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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:24

Paysage

Lorsque j'étais enfant : "Viens, me disait la Muse,
Viens voir le beau génie assis sur mon autel !
Il n'est dans mes trésors rien que je te refuse,
Soit que l'altier clairon ou l'humble cornemuse
Attendent ton souffle immortel.

"Mais fuis d'un monde étroit l'impure turbulence ;
Là rampent les ingrats, là, règnent les méchants.
Sur un luth inspiré lorsqu'une âme s'élance,
Il faut que, l'écoutant dans un chaste silence,
L'écho lui rende tous ses chants !

"Choisis quelque désert pour y cacher ta vie.
Dans une ombre sacrée emporte ton flambeau.
Heureux qui, loin des pas d'une foule asservie,
Dérobant ses concerts aux clameurs de l'envie,
Lègue sa gloire à son tombeau !

"L'horizon de ton âme est plus haut que la terre.
Mais cherche à ta pensée un monde harmonieux,
Où tout, en l'exaltant, charme ton cœur austère,
Où des saintes clartés, que nulle ombre n'altère,
Le doux reflet suive tes yeux.

"Qu'il soit un frais vallon, ton paisible royaume,
Où, parmi l'églantier, le saule et le glaïeul,
Tu penses voir parfois, errant comme un fantôme,
Ces magiques palais qui naissent sous le chaume,
Dans les beaux contes de l'aïeul.

"Qu'une tour en ruine au flanc de la montagne
Pende, et jette son ombre aux flots d'un lac d'azur.
Le soir, qu'un feu de pâtre, au fond de la campagne,
Comme un ami dont l'œil de loin nous accompagne,
Perce le crépuscule obscur.

"Quand, guidant sur le lac deux rames vagabondes,
Le ciel, dans ce miroir, t'offrira ses tableaux,
Qu'une molle nuée, en déroulant ses ondes,
Montre à tes yeux, baissés sur les vagues profondes,
Des flots se jouant dans les flots.

"Que, visitant parfois une île solitaire
Et des bords ombragés de feuillages mouvants,
Tu puisses, savourant ton exil volontaire,
En silence épier s'il est quelque mystère
Dans le bruit des eaux et des vents.

"Qu'à ton réveil joyeux, les chants des jeunes mères
T'annoncent et l'enfance, et la vie, et le jour.
Qu'un ruisseau passe auprès de tes fleurs éphémères,
Comme entre les doux soins et les tendres chimères
Passent l'espérance et l'amour.

"Qu'il soit dans la contrée un souvenir fidèle
De quelque bon seigneur, de hauteur dépourvu,
Ami de l'indigence et toujours aimé d'elle ;
Et que chaque vieillard le citant pour modèle,
Dise : Vous ne l'avez pas vu !

"Loin du monde surtout mon culte te réclame.
Sois le prophète ardent, qui vit le ciel ouvert,
Dont l'œil, au sein des nuits, brillait comme une flamme,
Et qui, de l'esprit sain ayant rempli son âme,
Allait, parlant dans le désert !"

Tu le disais, ô Muse ! Et la cité bruyante
Autour de moi pourtant mêle ses mille voix,
Muse ! et je ne fuis pas la sphère tournoyante
Où le sort, agitant la foule imprévoyante,
Meut tant de destins à la fois !

C'est que, pour m'amener au terme où tout aspire,
Il m'est venu du ciel un guide au front joyeux ;
Pour moi, l'air le plus pur est l'air qu'elle respire ;
Je vois tous mes bonheurs, Muse, dans son sourire,
Et tous mes rêves dans ses yeux !

1823

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:25

Le poète et la muse

La chambre, as-tu gardé leurs spectres ridicules,
Ô pleine de jour sale et de bruits d'araignées ?
La chambre, as-tu gardé leurs formes désignées
Par ces crasses au mur et par quelles virgules ?

Ah fi ! Pourtant, chambre en garni qui te recules
En ce sec jeu d'optique aux mines renfrognées
Du souvenir de trop de choses destinées,
Comme ils ont donc regret aux nuits, aux nuits d'Hercules ?

Qu'on l'entende comme on voudra, ce n'est pas ça :
Vous ne comprenez rien aux choses, bonnes gens.
Je vous dis que ce n'est pas ce que l'on pensa.

Seule, ô chambre qui fuis en cônes affligeants
Seule, tu sais ! mais sans doute combien de nuits
De noce auront dévirginé leurs nuits depuis !

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:32

L'aube à l'envers

À Louis Dumoulin

Le Point-du-Jour avec Paris au large,
Des chants, des tirs, les femmes qu'on « rêvait »,
La Seine claire et la foule qui fait
Sur ce poème un vague essai de charge.

On danse aussi, car tout est dans la marge
Que fait le fleuve à ce livre parfait,
Et si parfois l'on tuait ou buvait
Le fleuve est sourd et le vin est litharge.

Le Point-du-Jour, mais c'est l'Ouest de Paris !
Un calembour a béni son histoire
D'affreux baisers et d'immondes paris.

En attendant que sonne l'heure noire
Où les bateaux-omnibus et les trains
Ne partent plus, tirez, tirs, fringuez, reins !

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:33

Un pouacre

À Jean Moréas

Avec les yeux d'une tête de mort
Que la lune encore décharne
Tout mon passé, disons tout mon remord
Ricane à travers ma lucarne.

Avec la voix d'un vieillard très cassé,
Comme l'on n'en voit qu'au théâtre,
Tout mon remords, disons tout mon passé
Fredonne un tralala folâtre.

Avec les doigts d'un pendu déjà vert
Le drôle agace une guitare
Et danse sur l'avenir grand ouvert,
D'un air d'élasticité rare.

« Vieux turlupin, je n'aime pas cela.
Tais ces chants et cesse ces danses. »
Il me répond avec la voix qu'il a :
« C'est moins farce que tu ne penses,

Et quant au soin frivole, ô doux morveux,
De te plaire ou de te déplaire,
Je m'en soucie au point que, si tu veux,
Tu peux t'aller faire lanlaire. »

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:33

Madrigal

Tu m'as, ces pâles jours d'automne blanc, fait mal
À cause de tes yeux où fleurit l'animal,
Et tu me rongerais, en princesse Souris,
Du bout fin de la quenotte de ton souris,
Fille auguste qui fis flamboyer ma douleur
Avec l'huile rancie encor de ton vieux pleur !
Oui, folle, je mourrais de ton regard damné.
Mais va (veux-tu ?) l'étang là dort insoupçonné
Dont du lys, nef qu'il eût fallu qu'on acclamât,
L'eau morte a bu le vent qui coule du grand mât.
T'y jeter, palme ! et d'avance mon repentir
Parle si bas qu'il faut être sourd pour l'ouïr.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:34

La grâce

À Armand Silvestre

Un cachot. Une femme à genoux, en prière.
Une tête de mort est gisante par terre,
Et parle, d'un ton aigre et douloureux aussi.
D'une lampe au plafond tombe un rayon transi.

