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 ELUARD : L'amoureuse

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MessageSujet: ELUARD : L'amoureuse   Ven 8 Aoû 2008 - 16:00


ELUARD
:
L'amoureuse (1923)






Plan du commentaire composé
Introduction
I- Le regard créateur ou recréateur
II- Le dualisme éluardien, imagination et réalité

Conclusion
Introduction



Le poème l'amoureuse est le 4ème poème de la seconde section "Mourir de ne pas mourir", de Capitale de la Douleur, un recueil écrit presque entièrement au présent, d'une voix qui semble n'être la voix de personne en particulier, mais le murmure d'un homme et de tous les hommes tenant dans leurs bras la première femme avec l'illusion que le temps s'est suspendu dans la sensation presque physique de l'éternité. Capitale de la douleur fait une large place au regard, il suffit que les deux amants se contemplent pour qu'ils prennent vie et lumière, l'œil miroir de chacun devenant alors un ressort, un foyer de vie. Capitale de la douleur retrace l'itinéraire d'Eluard dans sa tentative désespérée et douloureuse de surmonter l'épreuve d'un amour
agonisant, l'infidélité de Gala avec le peintre allemand dadaïste Max Ernst, et son départ avec un autre peintre, Salvador Dali. Le poème "L'amoureuse" comme l'ensemble des poèmes de la section "Mourir de ne pas mourir" sont des poèmes de brisure du lien amoureux suivis de méditations, de nuits spirituelles, de solitude, de réflexions sur la fin d'un amour qui l'a dynamisé pendant sept pour échapper à sa maladie. Eluard se livre également, à cette époque à des expériences mystiques pour combattre son abandon, ses échecs sentimentaux, et envisage
même, un moment, de renoncer à écrire. Ce poème "L'amoureuse" doit se lire comme le poème d'un être en souffrance. Elle est debout sur mes paupières" se comprend comme un obstacle pour l'empêcher de voir, le rendre aveugle devant les infidélités de sa maitresse. "L'amoureuse" nous relate la rupture du fil mélodique, la douleur des amours défunts dont on ne peut effacer le souvenir. On rapproche souvent "Les fleurs du Mal" de Baudelaire à "Capitale de la douleur", et le rapprochement est évident entre le poème "Hymne" de Baudelaire, un poème à sa muse Madame Sabatier et ce
poème "L'amoureuse", un poème à celle qui fut sa muse entre 1916 et 1923. Le ressort de sa vie, intimement lié à son expérience amoureuse, et cœur du langage éluardien est dans ce "poème "L'amoureuse" bien cassé.



I- Le regard, créateur et recréateur



Gala ou Madame Sabatier n'incarnent pas précisément des modèles de vertu mais occupent à leurs corps défendant une position de femme sublime dans l'univers poétique. Le paysage eluardien de "Mourir de na pas mourir", celui du malheur, de la trahison de la femme aimée est fondamentalement un paysage de
fermeture. Ce chantre de la communauté humaine trouve derrière ses paupières closes la figure tragique de la solitude dans laquelle sa muse continue de tenir une place importante. Pour Eluard, les yeux de la femme qu'il aime et dans lesquels il se regarde deviennent des yeux fertiles, des yeux aussi qui le rende fertile, l'œil miroir est aussi un oeil foyer, source de vie et de lumière. Il suffit que deux amants se contemplent l'un l'autre pour qu’ils deviennent l'un et l'autre origine infinie de vie et de lumière. "Elle est debout sur mes paupières", formule qui a fait le tour du Monde sans être souvent bien comprise est l'image, le songe, la vision obsédante de sa muse, de la femme qu'il a aimé et qui le poursuit même lorsqu'il ferme les yeux, que Gala n'est plus là.
Les paupières qui ferment les yeux sont des obstacles à la lumière qui maintiennent le corps dans l'obscurité. "Elle est debout sur mes
paupières" signifie qu'Eluard, au moment de s'endormir continue de voir cette femme, même les yeux fermés, en projection sur ses paupières, comme si elle se tenait debout devant lui. Les paupières forment une sorte d'écran qui permet d'afficher des images intérieures qui défilent. Les paupières ne s'opposent pas au regard, elles le complètent en le reproduisant de façon à
conserver une vision intérieure. Par une sorte de rémanence poétique, l'image n'est pas un simple reflet mais est une image nette, il voit clairement ses cheveux qui sont à sa hauteur, il voit ses formes qu'il peut caresser avec ses mains, elle vit par ses yeux. Elle a la forme de mes mains reprend le thème de la perdition du regard avec la perte de la femme aimée, rendu aveugle, le poète doit faire appel au toucher pour reconnaitre les formes comme le fait un aveugle. Elle a la couleur de mes yeux ajoute à la thématique de l'aveugle, la femme a les formes et la couleur de son interprétation et ne correspondent pas à une vision réelle mais imaginaire. Le premier vers de "L'amoureuse" évoque aussi l'idée d'un seuil, comme un seuil de porte, sur lequel se tient la vision en attente. Chez Eluard, dans sa solitude, les paupières sont toujours closes. Comme il s'agit d'une vision intérieure, Eluard peut la préciser, elle est en moi, ses cheveux sont dans les miens, elle a la couleur de mes yeux comme si Eluard la voyait avec ses yeux. Elle s'engloutit dans mon ombre signifie que c'est une vision intérieure, une sorte de rêverie, une vision imprécise (mon ombre), Eluard voit la femme dans son sommeil (mon ombre).
Eluard répugne à l'obscurité, à la solitude, il sombre, à proprement parler tomber dans le sombre comme une ombre, obscurité que forme un objet en obstacle à la source de lumière.



