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 SPLEEN LXXVIII

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MessageSujet: SPLEEN LXXVIII   Mer 9 Juil 2008 - 10:49


SPLEEN



LXXVIII


Charles Baudelaire




IntroductionC'est le dernier des quatre Spleen et peut-être le plus terrible, le plus angoissant, délirant, dément.
Lecture


LXXVIII - Spleen
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire







ProjetOn verra de ce texte un commentaire composé en étudiant d'abord la
monté inexorable de la crise puis la défaite de l'esprit en proie au
spleen.

EtudeI) La montée de la crise.A)
  • Les quatre premiers quatrains développent une seule phrase qui progresse
    avec trois subordonnées (3 quand) et aboutit à un paroxysme dans la proposition
    principale.
  • L'anaphore, avec le mot "quand" répété 3 fois, rythme cette progression.
  • Par ailleurs, les coordinations "et qui" (v. 3-11), les enjambements continuels,
    tout cela donne l'impression d'un mouvement lent et enchaîné inexorablement.



    B)
  • Les impressions que ressent la victime du spleen sont
    pesantes, douloureuses, de plus en plus malsaines et de plus en plus
    inquiétantes.
  • Le climat est pesant (v. 1), un accent irrégulier tombe sur "pèse".
  • Le climat est douloureux (v.1-16) => les sonorités dominantes sont douloureuses,
    nasales en "en", sifflantes en "s", l'assonance en "i" est très souvent à la
    rime.
  • L'ensemble ramène à "l'esprit gémissant".
  • Le climat est de plus en plus malsain: "jour noir" (v.4) oxymore inquiétante; la nuit est pire, la terre devient un cachot humide, l'eau se fait pourriture.
  • Le climat est de plus en plus menaçant, le poète est hanté
    par des présences menaçantes, "peuple muet d'infâmes araignées" (v. 11)
    => son cerveau n'est plus qu'une toile d'araignée.


    C)
  • La prison, d'abord extérieure au poète en proie au spleen, finit par être
    intérieure.
  • Le ciel est un couvercle qui enferme l'esprit à la manière d'un cercle .
  • La pluie dessine une immense prison, vaste (v.10) mais extérieure.
  • La prison finit par s'installer à l'intérieur de l'homme. De physique, la
    prison devient psychique; filet dans le cerveau, la météo montre un délire
    intérieur.


    => Tous ces éléments de plus en plus inquiétants permettent une montée de la
    crise avant son paroxysme et la défaite finale de l'esprit.



    II) Le paroxysme de la crise et la défaite de l'esprit en proie au spleen.
    A) La défaite était prévisible
  • "L'Espérance" avec une majuscule est une allégorie (= notion abstraite
    personnifiée)
    dévalorise l'anéantissement.
  • L'Espérance est déjà condamnée avant que la crise n'ait atteint son paroxysme.


    B)
  • Le paroxysme de la crise se manifeste par des
    hallucinations sonores, plus violentes, car elle vient après la menace
    sourde des mouches: sonorités violentes en "que" et en "te" (v. 13-14).
  • Les cloches lancent un appel vers le ciel, un hurlement (v.
    14). Cet appel au ciel est opiniâtre (= obstiné), c'est un gémissement
    d'esprit condamné à l'exil, les cloches implorent le ciel de demander
    pardon.


    C) Dès lors la défaite de l'esprit est consommée
  • Après les hallucinations sonores, il y a les hallucinations visuelles, "sans
    tambours ni musique" (v. 17). La défaite s'exprime à travers la vision
    d'un convoi funéraire interminable marqué par un rythme régulier et solennel.
  • L'enjambement étire la vision du défilé, de la défaite de
    l'esprit, l'angoisse a pris possession de l'esprit en plantant son
    drapeau noir.
  • L'espoir est en contre rejet, l'espoir est hors-jeu.
  • Le drapeau noir symbolise soit le drap noir du corbillard, soit le drapeau de pirate.



    Conclusion
    C'est un poème dramatique qui dépeint la montée de la crise (v. 1 à 12),
    puis son paroxysme (v. 13 à 16) et la défaite finale (v. 17 à 20), le tout
    de manière
    de plus en plus malsaine, démente.


    Ici le spleen s'exprime à trois niveaux:
    - Le mauvais temps
    - moral et psychologique

    - métaphysique (strophe quatre)


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