« Dame Reine,... - Encor toi, Satan ! - Madame Reine,...
- Ô Seigneur, faites mon oreille assez sereine
Pour ouïr sans l'écouter ce que dit le Malin ! »
- « Ah ! ce fut un vaillant et galant châtelain
Que votre époux ! Toujours en guerre ou bien en fête,
(Hélas ! j'en puis parler puisque je suis sa tête.)
Il vous aima, mais moins encore qu'il n'eût dû.
Que de vertu gâtée et que de temps perdu
En vains tournois, en cours d'amour loin de sa dame
Qui belle et jeune prit un amant, la pauvre âme ! » -
- « Ô Seigneur, écartez ce calice de moi ! » -
- « Comme ils s'aimèrent ! Ils s'étaient juré leur foi
De s'épouser sitôt que serait mort le maître,
Et le tuèrent dans son sommeil d'un coup traître. »
- « Seigneur, vous le savez, dès le crime accompli,
J'eus horreur, et prenant ce jeune homme en oubli,
Vins au roi, dévoilant l'attentat effroyable,
Et pour mieux déjouer la malice du diable,
J'obtins qu'on m'apportât en ma juste prison
La tête de l'époux occis en trahison :
Par ainsi le remords, devant ce triste reste,
Me met toujours aux yeux mon action funeste,
Et la ferveur de mon repentir s'en accroît,
Ô Jésus ! Mais voici : le Malin qui se voit
Dupe et qui voudrait bien ressaisir sa conquête
S'en vient-il pas loger dans cette pauvre tête
Et me tenir de faux propos insidieux ?
Ô Seigneur, tendez-moi vos secours précieux ! »
- « Ce n'est pas le démon, ma Reine, c'est moi-même,
Votre époux, qui vous parle en ce moment suprême,
Votre époux qui, damné (car j'étais en mourant
En état de péché mortel), vers vous se rend,
Ô Reine, et qui, pauvre âme errante, prend la tête
Qui fut la sienne aux jours vivants pour interprète
Effroyable de son amour épouvanté. »
- « Ô blasphème hideux, mensonge détesté !
Monsieur Jésus, mon maître adorable, exorcise
Ce chef horrible et le vide de la hantise
Diabolique qui n'en fait qu'un instrument
Où souffle Belzébuth fallacieusement
Comme dans une flûte on joue un air perfide ! »
- « Ô douleur, une erreur lamentable te guide,
Reine, je ne suis pas Satan, je suis Henry ! » -
- « Oyez, Seigneur, il prend la voix de mon mari !
À mon secours, les Saints, à l'aide, Notre Dame ! » -
- « Je suis Henry, du moins, Reine, je suis son âme
Qui, par sa volonté, plus forte que l'enfer,
Ayant su transgresser toute porte de fer
Et de flamme, et braver leur impure cohorte,
Hélas ! vient pour te dire avec cette voix morte
Qu'il est d'autres amours encor que ceux d'ici,
Tout immatériels et sans autre souci
Qu'eux-mêmes, des amours d'âmes et de pensées.
Ah, que leur fait le Ciel ou l'enfer. Enlacées,
Les âmes, elles n'ont qu'elles-mêmes pour but !
L'enfer pour elles c'est que leur amour mourût,
Et leur amour de son essence est immortelle !
Hélas ! moi, je ne puis te suivre aux cieux, cruelle
Et seule peine en ma damnation. Mais toi,
Damne-toi ! Nous serons heureux à deux, la loi
Des âmes, je te dis, c'est l'alme indifférence
Pour la félicité comme pour la souffrance
Si l'amour partagé leur fait d'intimes cieux.
Viens afin que l'enfer jaloux, voie, envieux,
Deux damnés ajouter, comme on double un délice,
Tous les feux de l'amour à tous ceux du supplice,
Et se sourire en un baiser perpétuel ! »
« - Âme de mon époux, tu sais qu'il est réel
Le repentir qui fait qu'en ce moment j'espère
En la miséricorde ineffable du Père
Et du Fils et du Saint-Esprit ! Depuis un mois
Que j'expie, attendant la mort que je te dois,
En ce cachot trop doux encor, nue et par terre,
Le crime monstrueux et l'infâme adultère
N'ai-je pas, repassant ma vie en sanglotant,
Ô mon Henry, pleuré des siècles cet instant
Où j'ai pu méconnaître en toi celui qu'on aime ?
Va, j'ai revu, superbe et doux, toujours le même,
Ton regard qui parlait délicieusement
Et j'entends, et c'est là mon plus dur châtiment,
Ta noble voix, et je me souviens des caresses !
Or si tu m'as absoute et si tu t'intéresses
À mon salut, du haut des cieux, ô cher souci,
Manifeste-toi, parle, et démens celui-ci
Qui blasphème et vomit d'affreuses hérésies ! » -
- « Je te dis que je suis damné ! Tu t'extasies
En terreurs vaines, ô ma Reine. Je te dis
Qu'il te faut rebrousser chemin du Paradis,
Vain séjour du bonheur banal et solitaire
Pour l'amour avec moi ! Les amours de la terre
Ont, tu le sais, de ces instants chastes et lents :
L'âme veille, les sens se taisent somnolents,
Le coeur qui se repose et le sang qui s'affaisse
Font dans tout l'être comme une douce faiblesse.
Plus de désirs fiévreux, plus d'élans énervants,
On est des frères et des soeurs et des enfants,
On pleure d'une intime et profonde allégresse,
On est les cieux, on est la terre, enfin on cesse
De vivre et de sentir pour s'aimer au delà,
Et c'est l'éternité que je t'offre, prends-la !
Au milieu des tourments nous serons dans la joie,
Et le Diable aura beau meurtrir sa double proie,
Nous rirons, et plaindrons ce Satan sans amour.
Non, les Anges n'auront dans leur morne séjour
Rien de pareil à ces délices inouïes ! » -

La Comtesse est debout, paumes épanouies.
Elle fait le grand cri des amours surhumains,
Puis se penche et saisit avec ses pâles mains
La tête qui, merveille ! a l'aspect de sourire.
Un fantôme de vie et de chair semble luire
Sur le hideux objet qui rayonne à présent
Dans un nimbe languissamment phosphorescent.
Un halo clair, semblable à des cheveux d'aurore
Tremble au sommet et semble au vent flotter encore
Parmi le chant des cors à travers la forêt.
Les noirs orbites ont des éclairs, on dirait
De grands regards de flamme et noirs. Le trou farouche
Au rire affreux, qui fut, Comte Henry, votre bouche
Se transfigure rouge aux deux arcs palpitants
De lèvres qu'auréole un duvet de vingt ans,
Et qui pour un baiser se tendent savoureuses...
Et la Comtesse à la façon des amoureuses
Tient la tête terrible amplement, une main
Derrière et l'autre sur le front, pâle, en chemin
D'aller vers le baiser spectral, l'âme tendue,
Hoquetant, dilatant sa prunelle perdue
Au fond de ce regard vague qu'elle a devant...
Soudain elle recule, et d'un geste rêvant
(Ô femmes, vous avez ces allures de faire !)
Elle laisse tomber la tête qui profère
Une plainte, et, roulant, sonne creux et longtemps :
- « Mon Dieu, mon Dieu, pitié ! Mes péchés pénitents
Lèvent leurs pauvres bras vers ta bénévolence,
Ô ne les souffre pas criant en vain ! Ô lance
L'éclair de ton pardon qui tuera ce corps vil !
Vois que mon âme est faible en ce dolent exil
Et ne la laisse pas au Mauvais qui la guette !
Ô que je meure ! »
Avec le bruit d'un corps qu'on jette,
La Comtesse à l'instant tombe morte, et voici :
Son âme en blanc linceul, par l'espace éclairci
D'une douce clarté d'or blond qui flue et vibre
Monte au plafond ouvert désormais à l'air libre
Et d'une ascension lente va vers les cieux.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La tête est là, dardant en l'air ses sombres yeux
Et sautèle dans des attitudes étranges :
Telle dans les Assomptions des têtes d'anges,
Et la bouche vomit un gémissement long,
Et des orbites vont coulant des pleurs de plomb.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:35

