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 LE SERPENT QUI DANSE

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MessageSujet: LE SERPENT QUI DANSE   Mer 9 Juil 2008 - 10:57


LE SERPENT QUI DANSE



Charles Baudelaire







Lecture du texte :




Le serpent qui danse

Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!


Sur ta chevelure profonde
Aux acres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,


Comme un navire qui s'éveille

Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.


Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.


A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.


Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,


Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.


Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,


Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!


Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal






Annonce des axes d'étude





Lecture méthodique

I. éloge d'une femme aimée qui invite a
la rêverie


A. une déclaration d'amour


1. L'énonciation (qui parle à qui)

Dans le poème, le «je» s'adresse à un «tu». Le « je » est le poète et
le « tu » est Jeanne Duval, Charles Baudelaire s'adresse donc
directement à elle et le tutoiement indique une intimité. Il y a donc
une proximité dans le vécu mais aussi une proximité spatiale.



2. Le registre lyrique

Le poème a un lexique
affectif important: «chère indolente»... qui montre une intensité
amoureuse. Emerveillement du poète, qui est renforcé par des intensifs:
«si beau». Les sentiments sont exprimés à travers une ponctuation
expressive, les strophes 1 et 9 se terminent par des points
d'exclamation. Le lyrisme est très clair, c'est une véritable
déclaration amoureuse.




B. L'éloge du corps aimé


1. L'importance du champ lexical du corps

Strophe 1 : vision globale du corps
Strophe 2 : chevelure, symbole de la féminité
Strophe 3 : retour sur le poète
Strophe 4 : les yeux
Strophe 5 : démarche gestuelle, strophe centrale faisant écho au titre
Strophe 6 : tête
Strophe 7 : à nouveau vision globale
Strophe 8 : la bouche
Strophe 9 : retour sur le poète

Le regard du poète se déplace sur le corps de Jeanne avec un glissement
du général au particulier puis de nouveau au général. On peut
rapprocher ce poème de la technique du blason, mais ici Baudelaire fait
l'éloge de plusieurs parties du corps.


2. Eloge d'une démarche


Le poète semble fasciné par les poses et la démarche de Jeanne: vers 1 «chère
indolente» où l'on a l'impression d'une pause lascive et strophe 5 «à te voir
marcher en cadence» où l'on peut percevoir les ondulations de Jeanne. Cette
démarche est renforcée par l'hétérométrie du poème, il y a une alternance d'octosyllabes
et de pentasyllabes (8-5). Le poème ondule donc comme Jeanne et l'image du serpent
vient aussi renforcer métaphoriquement l'image de l'ondulation.



C. La rêverie du poète


1. Un rêve exotique

Jeanne invite aux rêves parce qu'elle incarne l'ailleurs, pour Baudelaire l'idéal
absolu. Elle est métisse et pour parler d'elle Baudelaire emploie des références
exotiques: «acres parfum» «le serpent» «l'éléphant». Tout ces éléments donne
l'impression qu'elle est un ailleurs, elle invite le poète à un voyage des
sens, tout ses sens sont sollicités : «que j'aime voir» «acres parfum» «vin
de bohême» «chevelure profonde» «glacier grondant».


2. Le voyage du poète


Le poème est traversé par une métaphore filée de
la mer et des liquides qui connote l'évasion, le voyage. Grâce à Jeanne,
le poète s'évade: « Comme un navire qui s'éveille au vent du matin ». La destination
est indéfinie.





Dans ce poème lyrique où le poète fait un hymne à la femme aimée, on peut déceler un érotisme trouble.




II. Un poème teinté d'érotisme qui montre le pouvoir de la femme

A. La progression érotique du poème


1. Le rapprochement physique entre Jeanne et le poète

On note une progression entre le début et la fin du poème. Dans la
strophe 1, il y a une distance physique. Le premier signe de l'érotisme
est dans la nudité de Jeanne, sous entendu dans la «peau miroite».

Strophe 5: il y a un déplacement de Jeanne vers le poète, la marche semble très sensuelle « A te voir marcher en cadence ».

Strophe 7: changement de position, Jeanne s'allonge, la pose devient lascive. Elle semble s'offrir aux désirs du poète

Strophe 8 et 9: rapprochement physique entre les 2 amants à travers
un baiser ou plus. Union du je avec le tu. Rapprochement entre le début
et la fin du poème.



2. De nombreux sous-entendus sexuels


Il y a une autre lecture possible et ce grâce au décryptage des sous-entendus
: l'expression «chevelure profonde» peut faire référence à l'intimité féminine,
le bâton dans sa verticalité peut faire référence aux désirs du poète, il n'est
pas impossible que la strophe 6 contienne une référence sexuelle avec «la tête
qui balance», «ses vergues dans l'eau» proximité sonore avec le mot verge. Quant à la
dernière strophe, elle consacre l'union des amants, on est là dans un orgasme
marqué par l'exclamation et l'expression «ciel liquide», et le mot étoile montre
que le poète atteint le septième ciel.



B. Jeanne, une femme marquée par l'ambivalence

1. Une femme inatteignable

Jeanne est double, elle est à la fois passive et active. Passive
lorsqu'elle s'allonge et active lorsqu'elle marche en cadence. Elle est
femme et enfant : femme car elle est a l'aise dans sa sensualité,
provocante, et enfant au vers 24 («tête d'enfant»).
C'est ce caractère double qui charme le poète puisqu’elle est la réunion des contraires.


2. Une femme difficile à comprendre

Jeanne se donne sans se donner «Ses yeux où rien ne se révèle». Elle garde tout son mystère. Strophe 4, les antithèses doux/amer, or/fer soulignent à nouveau les ambivalences de Jeanne.
On dit souvent que les yeux sont le miroir de l'âme, or ici rien ne se
révèle. Le poète ne peut atteindre l'âme de Jeanne. Il peut avoir son
corps mais pas son âme.



C. La situation du poète

1. Le poète enivré

On peut parler d'ivresse amoureuse. Le poète est sous le charme de
cette femme ambivalente mais il devient dépendant d'elle. Sa salive est
assimilée à «un vin de bohème». Il y a donc l'idée d'une drogue
transmise par le baiser de Jeanne


2. Le poète hypnotisé

La danse de Jeanne hypnotise le poète. Jeanne est assimilée par métaphore
à un serpent qui danse, cette animalisation est très symbolique : le
serpent est associé dans la religion à l'animal tentateur et maléfique.
Il symbolise le mal, ce n'est pas innocent d'y associer Jeanne, elle
incite aux péchés. On retrouve ici le plaisir associé au danger.





Conclusion
Dans ce poème lyrique et érotique, Charles Baudelaire
donne de Jeanne une image très ambivalente : c'est une femme qui se
donne et se refuse, c'est une femme sensuelle et une enfant, elle
apporte le plaisir et le danger. Jeanne Duval est finalement une
véritable fleur du mal.

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