venger, je ne le saurais pas.

Vraiment, le pardon calme à défaut d'espérance;
Il détend la colère; on pleure, on apprend Dieu,
Dieu triste! Comme nous voyageur en ce lieu,
Et l'on courbe sa vie au pied de sa souffrance.
Ceux qui m'ont affligée en leurs dédains jaloux,
Ceux qui m'ont fait descendre et marcher dans l'orage,
Ceux qui m'ont pris ma part de soleil et d'ombrage,
Ceux qui sous mes pieds nus ont jeté leurs cailloux,
N'ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes,
Leurs pleurs, pour expier ce qu'ils m'ont fait de larmes?

Quoi donc! Aux durs sentiers qu'on a tous à courir,
Seigneur! Ne faut-il pas mourir et voir mourir?
N'est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines,
Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines?
Oh! Qui peut se venger? Oh! Par votre abandon,
Seigneur! Par votre croix dont j'ai suivi la trace,
Par ceux qui m'ont laissé la voix pour crier grâce,
Pardon pour eux! Pour moi! Pour tous! Pardon! Pardon!
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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:01

Cantique des mères

Reine pieuse aux flancs de mère,
écoutez la supplique amère
des veuves aux rares deniers
dont les fils sont vos prisonniers.
Si vous voulez que Dieu vous aime
et pardonne au geôlier lui-même,
priez d' un salutaire effroi
pour tous les prisonniers du roi !
On dit que l' on a vu des larmes
dans vos regards doux et sans armes ;
que Dieu fasse tomber ces pleurs
sur un front gros de nos malheurs.
Soulagez la terre en démence,
faites-y couler la clémence ;
et priez d' un céleste effroi
car ce sont vos enfants, madame,
adoptés au fond de votre âme,
quand ils se sont, libres encor,
rangés sous votre rameau d' or ;
rappelez aux royales haines
ce qu' ils font un jour de leurs chaînes,
et priez d' un prudent effroi
ne sentez-vous pas vos entrailles
frémir des fraîches funérailles
dont nos pavés portent le deuil ?
Il est déjà grand le cercueil !
Personne n' a tué vos filles ;
rendez-nous d' entières familles !
Priez d' un maternel effroi
comme Esther s' est agenouillée
et saintement humiliée
entre le peuple et le bourreau,
rappelez le glaive au fourreau.
Vos soldats vont la tête basse,
le sang est lourd, la haine lasse :
priez d' un courageux effroi
madame ! Les geôles sont pleines,
l' air y manque pour tant d' haleines,
nos enfants n' en sortent que morts !
Où commence donc le remords ?
S' il est plus beau que l' innocence,
qu' il soit en aide à la puissance,
et priez d' un ardent effroi
c' est la faim, croyez-en nos larmes,
qui fiévreuse aiguisa leurs armes.
Vous ne comprenez pas la faim :
elle tue, on s' insurge enfin !
ô vous ! Dont le lait coule encore,
notre sein tari vous implore :
priez d' un charitable effroi
voyez comme la providence
confond l' oppressive imprudence,
comme elle ouvre avec ses flambeaux,
les bastilles et les tombeaux !
La liberté, c' est son haleine
qui d' un rocher fait une plaine :
priez d' un prophétique effroi
quand nos cris rallument la guerre,
coeur sans pitié n' en trouve guère ;
l' homme qui n' a rien pardonné
se voit par l' homme abandonné ;
de noms sanglants, dans l' autre vie,
sa terreur s' en va poursuivie :
priez d' un innocent effroi
reine ! Qui dites vos prières,
femme ! Dont les chastes paupières
savent lire au livre de Dieu ;
par les maux qu' il lit en ce lieu,
par la croix qui saigne et pardonne,
par le haut pouvoir qu' il vous donne,
reine ! Priez d' un humble effroi
redoublez vos divins exemples,
madame ! Le plus beau des temples,
c' est le coeur du peuple ; entrez-y !
Le roi des rois l' a bien choisi.
Vous ! Qu' on aimait comme sa mère,
pesez notre supplique amère,
et priez d' un sublime effroi

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:01

Qu'en avez-vous fait ?