L'impénitence finale

À Catulle Mendès



La petite marquise Osine est toute belle,
Elle pourrait aller grossir la ribambelle
Des folles de Watteau sous leur chapeau de fleurs
Et de soleil, mais comme on dit, elle aime ailleurs
Parisienne en tout, spirituelle et bonne
Et mauvaise à ne rien redouter de personne,
Avec cet air mi-faux qui fait que l'on vous croit,
C'est un ange fait pour le monde qu'elle voit,
Un ange blond, et même on dit qu'il a des ailes.



Vingt soupirants, brûlés du feu des meilleurs zèles
Avaient en vain quêté leur main à ses seize ans,
Quand le pauvre marquis, quittant ses paysans
Comme il avait quitté son escadron, vint faire
Escale au Jockey ; vous connaissez son affaire
Avec la grosse Emma de qui - l'eussions-nous cru ?
Le bon garçon était absolument féru,
Son désespoir après le départ de la grue,
Le duel avec Gontran, c'est vieux comme la rue ;
Bref il vit la petite un jour dans un salon,
S'en éprit tout d'un coup comme un fou ; même l'on
Dit qu'il en oublia si bien son infidèle
Qu'on le voyait le jour d'ensuite avec Adèle.
Temps et moeurs ! La petite (on sait tout aux Oiseaux)
Connaissait le roman du cher, et jusques aux
Moindres chapitres : elle en conçut de l'estime.
Aussi quand le marquis offrit sa légitime
Et sa main contre sa menotte, elle dit : Oui,
Avec un franc parler d'allégresse inouï.
Les parents, voyant sans horreur ce mariage
(Le marquis était riche et pouvait passer sage)
Signèrent au contrat avec laisser-aller.
Elle qui voyait là quelqu'un à consoler
Ouït la messe dans une ferveur profonde.



Elle le consola deux ans. Deux ans du monde !



Mais tout passe !



Si bien qu'un jour qu'elle attendait
Un autre et que cet autre atrocement tardait,
De dépit la voilà soudain qui s'agenouille
Devant l'image d'une Vierge à la quenouille
Qui se trouvait là, dans cette chambre en garni,
Demandant à Marie, en un trouble infini,
Pardon de son péché si grand, - si cher encore
Bien qu'elle croie au fond du coeur qu'elle l'abhorre.



Comme elle relevait son front d'entre ses mains
Elle vit Jésus-Christ avec les traits humains
Et les habits qu'il a dans les tableaux d'église.
Sévère, il regardait tristement la marquise.
La vision flottait blanche dans un jour bleu
Dont les ondes voilant l'apparence du lieu,
Semblaient envelopper d'une atmosphère élue
Osine qui tremblait d'extase irrésolue
Et qui balbutiait des exclamations.
Des accords assoupis de harpes de Sions
Célestes descendaient et montaient par la chambre
Et des parfums d'encens, de cinnamome et d'ambre
Fluaient, et le parquet retentissait des pas
Mystérieux de pieds que l'on ne voyait pas,
Tandis qu'autour c'était, en cadences soyeuses,
Un grand frémissement d'ailes mystérieuses
La marquise restait à genoux, attendant,
Toute admiration peureuse, cependant.



Et le Sauveur parla :
« Ma fille, le temps passe,
Et ce n'est pas toujours le moment de la grâce.
Profitez de cette heure, ou c'en est fait de vous. »



La vision cessa.
Oui certes, il est doux
Le roman d'un premier amant. L'âme s'essaie,
C'est un jeune coureur à la première haie.
C'est si mignard qu'on croit à peine que c'est mal.
Quelque chose d'étonnamment matutinal.
On sort du mariage habitueux. C'est comme
Qui dirait la lueur aurorale de l'homme
Et les baisers parmi cette fraîche clarté
Sonnent comme des cris d'alouette en été,
Ô le premier amant ! Souvenez-vous, mesdames !
Vagissant et timide élancement des âmes
Vers le fruit défendu qu'un soupir révéla...
Mais le second amant d'une femme, voilà !
On a tout su. La faute est bien délibérée
Et c'est bien un nouvel état que l'on se crée,
Un autre mariage à soi-même avoué.
Plus de retour possible au foyer bafoué.
Le mari, débonnaire ou non, fait bonne garde
Et dissimule mal. Déjà rit et bavarde
Le monde hostile et qui sévirait au besoin.
Ah, que l'aise de l'autre intrigue se fait loin !
Mais aussi cette fois comme on vit ; comme on aime,
Tout le coeur est éclos en une fleur suprême.
Ah, c'est bon ! Et l'on jette à ce feu tout remords,
On ne vit que pour lui, tous autres soins sont morts.
On est à lui, on n'est qu'à lui, c'est pour la vie,
Ce sera pour après la vie, et l'on défie
Les lois humaines et divines, car on est
Folle de corps et d'âme, et l'on ne reconnaît
Plus rien, et l'on ne sait plus rien, sinon qu'on l'aime !



Or cet amant était justement le deuxième
De la marquise, ce qui fait qu'un jour après,
- Ô sans malice et presque avec quelques regrets -
Elle le revoyait pour le revoir encore.
Quant au miracle, comme une odeur s'évapore,
Elle n'y pensa plus bientôt que vaguement.



Un matin, elle était dans son jardin charmant,
Un matin de printemps, un jardin de plaisance.
Les fleurs vraiment semblaient saluer sa présence,
Et frémissaient au vent léger, et s'inclinaient
Et les feuillages, verts tendrement, lui donnaient
L'aubade d'un timide et délicat ramage
Et les petits oiseaux, volant à son passage,
Pépiaient à plaisir dans l'air tout embaumé
Des feuilles, des bourgeons et des gommes de mai.
Elle pensait à lui ; sa vue errait, distraite,
À travers l'ombre jeune et la pompe discrète
D'un grand rosier bercé d'un mouvement câlin,
Quand elle vit Jésus en vêtements de lin
Qui marchait, écartant les branches de l'arbuste
Et la couvait d'un long regard triste. Et le Juste
Pleurait. Et tout en un instant s'évanouit.
Elle se recueillait.



