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 SPLEEN LXXVI

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MessageSujet: SPLEEN LXXVI   Mer 9 Juil 2008 - 10:17


SPLEEN



LXXVI


Charles Baudelaire



Introduction Ce poème porte le titre de Spleen dans Les Fleurs du mal et illustre les diverses formes du malaise de vivre. Dans ce poème, écrit à la première personne, Charles Baudelaire fait un bilan désespérant de son existence.
Lecture

LXXVI - Spleen

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.


Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.


Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante!
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire




Projet

Après avoir étudié la mise en page et le fonctionnement général du texte, nous étudierons
le texte en suivant son mouvement.
Le vers 1 : le poète annonce son bilan.
Les vers 2 à 24 : il fait un inventaire chaotique de ses souvenirs.
Les vers 15 à 18 : il ne connaît plus que l'ennui.
Les vers 19 à 24 : passage à la deuxième personne. Il est étranger à lui-même et au monde.




Mise en page et fonctionnement Le poème a une forme irrégulière, il n'est pas régulièrement disposé en strophe comme par exemple le LXXVIII.
  • Il est fragmenté en ensemble inégaux 1 vers - 13 vers - 10
    vers, si on tient compte du blanc, des tirets (v.8-18). Cela fragmente
    encore ces ensembles de 13 vers et 10 vers; ces blancs et ces tirets
    découpent des ensembles qui ont leur unité. L'ensemble donne une
    impression d'irrégularité.
  • Le poème fonctionne par accumulation d'images apparemment
    disparates, le cerveau du poète est successivement un meuble (v.1-4),
    une pyramide (v.5-6), un cimetière (v.7-8), un vieux boudoir (=
    salon)(v.11-14), un granit (v.19-21) et un sphinx (v.22-24).
  • Le spleen c'est le contraire de l'harmonie, c'est le chaos de l'âme.


    => La mise en page d'une part et le fonctionnement d'une autre part donnent une
    impression
    de chaos.



    Etude linéaireI) Vers 1
  • Le vers se prononce d'un seul tenant -> cela donne une impression d'immensité.
  • Dans ce vers, Baudelaire donne l'impression d'être une immense mémoire, las, il a tout vu; il utilise une hyperbole très expressive.
  • Ce vers est une ouverture, annonçant la suite, la tonalité: la lassitude.



    II) Vers 2 à 14
    Baudelaire fait l'inventaire de ses souvenirs à l'aide de métaphores.


    A) Quelles métaphores?
  • Difficultés matérielles; bilan (v.2), procès (v.3),
    quittances (v.4): écho de Baudelaire qui dilapidait l'héritage
    paternel, plein de dettes => souvenirs humiliants, douloureux.
  • Souvenir d'amours; romances (v.3), billets doux (v.3).
  • Souvenir du poète: vers (v.3), romances (v.3).
  • Souvenir d'art: les pastels, les pâles Boucher (v.13) =>
    Baudelaire a vécu sa petite enfance dans les œuvres d'art de son père
    et est devenu critique d'art.
  • Tout ses souvenirs sont dévalorisés car ils sont accumulés, mélangés dans un bric à brac (v.2 à 4).


    B) Vers 6 à 8.
  • Le cerveau du poète devient une pyramide, un caveau, un
    cimetière, la métaphore transforme ses souvenirs en ossements. Sa
    mémoire devient champ de cadavres.
  • La lune n'éclaire même plus sa mémoire devenue cimetière (abhorré = tenue
    en horreur)(v.8)


    C) Vers 9 à 10.
  • Des remords importants le condamnent.
  • Sa mémoire est comme un cadavre rongé par les vers (= remords
    qui hantent le poète). Il a le sentiment qu'il a échoué en tant que
    poète.
    => Le spleen s'attaque au poète et non à l'homme.