Vous aviez mon coeur,
Moi, j'avais le vôtre :
Un coeur pour un coeur ;
Bonheur pour bonheur !

Le vôtre est rendu,
Je n'en ai plus d'autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !

La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L'encens, la couleur :

Qu'en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu'en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?

Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,

Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !

Savez-vous qu'un jour
L'homme est seul au monde ?
Savez-vous qu'un jour
Il revoit l'amour ?

Vous appellerez,
Sans qu'on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !...

Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.

Et l'on vous dira :
" Personne !... elle est morte. "
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:01

Les roseaux

à ma soeur
deux roseaux dans les airs entrelaçaient leurs jours
et leurs nuits ; ils pliaient, ils balançaient leur
tête
ensemble ; agenouillés aux pieds de la tempête,
ils ne se faisaient qu' un pour être à deux toujours !
L' amitié n' eut jamais de plus étroite chaîne,
au monde on n' a rien vu de mieux uni jamais,
on eût dit qu' ils s' aimaient jusqu' à manquer d' haleine ;
je ne les plaignais pas d' être roseaux, j' aimais !
Et de ce frais hymen montait une harmonie
qui parlait ! Qui chantait ! Triste, intime, infinie,
quand leur sort haletant demandait au soleil
de leur donner un jour encore, un jour vermeil !
Sitôt qu' apparaissaient l' aube et sa soeur l' aurore,
" quel bonheur ! Disait l' un, je vois le ciel encore,
je vous vois ! " l' autre aussi répondait : " quel
bonheur !
Mais j' étais bien pourtant, j' étais sur votre coeur ! "
le vieux chêne au coeur dur, vert géant du rivage,
de son calme escarpé souriait de les voir :
on ne peut contempler l' amour sans s' émouvoir,
et tout célibataire a rêvé d' esclavage,
de cette molle étreinte où tremblaient les roseaux,
battus des mêmes vents, lavés des mêmes eaux.
Souvent d' un rossignol la nocturne prière
descendait se mouiller dans leurs frissons charmants ;
souvent, quelque âme veuve y pleura la dernière
avant de s' envoler où vont les vrais amants.
Un homme passe : adieu l' union solitaire,
adieu la pauvre amour, doux ciment de la terre !
L' homme passe et dans l' air veut souffler une voix :
l' homme est triste ; un roseau va gémir sous ses doigts.
Leurs noeuds entrelacés dans l' eau se déchirèrent.
Du roseau qui s' en va les racines pleurèrent.
Enhardi de frayeur, l' autre voulut courir ;
il tomba. Tomber seul, c' est tomber pour mourir !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:03

Au soleil

Italie

ami de la pâle indigence,
sourire éternel au malheur ;
d' une intarissable indulgence
aimante et visible chaleur ;
ta flamme, d' orage trempée,
ne s' éteint jamais sans espoir ;
toi ! Tu ne m' as jamais trompée
lorsque tu m' as dit : " au revoir ! "
tu nourris le jeune platane
sous ma fenêtre sans rideau,
et de sa tête diaphane
à mes pleurs tu fais un bandeau.
Par toute la grande Italie,
où je passe le front baissé,
de toi seul, lorsque tout m' oublie,
notre abandon est embrassé !
Donne-nous le baiser sublime
dardé du ciel dans tes rayons,
phare entre l' abîme et l' abîme
qui fait qu' aveugles nous soyons !
à travers les monts et les nues
où l' exil se traîne à genoux,
dans nos épreuves inconnues,
âme de feu, plane sur nous !
Oh ! Lève-toi pur sur la France
où m' attendent de chers absents !
à mon fils, ma jeune espérance,
rappelle mes yeux caressants !
De son âge éclaire les charmes
et s' il me pleure devant toi,
astre aimé ! Recueille ses larmes,
pour les faire tomber sur moi !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:03