Soudain un petit bruit
Se fit. On lui portait en secret une lettre,
Une lettre de lui, qui lui marquait peut-être
Un rendez-vous.



Elle ne put la déchirer.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Marquis, pauvre marquis, qu'avez-vous à pleurer
Au chevet de ce lit de blanche mousseline ?
Elle est malade, bien malade.
« Soeur Aline,
A-t-elle un peu dormi ? »
- « Mal, monsieur le marquis. »
Et le marquis pleurait.
« Elle est ainsi depuis
Deux heures, somnolente et calme. Mais que dire
De la nuit ? Ah, monsieur le marquis, quel délire !
Elle vous appelait, vous demandait pardon
Sans cesse, encor, toujours, et tirait le cordon
De sa sonnette. »
Et le marquis frappait sa tête
De ses deux poings et, fou dans sa douleur muette
Marchait à grands pas sourds sur les tapis épais
(Dès qu'elle fut malade, elle n'eut pas de paix
Qu'elle n'eût avoué ses fautes au pauvre homme
Qui pardonna.) La soeur reprit pâle : « Elle eut comme
Un rêve, un rêve affreux. Elle voyait Jésus,
Terrible sur la nue et qui marchait dessus,
Un glaive dans la main droite, et de la main gauche
Qui ramait lentement comme une faux qui fauche,
Écartant sa prière, et passait furieux. »
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Un prêtre, saluant les assistants des yeux,
Entre.
Elle dort.
Ô ses paupières violettes !
Ô ses petites mains qui tremblent maigrelettes !
Ô tout son corps perdu dans les draps étouffants !



Regardez, elle meurt de la mort des enfants.
Et le prêtre anxieux, se penche à son oreille.
Elle s'agite un peu, la voilà qui s'éveille,
Elle voudrait parler, la voilà qui s'endort
Plus pâle.
Et le marquis : « Est-ce déjà la mort ? »
Et le docteur lui prend les deux mains, et sort vite.



On l'enterrait hier matin. Pauvre petite !

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:36

Amoureuse du diable

À Stéphane Mallarmé
Il parle italien avec un accent russe.
Il dit : " Chère, il serait précieux que je fusse
" Riche, et seul, tout demain et tout après-demain.
" Mais riche à paver d'or monnayé le chemin
" De l'Enfer, et si seul qu'il vous va falloir prendre
" Sur vous de m'oublier jusqu'à ne plus entendre
" Parler de moi sans vous dire de bonne foi :
" Qu'est-ce que ce monsieur Félice ? Il vend de quoi ? "
Cela s'adresse à la plus blanche des comtesses.
Hélas ! toute grandeur, toutes délicatesses,
Coeur d'or, comme l'on dit, âme de diamant,
Riche, belle, un mari magnifique et charmant
Qui lui réalisait toute chose rêvée,
Adorée, adorable, une Heureuse, la Fée,
La Reine, aussi la Sainte, elle était tout cela,
Elle avait tout cela.
Cet homme vint, vola
Son coeur, son âme, en fit sa maîtresse et sa chose
Et ce que la voilà dans ce doux peignoir rose
Avec ses cheveux d'or épars comme du feu,
Assise, et ses grands yeux d'azur tristes un peu.
Ce fut une banale et terrible aventure
Elle quitta de nuit l'hôtel. Une voiture
Attendait. Lui dedans. Ils restèrent six mois
Sans que personne sût où ni comment. Parfois
On les disait partis à toujours. Le scandale
Fut affreux. Cette allure était par trop brutale
Aussi pour que le monde ainsi mis au défi
N'eût pas frémi d'une ire énorme et poursuivi
De ses langues les plus agiles l'insensée.
Elle, que lui faisait ? Toute à cette pensée,
Lui, rien que lui, longtemps avant qu'elle s'enfuît,
Ayant réalisé son avoir (sept ou huit
Millions en billets de mille qu'on liasse
Ne pèsent pas beaucoup et tiennent peu de place.)
Elle avait tassé tout dans un coffret mignon
Et le jour du départ, lorsque son compagnon
Dont du rhum bu de trop rendait la voix plus tendre
L'interrogea sur ce colis qu'il voyait pendre
À son bras qui se lasse, elle répondit : " Ça
C'est notre bourse. "
Ô tout ce qui se dépensa !
Il n'avait rien que sa beauté problématique
(D'autant pire) et que cet esprit dont il se pique
Et dont nous parlerons, comme de sa beauté.
Quand il faudra... Mais quel bourreau d'argent ! Prêté,
Gagné, volé ! Car il volait à sa manière,
Excessive, partant respectable en dernière
Analyse, et d'ailleurs respectée, et c'était
Prodigieux la vie énorme qu'il menait
Quand au bout de six mois ils revinrent.
Le coffre
Aux millions (dont plus que quatre) est là qui s offre
À sa main. Et pourtant cette fois - une fois
N'est pas coutume - Il a gargarisé sa voix
Et remplacé son geste ordinaire de prendre
Sans demander, par ce que nous venons d'entendre.
Elle s'étonne avec douceur et dit : " Prends tout
" Si tu veux. "
Il prend tout et sort.
Un mauvais goût
Qui n'avait de pareil que sa désinvolture
Semblait pétrir le fond même de sa nature,
Et dans ses moindres mots, dans ses moindres clins d'yeux,
Faisait luire et vibrer comme un charme odieux.
Ses cheveux noirs étaient trop bouclés pour un homme,
Ses yeux très grands, tout verts, luisaient comme à Sodome.
Dans sa voix claire et lente, un serpent s'avançait,
Et sa tenue était de celles que l'on sait :
Du vernis, du velours, trop de linge, et des bagues.
D'antécédents, il en avait de vraiment vagues
Ou pour mieux dire, pas. Il parut un beau soir,
L'autre hiver, à Paris, sans qu'aucun pût savoir
D'où venait ce petit monsieur, fort bien du reste
Dans son genre et dans son outrecuidance leste.
Il fit rage, eut des duels célèbres et causa
Des morts de femmes par amour dont on causa.
Comment il vint à bout de la chère comtesse,
Par quel philtre ce gnome insuffisant qui laisse
Une odeur de cheval et de femme après lui
A-t-il fait d'elle cette fille d'aujourd'hui ?
Ah, ça, c'est le secret perpétuel que berce
Le sang des dames dans son plus joli commerce,
À moins que ce ne soit celui du DIABLE aussi.
Toujours est-il que quand le tour eut réussi
Ce fut du propre !
Absent souvent trois jours sur quatre,
Il rentrait ivre, assez lâche et vil pour la battre,
Et quand il voulait bien rester près d'elle un peu,
Il la martyrisait, en manière de jeu,
Par l'étalage de doctrines impossibles.
" Mia, je ne suis pas d'entre les irascibles,
" Je suis le doux par excellence, mais tenez,
" (Ça m'exaspère, et je le dis à votre nez,
" Quand je vous vois œil blanc et la lèvre pincée,
" Avec je ne sais quoi d'étroit dans la pensée
" Parce que je reviens un peu soûl quelquefois.
" Vraiment, en seriez-vous à croire que je bois
" Pour boire, pour licher, comme vous autres chattes,
" Avec vos vins sucrés dans vos verres à pattes
" Et que l'Ivrogne est une forme du Gourmand ?
" Alors l'instinct qui vous dit ça ment plaisamment
" Et d'y prêter l'oreille un instant, quel dommage !
" Dites, dans un bon Dieu de bois est-ce l'image
" Que vous voyez et vers qui vos voeux vont monter ?
" L'Eucharistie est-elle un pain à cacheter
" Pur et simple, et l'amant d'une femme, si j'ose
" Parler ainsi consiste-t-il en cette chose
" Unique d'un monsieur qui n'est pas son mari
" Et se voit de ce chef tout spécial chéri ?
" Ah, si je bois c'est pour me soûler, non pour boire.
" Être soûl vous ne savez pas quelle victoire
" C'est qu'on remporte sur la vie, et quel don c est !
" On oublie, on revoit, on ignore et l'on sait ;
" C'est des mystères pleins d'aperçus, c'est du rêve
" Qui n'a jamais eu de naissance et ne s'achève
" Pas, et ne se meut pas dans l'essence d'ici ;
" C'est une espèce d'autre vie en raccourci,
" Un espoir actuel, un regret qui " rapplique " ,
" Que sais-je encore ? Et quant à la rumeur publique,
" Au préjugé qui hue un homme dans ce cas,
" C'est hideux, parce que bête, et je ne plains pas
" Ceux ou celles qu'il bat à travers son extase,
" Ô que nenni !
" Voyons, l'amour, c'est une phrase
" Sous un mot, - avouez, un écoute-s'il-pleut,
" Un calembour dont un chacun prend ce qu'il veut,
" Un peu de plaisir fin, beaucoup de grosse joie
" Selon le plus ou moins de moyens qu'il emploie,
" Ou pour mieux dire, au gré de son tempérament,
" Mais, entre nous, le temps qu'on y perd ! Et comment !
" Vrai, c'est honteux que des personnes sérieuses
" Comme nous deux, avec ces vertus précieuses
" Que nous avons, du coeur, de l'esprit, - de l'argent,
" Dans un siècle que l'on peut dire intelligent
" Aillent !... "
Ainsi de suite, et sa fade ironie
N'épargnait rien de rien dans sa blague infinie.
Elle écoutait le tout avec les yeux baissés
Des cœurs aimants à qui tous torts sont effacés,
Hélas !
L'après-demain et le demain se passent.
Il rentre et dit : " Altro ! Que voulez-vous que fassent
" Quatre pauvres petits millions contre un sort ?
" Ruinés, ruinés, je vous dis ! C'est la mort
" Dans l'âme que je vous le dis. "
Elle frissonne
Un peu, mais sait que c'est arrivé.
- " Ça, personne,
" Même vous, diletta, ne me croit assez sot
a Pour demeurer ici dedans le temps d'un saut
" De puce. "
Elle pâlit très fort et frémit presque,
Et dit : " Va, je sais tout. " - " Alors c'est trop grotesque
Et vous jouez là sans atouts avec le feu.
Qui dit non ? " - Mais JE SUIS SPÉCIAL à ce jeu. "
- " Mais si je veux, exclame-t-elle, être damnée ? "
- " C'est différent, arrange ainsi ta destinée,
Moi, je sors. " - " Avec moi ! " - " Je ne puis aujourd'hui. "
Il a disparu sans autre trace de lui
Qu'une odeur de soufre et qu'un aigre éclat de rire.
Elle tire un petit couteau.
Le temps de luire
Et la lame est entrée à deux lignes du coeur.
Le temps de dire, en renfonçant l'acier vainqueur :
" À toi, je t'aime ! " et la JUSTICE la recense.
Elle ne savait pas que l'Enfer c'est l'absence.

