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 SPLEEN LXXVII

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MessageSujet: SPLEEN LXXVII   Mer 9 Juil 2008 - 10:28


SPLEEN




LXXVII



Charles Baudelaire




Introduction C'est le troisième des quatre spleens appartenant à la première partie "Spleen et Idéal" de Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire
publié en 1857. Ce poème commence par "Je" comme le spleen LXXVI, mais
ici il n'y a aucune allusion à la vie de Baudelaire. Le poète en proie
au spleen se définit, en dehors de toutes allusions à sa vie, à l'aide
d'une vaste comparaison.
Lecture
LXXVII - Spleen
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du LéthéLes Fleurs du mal, Charles Baudelaire



Projet

Nous ferons un commentaire composé,
nous étudierons:
- en I : les caractères habituels du spleen
- en II : l'anéantissement du moi
- en III : l'anéantissement fatal que rien ne peut enrayer




Etude linéaireI) Les caractères habituels du spleen.
A) L'ennui
  • Ici c'est le roi, c'est-à-dire le poète, qui s'ennuie si fort que rien ni
    personne ne peut l'y arracher.
  • Le roi n'a plus de désir, incapable d'un sentiment quelconque; rien ne le
    distrait ni la chasse (v.5), ni le bouffon (v.7), pas même la misère de son
    peuple mourant (v.6); il s'ennuie, il est cruel (v.8).
  • "L'ennui naît de l'absence de curiosité." écrit-il à sa mère. C'en est de même pour le roi.
  • Sa cruauté n'est même pas volontaire, elle n'est que la conséquence de l'ennui à l'égard de tout.


    B) Le poids du temps
  • Le roi est jeune et pourtant très vieux (v.2) comme si la
    jeunesse était impossible, comme si le temps ne pouvait signifier que
    vieillissement.
  • Jeune squelette (v.2) donne une atmosphère archaïque, sans jeunesse, sans
    vie; de même le vocabulaire employé est archaïque: dame d'atour (v.10) (dames
    qui habillent la reine), le souris (v.12), roi médiéval qui chasse et qui a
    un bouffon, il y a les Romains.

    C) La pluie et le froid
  • Le roi est roi d'un pays pluvieux (empire du spleen).
  • C'est un état qui dure, on le retrouve au vers 17 avec le froid de la mort;
    personne ne peut donner de la chaleur à l'être en proie au spleen.


    D) La maladie et la mort
  • Le roi est un cruel malade (v.8), puis il devient un
    jeune squelette (v.12) et enfin un cadavre hébété (v.17); tous ces
    termes sont placés à la fin des vers.
  • Le spleen va éroder, affaiblir et anéantir le moi.
  • Le mot tombeau (v.9) est le centre du poème, de même le lit fleurdelisé symbolise
    la fleur royale mais aussi le tatouage des criminels.



    II) L'anéantissement du moi.
    A) La comparaison fin/début.
  • Elle souligne cet effacement du moi v.1: je suis v.18: Le Léthé (fleuve
    des enfers où les âmes venaient boire pour oublier leur vie). On a le
    sentiment que le moi du poète s'est anéanti dans l'oubli; le moi est devenu
    une ombre dans l'enfer.


    B) Des procédés d'écriture vont suggérer la disparition du Je.
  • Le je est le comparé et le roi est le comparant, or dès
    le deuxième vers, et ce jusqu'à la fin, il n'est plus question que du
    roi donc du comparant.
  • Le roi n'est plus désigné que par "son" (v. 6, 9, 14); par le pronom personnel
    l' (V.15) et lui (V.13) et par "ce cruel malade" (V.12, 17, 18) => Ces pronoms
    mettent à distance le roi.
  • Le roi est désigné par une métonymie (V.6), le balcon dit l'absence du roi.
  • Le roi est sujet dans les vers 3 et 4 passe à l'état d'objet ce qui amoindrit
    sa présence.
    => Autant de procédés qui suggèrent l'effacement progressif du roi
    et donc du moi métaphorique du poète. Cet effacement est présenté comme
    fatal.



    III) Un anéantissement fatal que rien ne peut enrayer.
    A)
  • L'entourage du roi est impuissant à le sauver, il s'ennuie mais le bouffon,
    bien que grotesque, ne le distrait plus. Les dames d'atour ne peuvent réveiller
    sa sensualité, l'alchimiste n'a pu le réchauffer par des bains de sang (rite
    funéraire des Etrusques). Les verbes pouvoir (v. 13) et savoir (v. 11,17) sont
    employés à la forme négative. Ils marquent cette impuissance; l'élément corrompu
    -le spleen- ne peut être extirpé.


    B)
  • La composition du poème met en place un parcours ordonné
    fatal qui mène nécessairement de l'affirmation du moi à son
    anéantissement.
    18 vers// Je suis ----------------> le tombeau -------------------> le Léthé
    Le roi(1-6) le bouffon / les dames le savant(13-18)
    s'ennuie (7-8) / d'atour(9-12) ne peut le ramener
    V.9 à la vie
    ne peuvent le distraire
  • La rigueur de la composition mène à l'anéantissement du moi.


    C)
  • Une dernière progression dans le détail amène à l'anéantissement fatal du
    roi (= moi)
    Ce cruel malade (v. 8) --- 4 vers ---> ce jeune squelette (v. 12) --- 4 vers ---> ce cadavre hébétée (v.16).




    ConclusionDans les spleens précédents (LXXV et LXXVI), il y avait encore place
    pour le poète. Or ici il n'en est même plus question. Quant à l'être en
    proie, il n'est plus un granit, une chose (LXXVI), il n'est plus rien,
    le spleen a fait son œuvre.

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