A celles qui pleurent

Vous surtout que je plains si vous n' êtes chéries,
vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes soeurs :
c' est à vous qu' elles vont, mes lentes rêveries,
et de mes pleurs chantés les amères douceurs.
Prisonnière en ce livre une âme est contenue.
Ouvrez, lisez : comptez les jours que j' ai soufferts.
Pleureuses de ce monde où je passe inconnue,
rêvez sur cette cendre et trempez-y vos fers.
Chantez ! Un chant de femme attendrit la souffrance.
Aimez ! Plus que l' amour la haine fait souffrir.
Donnez ! La charité relève l' espérance :
tant que l' on peut donner on ne veut pas mourir !
Si vous n' avez le temps d' écrire aussi vos larmes,
laissez-les de vos yeux descendre sur ces vers.
Absoudre, c' est prier. Prier, ce sont nos armes.
Absolvez de mon sort les feuillets entr' ouverts !
Pour livrer sa pensée au vent de la parole,
s' il faut avoir perdu quelque peu sa raison,
qui donne son secret est plus tendre que folle :
méprise-t-on l' oiseau qui répand sa chanson ?

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:04

Jours d'été

Ma soeur m' aimait en mère ; elle m' apprit à lire ;
ce qu' elle y mit d' ardeur ne saurait se décrire.
Mais l' enfant ne sait pas qu' apprendre, c' est courir,
et qu' on lui donne, assis, le monde à parcourir.
Voir ! Voir ! L' enfant veut voir. Les doux bruits de
la rue,
Albertine charmante à la vitre apparue,
élevant ses bouquets, ses volants, et, là-bas,
les jeux qui m' attendaient et ne commençaient pas ;
et le livre avait tort ! Tous les livres du monde
ne valaient pas un chant de la lointaine ronde
où mon âme sans moi tournait de main en main,
quand ma soeur avait dit : " tu danseras demain. "
demain, c' était jamais. Ma jeune providence,
nouant d' un fil prudent les ailes de la danse,
me répétait en vain toute grave et tout bas :
" vois donc ! Je suis heureuse, et je ne danse pas. "
j' aimais tant les anges
glissant au soleil !
Ce flot sans mélanges
d' amour sans pareil,
étude vivante
d' avenirs en fleurs,
école savante,
savante au bonheur !
Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes.
Marchant sur l' alphabet rangé sur mes genoux,
la mouche en bourdonnant me disait : " venez-vous ? ... "
et mon nom qui tintait dans l' air ardent de joie,
les pigeons sans liens sous leur robe de soie,
mollement envolés de maison en maison,
dont le fluide essor entraînait ma raison ;
les arbres, hors des murs poussant leurs têtes vertes ;
jusqu' au fond des jardins les demeures ouvertes ;
le rire de l' été sonnant de toutes parts,
et le congé, sans livre ! Errant aux vieux remparts :
tout combattait ma soeur à l' aiguille attachée,
tout passait en chantant sous ma tête penchée,
tout m' enlevait, boudeuse et riante à la fois,
et l' alphabet toujours s' endormait dans ma voix.
Oui ! L' enfance est poète. Assise ou turbulente,
elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu :
l' oiseau qui jette au loin sa musique volante
lui chante une lettre de Dieu !
Esprit qui passe, ouvrant ton aile souple et forte
au souffle impérieux qui l' enivre et l' emporte,
d' où vient qu' à ton beau rêve, où se miraient les
cieux,
je sens fondre une larme en un coin de mes yeux ?
C' est qu' aux flots de lait pur que me versait ma mère
ne se mêlait alors pas une goutte amère ;
c' est qu' on baisait l' enfant qui criait : " tout pour
moi ! "
c' est qu' on lui répondait encore : " oui ! Tout pour
toi !
Veux-tu le monde aussi ? Tu l' auras, ma jeune âme. "
hélas ! Qu' avons-nous eu ? Belle espérance ! ô
femme !
ô toi qui m' as trompée avec tes blonds cheveux,
tes chants de rossignol et tes placides jeux !
Ma soeur, ces jours d' été nous les courions ensemble,
je reprends sous leurs flots ta douce main qui
tremble,
je t' aime du bonheur que tu tenais de moi !
Et mes soleils d' alors se rallument sur toi !
Mais j' épelais enfin : l' esprit et la lumière,
éclairaient par degrés la page, la première
d' un beau livre, terni sous mes doigts, sous mes
pleurs,
où la bible aux enfants ouvre toutes ses fleurs.
Pourtant c' est par le coeur, cette bible vivante,
que je compris bientôt qu' on me faisait savante.
Dieu ! Le jour n' entre-t-il dans notre entendement
que trempé pour jamais d' un triste sentiment ?
Un frêle enfant manquait aux genoux de ma mère.
Il s' était comme enfui par une bise amère !
Et, disparu du rang de ses petits amis,
au berceau blanc, le soir, il ne fut pas remis.
Ce vague souvenir sur ma jeune pensée
avait pesé deux ans, et puis m' avait laissée.
Je ne comprenais plus pourquoi, pâle de pleurs,
ma mère vers l' église allait avec ses fleurs.
L' église, en ce temps-là, des vertes sépultures,
se composait encor de sévères ceintures,
et, versant sur les morts ses longs hymnes fervents,
au rendez-vous de tous appelait les vivants.
C' était beau d' enfermer dans une même enceinte,
la poussière animée et la poussière éteinte ;
c' était doux, dans les fleurs éparses au saint lieu,
de respirer son père en visitant son Dieu.
J' y pense : un jour de tiède et pâle automne,
après le mois qui consume et qui tonne,
près de ma soeur et ma main dans sa main,
de notre-dame ayant pris le chemin
tout sinueux, planté de croix fleuries,
où se mouraient des couronnes flétries,
je regardais avec saisissement
ce que ma soeur saluait tristement.
La lune large avant la nuit levée,
comme une lampe avant l' heure éprouvée,
d' un reflet rouge enluminait les croix,
l' église blanche et tous ces lits étroits ;
puis, dans les coins, le chardon solitaire
éparpillait ses flocons sur la terre.
Sans deviner ce que c' est que mourir,
devant la mort je n' osai plus courir.
Un ruban gris qui serpentait dans l' herbe,
de résédas nouant l' humide gerbe,
tira mon âme au tertre le plus vert,
sous la madone au flanc sept fois ouvert.
Là, j' épelai notre nom de famille,
et je pâlis, faible petite fille ;
puis, mot à mot : " notre dernier venu
est passé là vers le monde inconnu ! "
cette leçon, aux pieds de notre-dame,
mouilla mes yeux et dessilla mon âme.
Je savais lire, et j' appris sous des fleurs
ce qu' une mère aime avec tant de pleurs.
Je savais lire... et je pleurai moi-même.
Merci, ma soeur ! On pleure dès qu' on aime.
Si jeune donc que soit le souvenir,
c' est par un deuil qu' il faut y revenir ?
Mais que j' aime à t' aimer, soeur charmante et sévère,
qui reçus pour nous deux l' instinct qui persévère ;
rayon droit du devoir, humble, ardent et caché,
sur mon aveugle vie à toute heure épanché !
Oh ! Si Dieu m' aime encore, oh ! Si Dieu me remporte,
comme un rêve flottant, sur le seuil de ta porte,
devant mes traits changés si tu fermes tes bras,
je saisirai ta main... tu me reconnaîtras !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:04