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MessageSujet: Amours de Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:38

Prière du matin

À mon fils Georges Verlaine.


Ô Seigneur, exaucez et dictez ma prière,
Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté,
Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière,
Et qui m'avez aimé de toute éternité,

Car - ce bonheur terrible est tel, tel ce mystère
Miséricordieux, que, cent fois médité,
Toujours il confondit ma raison qu'il atterre, -
Oui, vous m'avez aimé de toute éternité,

Oui, votre grand souci, c'est mon heure dernière,
Vous la voulez heureuse et pour la faire ainsi,
Dès avant l'univers, dès avant la lumière,
Vous préparâtes tout, ayant ce grand souci.

Exaucez ma prière après l'avoir formée
De gratitude immense et des plus humbles voeux,
Comme un poète scande une ode bien-aimée,
Comme une mère baise un fils sur les cheveux.

Donnez-moi de vous plaire, et puisque pour vous plaire
Il me faut être heureux, d'abord dans la douleur
Parmi les hommes durs sous une loi sévère,
Puis dans le ciel tout près de vous sans plus de pleur,

Tout près de vous, le Père éternel, dans la joie
Éternelle, ravi dans les splendeurs des saints,
Ô donnez-moi la foi très forte, que je croie
Devoir souffrir cent morts s'il plaît à vos desseins ;

Et donnez-moi la foi très douce, que j'estime
N'avoir de haine juste et sainte que pour moi,
Que j'aime le pécheur en détestant mon crime,
Que surtout j'aime ceux de nous encor sans foi ;

Et donnez-moi la foi très humble, que je pleure
Sur l'impropriété de tant de maux soufferts,
Sur l'inutilité des grâces et sur l'heure
Lâchement gaspillée aux efforts que je perds ;

Et que votre Esprit Saint qui sait toute nuance
Rende prudent mon zèle et sage mon ardeur :
Donnez, juste Seigneur, avec la confiance,
Donnez la méfiance à votre serviteur.

Que je ne sois jamais un objet de censure
Dans l'action pieuse et le juste discours ;
Enseignez-moi l'accent, montrez-moi la mesure ;
D'un scandale, d'un seul, préservez mes entours ;

Faites que mon exemple amène à vous connaître
Tous ceux que vous voudrez de tant de pauvres fous,
Vos enfants sans leur Père, un état sans le Maître,
Et que, si je suis bon, toute gloire aille à vous ;

Et puis, et puis, quand tout des choses nécessaires,
L'homme, la patience et ce devoir dicté,
Aura fructifié de mon mieux dans vos serres,
Laissez-moi vous aimer en toute charité,

Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses
Aimer jusqu'à la mort votre perfection,
Jusqu'à la mort des sens et de leurs mille ivresses,
Jusqu'à la mort du coeur, orgueil et passion,

Jusqu'à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle
Que votre volonté dès longtemps appelait
Vers l'humilité sainte éternellement belle,
Mais lui, gardait son rêve infernalement laid,

Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques,
Spéculation creuse et calculs impuissants
Ronflant et s'étirant en phrases pléthoriques.
Ah ! tuez mon esprit et mon coeur et mes sens !