II-Le dualisme Eluardien, imagination et réalité



Le poème "L'amoureuse" est contrairement à de nombreux autre poèmes de la section en prose, un poème régulier en vers octosyllabiques sans rime composé de deux strophes de cinq vers. La longueur du vers inférieure à l'alexandrin classique ou à la prose du vers libre témoigne d'une rupture avant terme de la liaison amoureuse. La première strophe est celle de l'imagination,
Eluard décrivant une perception imaginaire comme chacun de nous peut en avoir dans un rêve. La seconde strophe est celle de la réalité de la solitude d'Eluard, une solitude qui l'a plongé dans la plus totale obscurité. Les images de son bonheur d'avec Gala le font aujourd'hui encore rire mais aussi pleurer car il sait que ce bonheur a pris fin. "Elle a toujours les yeux ouverts et
m'empêche de dormir" est l'image de Gala, créature nocturne qui commençait à vivre à minuit alors que lui souhaitait dormir, une image heureuse d'autrefois et qui aujourd'hui est triste dans son souvenir et le fait pleurer. "Ses rêves en plein soleil font s'évaporer les soleils" désigne le bonheur d'autrefois de découvrir le Monde à travers elle, à travers son amour, ses récits en dehors de le voir sous la clarté du soleil. Avec Gala, en plein jour les rêves les plus fous devenaient des réalités,
images radieuses d'autrefois qui aujourd'hui sont des images de tristesse qui le font pleurer. La construction anaphorique si chère à Eluard dans laquelle, le pronom "Elle" désignant Gala ou l'amoureuse est placé cinq fois en tête de vers donne à ce poème l'image d'un martèlement accusateur envers celle qui a rompu le charme de ces belles images. Ici les images foisonnent avec son réseau métaphorique de correspondances, "Elle est sur mes paupières" renvoie à une pesanteur, une douleur, mais également à une vision dont il lui est impossible de se défaire, d'effacer. On lit souvent que l'homme est une "éponge" qui s'imprègne progressivement de tout ce qu'il voit, touche, sent, oui mais c'est une éponge qui ne s'essore pas. Gala fait désormais partie de lui, elle est en lui, son image est gravée dans son imaginaire et il ne peut plus s'en défaire. "Ses cheveux sont dans les miens renvoie à une imbrication entre les deux personnages, "Elle a la forme de mes mains", renvoie au souvenir de caresses anciennes qu'il est incapable d'oublier, "elle a la couleur de mes yeux" renvoie à la reconstitution dans l'imaginaire de son amoureuse. Il y a une dualité entre le monde imaginaire qui va rester présent dans son souvenir et la réalité d'une femme qui n'est plus présente à ses côtés. Tous les poèmes d'Eluard sont
surchargés de connotations rarement innocentes, "Elle s'engloutit dans mon ombre" associe une disparition gloutonne, (en ironie avec l'appétence sensuelle de sa muse Gala), de l'image de Gala dans son ombre, sa position allongée dans l'obscurité. Mais beaucoup d'interprétations sont possibles. Alors que traditionnellement l'engloutissement se fait vers le bas, chez Eluard toute disparition se fait vers le haut. "Comme une pierre sur le ciel" qui termine la première strophe et qui se rapporte au souvenir de Gala disparaissant dans son ombre renvoie à l'image d'une pierre rappelant étrangement un coeur de pierre, un cœur sans sentiment, dans le ciel, le paradis perdu pour lui.
Conclusion
Eluard qui regarde ici vers l'avenir alors que sa mémoire remonte dans le temps
en lui renvoyant des images anciennes de bonheur constate qu'il est désormais descendu dans les ténèbres. Du passé heureux ne subsiste plus désormais que quelques souvenirs au fond de sa mémoire qui lui renvoie des images autrefois heureuses devenues tristes par la séparation. Ces images il peut encore les commenter mais il se rend compte qu'il parle pour ne rien dire, car son amoureuse a disparu à jamais.

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