Ame et jeunesse

Puisque de l'enfance envolée
Le rêve blanc,
Comme l'oiseau dans la vallée,
Fuit d'un élan ;

Puisque mon auteur adorable
Me fait errer
Sur la terre où rien n'est durable
Que d'espérer ;

A moi jeunesse, abeille blonde
Aux ailes d'or !
Prenez une âme, et par le monde,
Prenons l'essor ;

Avançons, l'une emportant l'autre,
Lumière et fleur,
Vous sur ma foi, moi sur la vôtre,
Vers le bonheur !

Vous êtes, belle enfant, ma robe,
Perles et fil,
Le fin voile où je me dérobe
Dans mon exil.

Comme la mésange s'appuie
Au vert roseau,
Vous êtes le soutien qui plie ;
Je suis l'oiseau !

Bouquets défaits, tête penchée,
Du soir au jour,
Jeunesse ! On vous dirait fâchée
Contre l'amour.

L'amour luit d'orage en orage ;
Il faut souvent
Pour l'aborder bien du courage
Contre le vent !

L'amour c'est Dieu, jeunesse aimée !
Oh ! N'allez pas,
Pour trouver sa trace enflammée,
Chercher en bas :

En bas tout se corrompt, tout tombe,
Roses et miel ;
Les couronnes vont à la tombe,
L'amour au ciel !