Place à l'âme qui croie, et qui sente et qui voie
Que tout est vanité fors elle-même en Dieu ;
Place à l'âme, Seigneur ; marchant dans votre voie
Et ne tendant qu'au ciel, seul espoir et seul lieu !

Et que cette âme soit la servante très douce
Avant d'être l'épouse au trône non-pareil.
Donnez-lui l'Oraison comme le lit de mousse
Où ce petit oiseau se baigne de soleil,

La paisible oraison comme la fraîche étable
Où cet agneau s'ébatte et broute dans les coins
D'ombre et d'or quand sévit le midi redoutable
Et que juin fait crier l'insecte dans les foins,

L'oraison bien en vous, fût-ce parmi la foule,
Fût-ce dans le tumulte et l'erreur des cités.
Donnez-lui l'oraison qui sourde et d'où découle
Un ruisseau toujours clair d'austères vérités :

La mort, le noir péché, la pénitence blanche,
L'occasion à fuir et la grâce à guetter ;
Donnez-lui l'oraison d'en haut et d'où s'épanche
Le fleuve amer et fort qu'il lui faut remonter :

Mortification spirituelle, épreuve
Du feu par le désir et de l'eau par le pleur
Sans fin d'être imparfaite et de se sentir veuve
D'un amour que doit seule aviver la douleur,

Sécheresses ainsi que des trombes de sable
En travers du torrent où luttent ses bras lourds,
Un ciel de plomb fondu, la soif inapaisable
Au milieu de cette eau qui l'assoiffe toujours,

Mais cette eau-là jaillit à la vie éternelle,
Et la vague bientôt porterait doucement
L'âme persévérante et son amour fidèle
Aux pieds de votre Amour fidèle, ô Dieu clément !

La bonne mort pour quoi Vous-Même vous mourûtes
Me ressusciterait à votre éternité.
Pitié pour ma faiblesse, assistez à mes luttes
Et bénissez l'effort de ma débilité !

Pitié, Dieu pitoyable ! et m'aidez à parfaire
L'oeuvre de votre Coeur adorable en sauvant
L'âme que rachetaient les affres du Calvaire :
Père, considérez le prix de votre enfant.
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:40

Ballade en Rêve

Au docteur Louis Jullien


J'ai rêvé d'elle, et nous nous pardonnions
Non pas nos torts, il n'en est en amour,
Mais l'absolu de nos opinions
Et que la vie ait pour nous pris ce tour.
Simple elle était comme au temps de ma cour,
En robe grise et verte et voilà tout,
(J'aimais toujours les femmes dans ce goût.)
Et son langage était sincère et coi.
Mais quel émoi de me dire au débout :
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

Elle ni moi nous ne nous résignions
À plus souffrir pas plus tard que ce jour.
Ô nous revoir encore compagnons,
Chacun étant descendu de sa tour
Pour un baiser bien payé de retour !
Le beau projet ! Et nous étions debout,
Main dans la main, avec du sang qui bout
Et chante un fier donec gratus. Mais quoi ?
C'était un songe, ô tristesse et dégoût !
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

Et nous suivions tes luisants fanions,
Soie et satin, ô Bonheur vainqueur, pour
Jusqu'à la mort, que d'ailleurs nous niions.
J'allais par les chemins en troubadour,
Chantant, ballant, sans craindre ce pandour
Qui vous saute à la gorge et vous découd.
Elle évoquait la chère nuit d'Août
Où son aveu bas et lent me fit roi.
Moi, j'adorais ce retour qui m'absout.
J'ai rêvé d'elle et pas elle de moi.

Envoi

Princesse elle est sans doute à l'autre bout
Du monde où règne et persiste ma foi.
Amen, alors, puisqu'à mes dam et coût,
J'ai rêvé d'elle et pas de moi !

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:40

Adieu

Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine
Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.
Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine
Et pourquoi m'avoir fait ce coeur outragé ?

J'étais né pour plaire à toute âme un peu fière,
Sorte d'homme en rêve et capable du mieux,
Parfois tout sourire et parfois tout prière,
Et toujours des cieux attendris dans les yeux ;

Toujours la bonté des caresses sincères,
En dépit de tout et quoi qu'il y parût,
Toujours la pudeur des hontes nécessaires
Dans l'argent brutal et les stupeurs du rut ;

Toujours le pardon, toujours le sacrifice !
J'eus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.
Votre mère était tendrement ma complice,
Qui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.

Elle n'aimait pas que par vous je souffrisse.
Elle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;
Mais je doute fort qu'elle approuve et bénisse
La chose actuelle et trouve cela beau.

Et j'ai peur aussi, nous en terre, de croire
Que le pauvre enfant, votre fils et le mien,
Ne vénérera pas trop votre mémoire,
Ô vous sans égard pour le mien et le tien.

Je n'étais pas fait pour dire de ces choses,
Moi dont la parole exhalait autrefois
Un épithalame en des apothéoses,
Ce chant du matin où mentait votre voix.

J'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d'un monde impur,
Cimier d'or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

Moi qui dois mourir d'une mort douce et chaste
Dont le cygne et l'aigle encor seront jaloux,
Dans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,
Dans la gloire aussi des Illustres Époux !

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:41

À Victor Hugo

En lui envoyant « sagesse »


Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu
Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire :
Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,
Votre oeuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.

Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu.
J'aime Dieu, son Eglise, et ma vie est de croire
Tout ce que vous tenez, hélas ! pour dérisoire,
Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.

J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.
Tout petit que je suis j'avais aussi le droit
D'une évolution, la bonne, la dernière.

Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit
L'enthousiasme ancien ; la voici franche, pleine,
Car vous me fûtes doux en des heures de peine.


1881.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:42

Sonnet héroïque

La Gueule parle : « L'or, et puis encore l'or,
Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande,
Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande
Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or encor ! »

La Panse dit : « À moi la chute du trésor !
La viande, et les vins fins, et l'or, toute provende,
À moi ! Dégringolez dans l'outre toute grande
Ouverte du Seigneur Nabuchodonosor ! »

L'œil est de pur cristal dans les suifs de la face :
Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,
Seule perfection parmi tous les défauts.

L'Âme attend vainement un remords efficace,
Et dans l'impénitence agonise de faim
Et de soif, et sanglote en pensant à La Fin.


1881.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:42

Pensée du soir

À Ernest Raynaud


Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil,
Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil,
Ou bien errant, semblable aux formes que suscite
Le rêve, par l'horreur du paysage scythe,
Tandis qu'autour, pasteurs de troupeaux fabuleux,
S'effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus,
Le poète de l'Art d'Aimer, le tendre Ovide
Embrasse l'horizon d'un long regard avide
Et contemple la mer immense tristement.
Le cheveu poussé rare et gris que le tourment
Des bises va mêlant sur le front qui se plisse,
L'habit troué livrant la chair au froid, complice,
Sous l'aigreur du sourcil tordu l'oeil terne et las,
La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas !
Tous ces témoins qu'il faut d'un deuil expiatoire
Disent une sinistre et lamentable histoire
D'amour excessif, d'âpre envie et de fureur
Et quelque responsabilité d'Empereur.
Ovide morne pense à Rome et puis encore
À Rome que sa gloire illusoire décore.