    D) Vers 11 à 14.
  • Sa mémoire est successivement un meuble, un cimetière, puis ici un vieux boudoir:
    - On y trouve des fleurs, des modes (= dentelles), des objets d'art, des Bouchers.
    - Il y règne le désordre, les objets sont proches du néant, anciens, démodés (roses fanées, modes surannées, parfums éventés).
    - Les sensations auditives (pastels plaintifs (v.12)) rendent compte de l'impression
    visuelle; il y a correspondance.
    - Toutes ces sensations expriment l'absence de vie. "Seuls" (v.14) est
    en rejet: les objets sont multiples mais seuls par rapport à la vie.
  • A la fin de cet inventaire de sa mémoire, Baudelaire éprouve une sensation de vide, de néant; il ne lui reste plus que l'ennui.



    III) Il ne reste au poète plus que l'ennui. Vers 15 à 24.
    A) Vers 15 à 18
  • "L'ennui naît de l'absence de curiosité, de désir. Ce que je sens c'est
    une absence totale de désir. A quoi bon ceci? A quoi bon cela? C'est le véritable
    esprit du spleen." Lettre de Baudelaire à sa mère en 1857. L'ennui est présenté ici
    sous la forme de la dérision (v.17).

  • La seule immoralité promise à l'homme en proie au spleen
    c'est l'ennui. La sonorité, le rythme et les métaphores sont
    significatifs de cet ennui; rime obsédante en "é" (v.11-18).
  • Les métaphores:
    Le temps qui dure est comme un vieillard boiteux (v.15) ou comme un
    hiver (v.16): le mouvement est contrarié: ça n'avance pas. Le spleen
    est comme l'hiver de l'âme.
  • L'ennui entraîne la mort de l'âme, de l'être, le poète étranger à lui-même et oublié va se pétrifier et sombrer dans la mort.


    B) Vers 19 à 24.
  • "Désormais" (v.19) marque une conséquence de l'ennui;
    l'ennui débouche sur la mort; la matière vivante devient granite.
    L'apostrophe est dérisoire, moqueuse, le poète est étranger à lui-même;
    il appartient au monde minéral. Sphinx = granite.
  • Non seulement étranger à lui-même, oublié du reste du monde (v.22-23). Ce n'est même plus une curiosité archéologique.
  • Le poète est comme un vieux sphinx qui ne chante plus qu'au soleil couchant
    (contrairement à la statue de Memnon prés de Louxor : à la suite d'un séisme
    les vibrations du soleil levant lui font faire un bruit). C'est un symbole,
    Baudelaire ne sait plus que dire de la mort et la disparition.



    Conclusion
  • Baudelaire en tant qu'homme et poète est victime du spleen:
    - Pour l'homme, sa mémoire est un cimetière où ne règne que l'ennui.
    - Pour le poète, il est paralysé, il ne sait plus que dire la mort.

  • Poétiquement Baudelaire exprime son spleen par une accumulation de métaphores, apparemment chaotiques mais en fait très liées.








    Proposition de plan pour une étude non linéaire





    I. Composition du poème :
    - Soin typographique
    . Vers 1 indépendant = synthèse du poème
    . Déséquilibre des strophes = déséquilibre intérieur
    . Présence de tirets = mise en valeur de 8 -> moi baudelairien mort

    19 -> dédoublement

    - Composition
    . Vers 1 indépendant
    . 2° strophe = souvenir chaotique, Baudelaire envahit par le passé
    . 3° strophe = gradation tragique -> la vie le quitte et le pétrifie




    II. Analyse des composantes du spleen :
    - Spleen = mal mental dont la relation avec le temps est déformée
    . Baudelaire dépassé par le temps
    . La fuite du temps est un thème obsédant de Baudelaire

    - L'ennui, fruit de la morne curiosité

    - Mal morbide, Baudelaire hanté par la Mort
    . Endroits mortuaires
    . Récurrence mort

    - Le spleen est despote.
    . Cimetière romantique # cimetière baudelairien

    . Légende de Memnon




    III. Ecriture romantique et symboliste :
    - Tonalité lyrique : le moi de Baudelaire s'exprime
    . Autobiographie
    . Tutoiement
    . Spleen = forme aggravée des premiers romantiques

    - Correspondance :
    . Définition
    . Ame sans espoir
    . 20, le granit = pétrifie, ne vit plus
    . 21, Sahara = géographie sentimentale -> Mal mental





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