Dans peu, bien peu, j'aurai beau faire :
Chemin courant,
Nous prendrons un chemin contraire,
En nous pleurant.

Vous habillerez une autre âme
Qui descendra,
Et toujours l'éternelle flamme
Vous nourrira !

Vous irez où va chanter l'heure,
Volant toujours ;
Vous irez où va l'eau qui pleure,
Où vont les jours ;

Jeunesse ! Vous irez dansante
A qui rira,
Quand la vieillesse pâlissante
M'enfermera !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:05

Ma chambre

Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux ;
La lune en est l'hôte,
Pâle et sérieux :
En bas que l'on sonne,
Qu'importe aujourd'hui
Ce n'est plus personne,
Quand ce n'est plus lui !

Aux autres cachée,
Je brode mes fleurs ;
Sans être fâchée,
Mon âme est en pleurs ;
Le ciel bleu sans voiles ,
Je le vois d'ici ;
Je vois les étoiles
Mais l'orage aussi !

Vis-à-vis la mienne
Une chaise attend :
Elle fut la sienne,
La nôtre un instant ;
D'un ruban signée,
Cette chaise est là,
Toute résignée,
Comme me voilà !

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:05

Merci, mon Dieu

J' ai rencontré sur la terre où je passe
plus d' un abîme où je tombai, seigneur !
Lors, d' un long cri j' appelais dans l' espace
mon Dieu, mon père, ou quelque ange sauveur.
Doux et penché sur l' abîme funeste,
un envoyé du tribunal céleste
venait toujours, fidèle à votre loi :
qu' il soit béni ! Mon Dieu, payez pour moi.
J' ai rencontré sur la terre où je pleure
des yeux mouillés de prière et d' espoir :
à leurs regards souvent j' oubliai l' heure ;
dans ces yeux-là, mon Dieu, j' ai cru vous voir.
Le ciel s' y meut comme dans vos étoiles,
c' est votre livre entr' ouvert et sans voiles,
ils m' ont appris la charité, la foi.
Qu' ai-je rendu ? Mon Dieu, payez pour moi.
J' ai rencontré sur la terre où je chante
des coeurs vibrants, juges harmonieux
muse cachée et qui de peu s' enchante,
écoutant bien pour faire chanter mieux.
Divine aumône, adorable indulgence,
trésor tombé dans ma fière indigence,
suffrage libre, ambition de roi,
vous êtes Dieu ! Mon Dieu ! Payez pour moi.
J' ai rencontré jour par jour sur la terre
des malheureux le troupeau grossissant ;
j' ai vu languir dans son coin solitaire,
comme un ramier, l' orphelin pâlissant ;
j' ai regardé ces frères de mon âme,
puis, j' ai caché mes yeux avec effroi ;
mon coeur nageait dans les pleurs et la flamme :
regardez-les, mon Dieu ! Donnez pour moi.

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MessageSujet: Re: Marceline Desbordes-Valmore   Lun 28 Avr 2008 - 13:05

Priere de femme

Mon saint amour ! Mon cher devoir !
Si Dieu m' accordait de te voir,
Ton logis fût-il pauvre et noir,
Trop tendre pour être peureuse,
Emportant ma chaîne amoureuse,
Sais-tu bien qui serait heureuse ?
C' est moi. Pardonnant aux méchants,
Vois-tu ! Les mille oiseaux des champs
N' auraient mes ailes ni mes chants !
Pour te rapprendre le bonheur,
Sans guide, sans haine, sans peur,
J' irais m' abattre sur ton coeur,
Ou mourir de joie à ta porte.
Ah ! Si vers toi Dieu me remporte,
Vivre ou mourir pour toi, qu' importe ?
Mais non ! Rendue à ton amour,
Vois-tu ! Je ne perdrais le jour
Qu' après l' étreinte du retour.
C' est un rêve ! Il en faut ainsi
Pour traverser un long souci.
C' est mon coeur qui bat : le voici,
Il monte à toi comme une flamme !
Partage ce rêve, ô mon âme !
C' est une prière de femme,
C' est mon souffle en ce triste lieu,
C' est le ciel depuis notre adieu :
Prends ! Car c' est ma croyance en Dieu !

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