Or, Jésus ! vous m'avez justement obscurci :
Mais n'étant pas Ovide, au moins je suis ceci.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:43

Paysages

À Anatole Baju.


Au pays de mon père on voit des bois sans nombre.
Là des loups font parfois luire leurs yeux dans l'ombre
Et la myrtille est noire au pied du chêne vert.
Noire de profondeur, sur l'étang découvert,
Sous la bise soufflant balsamiquement dure
L'eau saute à petits flots, minéralement pure.
Les villages de pierre ardoisière aux toits bleus
Ont leur pacage et leur labourage autour d'eux.
Du bétail non pareil s'y fait des chairs friandes
Sauvagement un peu parmi les hautes viandes ;
Et l'habitant, grâce à la Foi sauve, est heureux.

Au pays de ma mère est un sol plantureux
Où l'homme, doux et fort, vit prince de la plaine
De patients travaux pour quelles moissons pleine,
Avec, rares, des bouquets d'arbres et de l'eau.
L'industrie a sali par places ce tableau
De paix patriarcale et de campagne dense
Et compromis jusqu'à des points cette abondance,
Mais l'ensemble est resté, somme toute, très bien.
Le peuple est froid et chaud, non sans un fond chrétien.
Belle, très au dessus de toute la contrée,
Se dresse éperdument la tour démesurée
D'un gothique beffroi sur le ciel balancé
Attestant les devoirs et les droits du passé,
Et tout en haut de lui le grand lion de Flandre
Hurle en cris d'or dans l'air moderne : « Osez les prendre ! »



Le pays de mon rêve est un site charmant
Qui tient des deux aspects décrits précédemment :
Quelque âpreté se mêle aux saveurs géorgiques.
L'amour et le loisir même sont énergiques,
Calmes, équilibrés sur l'ordre et le devoir.
La vierge en général s'abstient du nonchaloir
Dangereux aux vertus, et l'amant qui la presse
A coutume avant tout d'éviter la paresse
Où le vice puisa ses larmes en tout temps,
Si bien qu'en mon pays tous les coeurs sont contents,
Sont, ou plutôt étaient.
Au coeur ou dans la tête,
La tempête est venue. Est-ce bien la tempête ?
Et tous cas, il y eut de la grêle et du feu,
Et la misère, et comme un abandon de Dieu.
La mortalité fut sur les mères taries
Des troupeaux rebutés par l'herbe des prairies
Et les jeunes sont morts après avoir langui
D'un sort qu'on croyait parti d'où, jeté par qui ?
Dans les champs ravagés la terre diluée
Comme une pire mer flotte en une buée.
Des arbres détrempés les oiseaux sont partis,
Laissant leurs nids et des squelettes de petits.
D'amours de fiancés, d'union des ménages
Il n'est plus question dans mes tristes parages.
Mais la croix des clochers doucement toujours luit,
Dans les cages plus d'une cloche encor bruit,
Et, béni signal d'espérance et de refuge,
L'arc-en-ciel apparaît comme après le déluge.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 9:48

Poèmes saturniens


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Soleils Couchants

Une aube affaiblie
verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A de grands soleils
Couchants sur les grèves.


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Crépuscule du Soir Mystique


Le Souvenir avec le Crépuscule
Rougeoie et tremble à l'ardent horizon
De l'Espérance en flamme qui recule
Et s'agrandit ainsi qu'une cloison
Mystérieuse où mainte floraison
- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -
S'élance autour d'un treillis, et circule
Parmi la maladive exhalaison
De parfums lourds et chauds, dont le poison
- Dahlia, lys, tulipe et renoncule -
Noyant mes sens, mon âme et ma raison
Mêle, dans une immense pâmoison,
Le Souvenir avec le Crépuscule.


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Promenade Sentimentale



Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars, entre les roseaux,
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi, j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ces ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Nuit du Walpurgis Classique



C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre,
Un rythmique sabbat, rythmique, extrêmement
Rythmique. - Imaginez un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.

Des ronds-points ; au milieu, des jets d'eau ; des allées
Toutes droites ; sylvains de marbre ; dieux marins
De bronze ; çà et là, des Vénus étalées ;
Des quinconces, des boulingrins ;

Des châtaigniers ; des plants de fleurs formant la dune ;
Ici, des rosiers nains qu'un goût docte effila ;
Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune
D'un soir d'été sur tout cela.

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique
Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air
De chasse : tel, doux, lent, sourd et mélancolique,
L'air de chasse de Tannhäuser.

Des chants voilés de cors lointains, où la tendresse
Des sens étreint l'effroi de l'âme en des accords
Harmonieusement dissonants dans l'ivresse ;
Et voici qu'à l'appel des cors

S'entrelacent soudain des formes toutes blanches,
Diaphanes, et que le clair de lune fait
Opalines parmi l'ombre verte des branches,
- Un Watteau rêvé par Raffet ! -

S'entrelacent parmi l'ombre verte des arbres
D'un geste alangui, plein d'un désespoir profond ;
Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres,
Très lentement dansent en rond.

- Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée
Du poète ivre, ou son regret ou son remords,
Ces spectres agités en tourbe cadencée,
Ou bien tout simplement des morts ?

Sont-ce donc ton remords, à rêvasseur qu'invite
L'horreur, ou ton regret, ou ta pensée, - hein ? - tous
Ces spectres qu'un vertige irrésistible agite,
Ou bien des morts qui seraient fous ? -

N'importe ! ils vont toujours, les fébriles fantômes,
Menant leur ronde vaste et morne et tressautant
Comme dans un rayon de soleil des atomes,
Et s'évaporant à l'instant

Humide et blême où l'aube éteint l'un après l'autre
Les cors, en sorte qu'il ne reste absolument
Plus rien - absolument - qu'un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Chanson d'Automne


Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:08

Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - L'Heure du Berger


La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S'endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit
Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.


Paysages Tristes (A Catulle Mendès) - Le Rossignol


Comme un vol criard d'oiseaux en émoi,
Tous mes souvenirs s'abattent sur moi,
S'abattent parmi le feuillage jaune
De mon coeur mirant son tronc plié d'aune
Au tain violet de l'eau des Regrets,
Qui mélancoliquement coule auprès,
S'abattent, et puis la rumeur mauvaise
Qu'une brise moite en montant apaise,
S'éteint par degrés dans l'arbre, si bien
Qu'au bout d'un instant on n'entend plus rien,
Plus rien que la voix célébrant l'Absente,
Plus rien que la voix - à si languissante ! -
De l'oiseau qui fut mon Premier Amour,
Et qui chante encore comme au premier jour ;
Et, dans la splendeur triste d'une lune
Se levant blafarde et solennelle, une
Nuit mélancolique et lourde d'été,
Pleine de silence et d'obscurité,
Berce sur l'azur qu'un vent doux effleure
L'arbre qui frissonne et l'oiseau qui pleure.


Sérénade


Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.

Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d'insomnie.

Et pour finir je dirai le baiser,
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
- Mon Ange ! - ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.


Un Dahlia


Courtisane au sein dur, à l'oeil opaque et brun
S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un boeuf,
Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf.

Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps
Déroule, mate, ses impeccables accords.

Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins
Exhalent celles-là qui vont fanant les foins,
Et tu trônes, Idole insensible à l'encens.

- Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur,
Elève sans orgueil sa tête sans odeur,
Irritant au milieu des jasmins agaçants !


Dans les Bois

D'autres, - des innocents ou bien des lymphatiques, -
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux !
D'autres s'y sentent pris - rêveurs - d'effrois mystiques.

Ils sont heureux ! Pour moi, nerveux, et qu'un remords
Epouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d'un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l'onde,
D'où tombe un noir silence avec une ombre encore
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d'une horreur triviale et profonde.

Surtout les soirs d'été : la rougeur du couchant
Le fond dans le gris bleu des brumes qu'elle teinte
D'incendie et de sang ; et l'angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.

Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l'épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s'éparpille, ainsi qu'un miasme, dans l'espace.

La nuit vient. Le hibou s'envole. C'est l'instant
Où l'on songe aux récits des aïeules naïves...
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d'assassins postés se concertant.


Nevermore


Allons, mon pauvre coeur, allons, mon vieux complice,
Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux ;
Brûle un encens ranci sur tes autels d'or faux ;
Sème de fleurs les bords béants du précipice ;
Allons, mon pauvre coeur, allons, mon vieux complice !

Pousse à Dieu ton cantique, à chantre rajeuni ;
Entonne, orgue enroué, des Te Deum splendides ;
vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides ;
Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ;
Pousse à Dieu ton cantique, à chantre rajeuni.

Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !
Car mon rêve impossible a pris corps et je l'ai
Entre mes bras pressé : le Bonheur, cet ailé
voyageur qui de l'Homme évite les approches,
- Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !

Le Bonheur a marché côte à côte avec moi ;
Mais la FATALITE ne connaît point de trêve :
Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve,
Et le remords est dans l'amour : telle est la loi.
- Le Bonheur a marché côte à côte avec moi.
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:16

La bonne chanson


La lune blanche luit dans les bois

La lune blanche
Luit dans les bois
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée...

0 bien-aimée.

L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure...

Rêvons, c'est l'heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise...

C'est l'heure exquise.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:16

L'hiver a cessé : la lumière est tiède


L'hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le cour le plus triste cède
À l'immense joie éparse dans l'air.

Même ce Paris maussade et malade
Semble faire accueil aux jeunes soleils
Et, comme pour une immense accolade,
Tend les mille bras de ses toits vermeils.

J'ai depuis un an le printemps dans l'âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu'une flamme entoure une flamme,
Met de l'idéal sur mon idéal,

Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L'immuable azur où rit mon amour.
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.

Que vienne l'été ! que viennent encore
L'automne et l'hiver ! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison !
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:17

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,

C'en est fait à présent des funestes pensées,
C'en est fait des mauvais rêves, ah ! c'en est fait
Surtout de l'ironie et des lèvres pincées
Et des mots où l'esprit sans l'âme triomphait.

Arrière aussi les poings crispés et la colère
À propos des méchants et des sots rencontrés;
Arrière la rancune abominable ! arrière
L'oubli qu'on cherche en des breuvages exécrés !

Car je veux, maintenant qu'un Être de lumière
A dans ma nuit profonde émis cette clarté
D'une amour à la fois immortelle et première,
De par la grâce, le sourire et la bonté,

Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;

Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
Vers le but où le sort dirigera mes pas,
Sans violence, sans remords et sans envie :
Ce sera le devoir heureux aux gais combats.

Et comme, pour bercer les lenteurs de la route
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:19

Le soleil du matin doucement chauffe et dore

Le soleil du matin doucement chauffe et dore
Les seigles et les blés tout humides encore,
Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.
L'an sort sans autre but que de sortir : on suit,
Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,
Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.
L'air est vif. Par moment un oiseau vole avec
Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,
Et son reflet dans l'eau survit à son passage.
C'est tout.
Mais le songeur aime ce paysage
Dont la claire douceur a soudain caressé
Son rêve de bonheur adorable, et bercé
Le souvenir charmant de cette jeune fille,
Blanche apparition qui chante et qui scintille,
Dont rêve le poète et que l'homme chérit,
Évoquant en ses voeux dont peut-être on sourit
La Compagne qu'enfin il a trouvée, et l'âme
Que son âme depuis toujours pleure et réclame

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:19

Toutes grâces et toutes nuances


Toutes grâces et toutes nuances
Dans l'éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d'un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Éveiller le désir étrange
D'un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu'un oiseau-mouche n'y tiendrait,
Captive, sans espoir de fuite,
Le cour pris par elle en secret.

L'intelligence vient chez elle
En aide à l'âme noble; elle est
Pure autant que spirituelle :
Ce qu'elle a dit, il le fallait !

Et si la sottise l'amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu'à l'amitié,

Jusqu'à l'amour ? qui sait ? peut-être,
À l'égard d'un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L'audacieux ! un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,
Du doux mal qu'on souffre en aimant.
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:20

Une Sainte en son auréole


Une Sainte en son auréole,
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d'amour;

La note d'or que fait entendre
Un cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d'autrefois ;

Avec cela le charme insigne
D'un frais sourire triomphant
Éclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;

Des aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j'entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.
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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:21

Le paysage dans le cadre des portières


Le paysage dans le cadre des portières
Court furieusement, et des plaines entières
Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel
Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel
Où tombent les poteaux minces du télégraphe
Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d'eau qui bout,
Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout
Desquelles hurleraient mille géants qu'on fouette ;
Et tout à coup des cris prolongés de chouette. -

- Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux
La blanche vision qui fait mon cour joyeux,
Puisque la douce voix pour moi murmure encore,
Puisque le Nom si beau, si noble et si sonore
Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,
Au rhythme du wagon brutal, suavement.

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MessageSujet: Re: Paul Verlaine   Lun 28 Avr 2008 - 10:21

Son bras droit, dans un geste aimable de douceur


Son bras droit, dans un geste aimable de douceur,
Repose autour du cou de la petite sour,
Et son bras gauche suit le rhythme de la jupe.
A coup sûr une idée agréable l'occupe,
Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit,
Témoignent d'une joie intime avec esprit.
Oh ! sa pensée exquise et fine, quelle est-elle ?
Toute mignonne, tout aimable, et toute belle,
Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi
La pose la plus simple et la meilleure aussi:
Debout, le regard droit, en cheveux ; et sa robe
Est longue juste assez pour qu'elle ne dérobe
Qu'à moitié sous ses plis jaloux le bout charmant
D'un pied malicieux imperceptiblement

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